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Où va L’Espagne ? Après la crise catalane et la chute de Mariano Rajoy, le nouveau leader du Partido Popular, Pablo Casado, avenir de la droite espagnole ?

Après plusieurs articles sur l’Espagne consacrés à la mise en péril de l’unité espagnole face aux indépendantismes (catalans et basques), qui ont provoqué la chute du gouvernement Rajoy (Partido popular, droite) aux côtés de l’extrême-gauche, Alexandre del Valle observe la tentative de recomposition de la droite espagnole qui a été durablement affaiblie par la gestion de la crise catalane et par la montée d’un parti concurrent de droite, Ciudadanos, bien plus déterminé dans sa défense de la Nation espagnole. Pour mieux comprendre l’enjeu de l’avenir de la droite espagnole, Alexandre del Valle a rencontré un fin connaisseur de la politique espagnole, Josep Carles Laínez, journaliste et écrivain proche du Think tank de José Maria Aznar, la FAES*.

Géopolitico-Scanner

Publié le - Mis à jour le 22 Juillet 2018
Où va L’Espagne ? Après la crise catalane et la chute de Mariano Rajoy, le nouveau leader du Partido Popular, Pablo Casado, avenir de la droite espagnole ?

 Crédit PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

Alexandre del Valle : Quelle est la situation actuelle de la droite en Espagne après l’échec (annoncé) de Mariano Rajoy qui a été mis en minorité en juin dernier par une alliance entre le Parti socialiste, Podemos et les indépendantistes catalans et basques, puis par le fait que le parti rival de droite, Ciudadanos, a également voté la motion de censure qui a fait chuter Rajoy… ?

Josep Carles Laínez : On doit souligner en premier lieu que les votants du spectre de centre-droite et droite tout court en Espagne forment encore la majorité de l’électorat, mais une majorité affaiblie et divisée. Précisons quand même, pour relativiser la victoire des opposants actuellement au pouvoir avec comme leader Pedro Sanchez (pourtant minoritaire en voix), que depuis les deux élections qui ont eu lieu ces dernières années aucun parti n’a été capable de dépasser en nombre de votes le Parti Populaire (PP), équivalent espagnol des Républicains dont le leader historique a longtemps été José Maria Aznar à qui Rajoy a succédé comme leader de la droite espagnole conservatrice.

Néanmoins, cette droite espagnole souffre de deux problèmes principaux qui l’empêche de se réunir : tout d’abord, la honte endémique de nombre de membres du PP de se considérer réellement comme des politiciens de droite (ce qui vous rappelle quelque chose en France !), et secundo, le besoin tout aussi endémique des politiciens du parti Ciudadanos (« Citoyens (C’s), pourtant parfois plus à droite encore sur certaines questions identitaires, de ne pas agir comme un parti de droite, mais comme une sorte de « centre divin » libéral… En ce sens, en Espagne, curieusement, il n’y a aucun parti de droite qui défende réellement et sans ambages les valeurs des électeurs de droite, c’est-à-dire ceux qui accordent leurs votes à ces partis. Car ces partis, PP et C’s ont hélas pour unique agenda la conquête du pouvoir en plus d’avoir un insupportable complexe d’infériorité vis-à-vis de la soi-disant supériorité morale de la gauche. Dans ce panorama, force est donc de constater que seul le parti extraparlementaire Vox semble incarner une droite, toutefois devenue une impasse. Il existe bien sûr aussi des partis d’extrême-droite, comme par exemple Democracia Nacional ou España 2000, et même des révolutionnaires comme Phalange Española de las JONS, mais ces partis sont voués aux gémonies et frappés durablement d’ignominie donc incapables de jouer un rôle politique.

ADV : Pourquoi dites-vous que l’agenda du Parti Populaire est seulement la conquête du pouvoir ? N’y a-t-il pas des positions idéologiques claires comme on a pu le voir sur l’identité nationale, les indépendantismes et la question de l’avortement et du passé franquiste ?

