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Le Pakistan dénonce "l'islamophobie" supposée de l'Occident mais est l’un des pays qui persécute le plus les chrétiens et les minorités chez lui…

Alexandre del Valle poursuit cette semaine son feuilleton sur les pôles de l’islamisme mondial qui œuvrent à l’islamisation de l’Europe et luttent contre l’intégration des musulmans en Occident au nom d’une vision chariatique totalitaire.

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Le Pakistan dénonce "l'islamophobie" supposée de l'Occident mais est l’un des pays qui persécute le plus les chrétiens et les minorités chez lui…

Le pôle islamiste "indo-pakistanais"

Le Pakistan, ou "pays des purs", été créé en 1947 par et pour les musulmans du continent indien qui refusaient de vivre dans l’Inde laïque et pluraliste, majoritairement hindouiste, donc "mécréante-païenne". Sa raison d'être même est le refus - intrinsèquement islamiste - du “pouvoir infidèle” (houkm al-jahili) ou "impur". Il est co-animateur et co-fondateur, avec l'Arabie saoudite, de plusieurs grandes structures mondiales de réislamisation fondamentaliste, comme l'Organisation de la Coopération islamique ou le Congrès du Monde Musulman (Mu'tamar el-Alam el-Islami).

Fondé par le Pakistan lors de la Conférence mondiale musulmane tenue en 1949 à Karachi, le Congrès du Monde musulman fut co-fondé cette même année puis dirigé pendant 40 ans par le leader panislamiste pakistanais Inamullah Khan. L'une de ses figures titulaires (et 1er président) fut le célèbre leader islamiste palestinien pro-nazi Mohammad Amin al-Husseini, alias Grand Mufti de Jérusalem. L'idée de sa création en tant que lobby islamiste mondial fut lancée à La Mecque en 1926 lors d'un congrès suscité par le roi Ibn Saud. Selon Husain Haqqani, ancien ambassadeur du Pakistan aux États-Unis, le Congrès "joua un rôle crucial dans la construction du sentiment de victimisation musulmane qui a par la suite alimenté le mouvement mondial islamiste". Malgré sa genèse totalitaire et son activisme panislamiste qui l'apparente aux Frères musulmans, il jouit d'un statut consultatif auprès de l'ONU et a pignon sur rue en Occident et ailleurs.

Le Pakistan dénonce "l'islamophobie" supposée de l'Occident mais est l’un des pays qui persécute le plus les chrétiens et les minorités chez lui…

Champion de la "lutte contre l’islamophobie" en Occident, auprès des Nations Unies et ailleurs, puis promoteur de l’une des versions les plus fanatiques de l’islamisme sunnite dans le monde (Asie centrale, Asie du Sud Est, Etats-Unis, Europe de l’Ouest), le Pakistan est très actif, avec son grand allié saoudien, depuis des années, dans la promotion de résolutions aux Nations Unies visant à criminaliser et pénaliser toute forme de "blasphème" et de critique de l’islam, spécialement en Occident. Islamabad présenta ainsi pour la première fois en 1999, au sein du Conseil des droits de l’homme de l'ONU, une résolution sur la "diffamation de l’islam". Depuis le milieu des années 2000, l’OCI (Pakistan en tête) a présenté avec persévérance chaque année des résolutions visant à imposer ce nouveau concept dans le but de criminaliser à terme le blasphème, et donc de justifier l’intolérance religieuse qui règne dans la plupart des pays musulmans, Arabie saoudite, Soudan et Pakistan en tête. Ainsi, en décembre 2005, le Pakistan a déposé une résolution voisine - formulée de façon plus large - visant à pénaliser la "diffamation des religions". Quand on sait que ce pays est un de ceux qui persécute le plus ses chrétiens justement sous couvert de "lutte contre le blasphème", il est proprement incroyable que nombre de pays européens se laissent donner des leçons de morale anti-raciste et anti-islamophobe par un des pays qui persécute officielmement toutes ses minorités non-musulmanes et même chiites, puis même les athées, laïques ou autres "apostats" qui sont condamnés, emprisonnés ou tués chaque jour. Exemple parmi tant d’autres : la condamnation à mort au Pakistan, de la jeune Asia Bibi, accusée de "blasphème" dans le cadre d’un procès d’un autre âge - mais avec l’assentiment de l’essentiel de la classe politique et religieuse du pays - a parfaitement illustré l’idéologie islamiste totalitaire qui sous-tend le régime pakistanais, champion du double jeu et étrange allié de l'Occident depuis la guerre froide. Il faut rappeler également que lorsque Asia Bibi fut condamnée à mort (elle va être définitivement jugée en dernière instance dans quelques semaines) en 2010, les deux seules personnalités politiques qui osèrent la défendre et critiquer la loi sur le blasphème au nom de laquelle Bibi avait été condamnée à mort, le gouverneur Salman Tanseer et le ministre chrétien des minorités Shahbaz Bhatti, furent respectivement tués en 2010 et 2011. `

Le pays parrain des Talibans et d’Al-Qaïda….. qui contrôle de nombreux centres islamiques et mosquées en Occident...

Parrain des Talibans, détenteur du feu atomique et longtemps protecteur d'Al-Qaïda, ce pays est, depuis la Guerre froide, un des plus problématiques et dangereux du monde. Allié étroit des Etats-Unis pendant toute la Guerre froide, le Pakistan, régi par la charià dès la fin des années 1970, demeure, avec l’Arabie Saoudite, l’un des épicentres du séisme islamique à travers le monde, même si ses chefs d’Etat successifs ont été contraint par les Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001 de lâcher officiellement leurs protégés talibans et de réprimer certaines organisations islamistes terroristes liées au jihad du Cachemire ou d'Afghanistan, où se sont réfugiés nombre de talibans et membres d’Al-Qaïda.