J.C.L : Pas du tout. Si vous me demandez quelles mesures ont implémenté les gouvernements socialistes de José Luis Rodríguez Zapatero et de Pedro Sánchez pour satisfaire leurs votants, je peux vous en donner une liste assez longue : avortement libre, euthanasie, changement des noms de rues liées à personnes de la droite franquiste, attaques contre les centres privés d’éducation, mariage homosexuel, Loi de la mémoire historique, crise avec les États-Unis… En fait, la droite du Parti Populaire ne peut pas se prévaloir d’une liste parallèle de mesures adoptées afin de satisfaire les promesses électorales et espoirs des votants. De ce fait, je me pose la question suivante, alors que je suis de cette mouvance : quel sens le PP donne-t-il et est-il en mesure de se donner à lui-même et à ses électeurs au-delà d’un désir avide de conquête du pouvoir ?

ADV : La récente motion de censure contre Mariano Rajoy constitue-t-elle un triomphe de la démocratie face à un parti corrompu, sachant que le parti de Rajoy (PP) a été au centre de scandales de corruption qui ont fait la une de la presse et indigné nombre d’Espagnols? 

J.C.L : Non, je ne pense pas. Certes, c’est vrai qu’il y a eu de nombreuses affaires de corruption au sein du PP qui ont touché en effet d’anciens ministres et autres politiciens régionaux liés au PP, mais il ne faut surtout pas oublier la longue succession d’exemples de corruption qui ont quant à eux frappé le Parti Socialiste (PSOE), sans oublier le terrorisme d’État des années 1980 qui a lui aussi frappé, même jusqu’à peu, notre pays et qui est le fait de l’extrême gauche en général, séparatiste ou pas. La perception plus négative de la droite que de la gauche est en fait pour moi une illusion d’optique politique, c’est-à-dire le signe d’un déficit de compréhension de ce qu’implique réellement le service à la communauté. 

Pour revenir à la motion de censure qui a permis à l’actuel président du Gouvernement espagnol, Pedro Sánchez (PSOE), d’arriver au pouvoir alors que son parti est minoritaire (!), vous avez parfaitement rappelé dans votre introduction qu’elle a été permise par l’appui des partis nationalistes de Catalogne et du Pays Basque puis de l’extrême-gauche populiste (Podemos), dont le double modèle de société est Cuba et le Venezuela marxistes-révolutionnaires…. Des 350 députés des Cortès Générales (Parlement espagnol), rappelons que le Parti Socialiste compte seulement sur 84 sièges, donc très loin de la majorité absolue (176 députés) et même très loin également des 134 députés du Parti Populaire. C’est d’ailleurs une situation fort cocasse, d’autant que Monsieur Sánchez se donne des airs de grand homme d’État et de leader de la liberté et de la sagesse, alors qu’en vérité, il a peut-être vendu le devenir et la cohésion de l’Espagne au nom de son désir obsessionnel de devenir président du Gouvernement à n’importe quel prix, y compris en pactisant avec les ennemis de la Nation séparatistes et d’extrême-gauche. 

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 20/07/2018 - 09:36 - Signaler un abus Merci à Monsieur Del Valle et bravo à

    ce journaliste espagnol qui est le contraire de la majorité des nôtres (imbéciles à manger de la merde); cela fait du bien de les lire. On remarque que la gauche espagnole est aussi pourrie que celle de chez nous et la Droite (espagnole) traîne aussi des boulets cubiques comme nos Copé, Pécresse, Bertrand et autres connards du même genre. L'Espagne a les mêmes maux et les mêmes "coupe-chiasse" (mauvais médecin chez les militaires) que chez nous. Pauvre d'eux et pauvre de nous.

  • Par Olivier62 - 20/07/2018 - 10:16 - Signaler un abus le PP exemple même de la fausse droite

    Vous dites "en Espagne, curieusement, il n’y a aucun parti de droite qui défende réellement et sans ambages les valeurs des électeurs de droite". En effet. Connaissant bien l'Espagne, on peut dire que le PP (Partido Popular) n'est qu'un clone de l'UMP française, peuplé de combinards arrivistes et sans aucune substance idéologique, à l'exemple du grisâtre Rajoy, qui a ouvert un boulevard à la gauche, à l'extr^me-gauche et aux indépendantistes catalans. Ces derniers sont maintenant tout à fait en position d'imposer une indépendance de la Catalogne à Sanchéz, premier ministre socialiste ultra-minoritaire qui dépend de leurs voix pour rester au pouvoir ! Le Sanchéz en question avait été viré du Partie Socialiste Espagnol l'an dernier du fait de sa nullité totale, mais avait réussi à en reprendre la direction. Son seul titre de gloire est d'ouvrir en grand les vannes de l'immigration, avec les conséquences qu'on a déjà vues en France. Bref comme toujours en démocratie, on retombe dans le chaos (pour ne pas utiliser le mot de Cambronne...)