Les services de renseignement occidentaux, russes, et indiens convergent pour souligner le persistant double jeu d'Islamabad, qui, après avoir mis en place les talibans sous la Guerre froide avec l'Arabie saoudite, continue de soutenir le terrorisme islamiste contre l’Inde, au Cachemire, comme le révéla l'attentat kamikaze perpétré avec la complicité de l’ISI au Parlement indien le 13 décembre 2001, ou contre les pays et intérêts occidentaux. Deux organisations figurant sur la liste des groupes terroristes proches d’Al-Qaïda dressée par Washington furent alors incriminées : le Lachkar-e-Taiba et le Jaish-e-Mohamed. Plus récemment, lors des attaques de novembre 2008 à Bombay, le Pakistan, en tant que parrain direct ou indirect du jihadisme, a été soupçonné d'avoir laissé agir les commandos terroristes qui ont tué, les 26 et 29 novembre de cette année, à Bombay, 188 personnes. L'équipe terroriste était composée de 10 militants islamistes entrainés de façon notoire au Pakistan. D'autres attaques terroristes régulièrement perpétrées au Cachemire ou au Penjab indiens (25 juillet 2015, 2 janvier 2016, etc.) ont confirmé le jeu trouble des services de renseignements extérieurs de l'armée pakistanaise (ISI) et des organisations islamistes ultra-radicales ayant pignon sur rue au Pakistan. Elles continuent à protéger ici ou là des groupes terroristes pour déstabiliser l'Inde mais aussi pour éliminer les tendances laïques ou les minorités chrétiennes et chiites au Pakistan.

Outre les mouvements terroristes cités, Islamabad soutient de nombreuses organisations panislamistes, plus "respectables" dont certaines jouent un rôle de premier plan dans le projet de conquête politico-spirituelle de la planète, notamment le Tabligh et la Jama’at-i-islami. Ces derniers virent le jour à l’intérieur des communautés musulmanes des Indes britanniques, dans la première moitié du XXème siècle dans le contexte de la disparition de l’Etat islamique en Inde et de la suprématie politico-démographique croissante des Infidèles hindous. Ils jouent un rôle majeur dans le processus de communautarisation et de fanatisation des musulmans embrigadés en Occident.

 
Commentaires

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  • Par Olivier62 - 16/09/2016 - 10:41 - Signaler un abus Le vrai problème est ailleurs

    Le vrai problème n'est pas le fanatisme, la violence et l'intolérance des musulmans; c'est comme ça depuis le VIIIème siècle ! Le vrai problème c'est d'avoir importé cette violence en Occident par le l'immigration de masse. Les élites politiques ont criminellement et cyniquement exposé les populations européennes a subir cette violence qui ne fait que commencer, croyez-le bien. J'avoue avoir eu envie de vomir en voyant Hollande aux obsèques des gens massacrés à Nice et au Bataclan, essayant sans vergogne de capitaliser sur un carnage que sa propre politique a largement provoqué !

  • Par zouk - 16/09/2016 - 11:06 - Signaler un abus Pakistan

    Seuls peuvent ignorer l'islamisme politique y régnant ceux qui ne veulent pas savoir. Et pourtant un homme politique majeur a été assassiné pour avoir osé proposer de ne plus faire du blasphème, contre l'Islam bien sûr, un crime passible de la peine de mort.ET c'est la source d'un mouvement extrèmement simpliste: les néobandis, présents pourtant en Europe. Quant à la lâcheté de nos dirigeants, la preuve est faite.

  • Par LouisArmandCremet - 16/09/2016 - 14:29 - Signaler un abus Merci

    Merci M Del Vall pour vos analyses régulières dans ce journal. Un éclairage est indispensable pour essayer de se repérer un peu dans cette jungle de mouvements, tous plus inquiétants que les autres !

  • Par lafronde - 16/09/2016 - 16:46 - Signaler un abus Article très instructif.

    Le citoyen européen saura à quoi s'en tenir sur le projet de l'OCI de gouvernement islamique mondial. merci de nous avertir !

  • Par ISABLEUE - 16/09/2016 - 17:52 - Signaler un abus le Pakistan c'est bien connu

    Un paradis pour les femmes et les petites filles!! D'ailleurs ben Laden y coulait des jours tranquille s

  • Par jurgio - 17/09/2016 - 14:20 - Signaler un abus Nous connaissons la Vérité, les autres sont des mécréants

    On retrouve le même aplomb, la même hypocrisie (ou, pour les moins dotés de lucidité, la même gélification du cerveau) que nous observons tous les jours chez les socialistes français. La bonne astuce qui paie : accuser l'autre de ses propres travers. Quasi imparable par la populace électorale.

  • Par jurgio - 17/09/2016 - 14:27 - Signaler un abus @ISABLEUE

    Vous avez tort. j'ai jadis visité le Pakistan, il n'y a pas de femmes dans ce pays car je n'en ai vu absolument aucune. Seulement, dans le Karakorum, quelques unes sont visibles mais parmi des populations en voie d'extinction.

  • Par ISABLEUE - 17/09/2016 - 15:10 - Signaler un abus jurgio c'est de l'ironie

    ou du deuxieme degre......

  • Par jurgio - 17/09/2016 - 18:46 - Signaler un abus Bien sûr, j'ironise

    J'ai traversé ce pays, souvent à pied, et je n'ai vu aucune femme en public. Au hasard, en ville, dans une rue barrée où j'ai montré le nez, quelques personnes voilées mais j'ai été véhémentement repoussé par deux hommes. Un pays qui n'était que peuplé d'hommes. L'islam pur et dur. Mais c'était il y a pas mal d'années...

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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