  • Par ajm - 20/07/2018 - 12:38 - Signaler un abus Retour du cauchemar de la guerre civile.

    Ce Sanchez semble être vraiment une canaille qui risque de provoquer la dislocation de l'Espagne, en plus de sa submersion par l'immigration Africaine . En outre , il essaye de raviver les fractures de la guerre civile. Il faut se souvenir qu' une des raisons principales du pronunciamento de Franco ( qui était en fait un général légaliste et considéré comme tel qui s'est décidé très tard ) était la situation de dislocation du pays ( en plus de l'assassinat du chef de l'opposition de droite par des sbires du ministère de l'intérieur noyaute par les rouges et de la situation révolutionnaire et violente du pays organisée par un gouvernement issu d'élections dont on a d'ailleurs jamais connu le resultat réel).

  • Par Labarthe - 20/07/2018 - 12:46 - Signaler un abus Un PP immigrationniste..

    Il n’existe pas en Espagne de droite au sens français du terme. Le franquisme n’a pas d’équivalent en France, ni avec la droite , ni avec l’extrême droite. Celui qui peut être se rapprochait le plus d’une droite à la française était Rajoy, mais il ne pouvait le dire car il n’aurait pas été compris par son part. Ensuite le PP est divisé en deux, la tendance Aznar avec son dauphin Pablo Casado, un jeune sans beaucoup d’idées totalement entre les mains du très bling bling Aznar. cette tendance qui traîne toutes les casseroles du PP est pro européiste, mélange de bobos de droite et d’idées nationalistes franquistes dissimulées. Soutenue par le journal El Mundo, très anti français, elle est aussi curieusement immigrationniste. Ils pensent que cette position donnera un rôle international à l’Espagne et compte tenu du fait que la majorité d3 migrants partent vers la France, il pensent ainsi affaiblir notre pays. pour ceux qui lisent l’Espagnol, lisez les articles du journal de droite pro-Aznar « El Mundo » à l’époque de lAquarius, vous serez ahuri de voir à quel point ce journal est immigrationniste. ensuite nous avons la tendance Rajoy, avec une formation beaucoup plus poussée.

  • Par Olivier62 - 20/07/2018 - 13:18 - Signaler un abus @Labarthe

    Mais "Le Figaro" et le LR sont tout aussi immigrationnistes, il suffit de voir quelle politique ont mené Chirac et Sarkozy. Le "Grand remplacement" est une politique imposée à toute l'Europe, sauf à la Hongrie qui a un dirigeant clairvoyant et attaché aux intérêts de son pays -pas comme les nôtres....

  • Par Ganesha - 21/07/2018 - 09:46 - Signaler un abus Opinion

    Pour moi, je suis français, et je viens de lire, non pas l'article (l'Espagne ne m'intéresse pas), mais les commentaires, cela me confirme dans mon opinion : les français qui votent pour les Ripoublicains, sont vraiment de ''sinistres connards'' !

  • Par kelenborn - 21/07/2018 - 20:07 - Signaler un abus oui

    Catalogne mise à part mais on a la Corse, cela ressemble furieusement à la merde que l'on connait ici

  • Par Anguerrand - 13/08/2018 - 08:31 - Signaler un abus A Olivier 62

    Les LR proches de Juppé étaient immigrationistes. Wauquiez s’en est débarrassé, et c’est tant mieux. Il semble qu’il soit le mieux armé contre ce fléau alors que MLP a besoin des voix de gauche et ne propose rien contre cette immigration. Elle dit qu’il faut fermer les frontières, je veux bien mais comment, ils trouveront toujours un chemin de montagne ou une petite rue comme en Belgique où certaines maisons sont à cheval sur les 2 frontières. C’est une fausse idée et embaucher des dizaines de milliers de fonctionnaires sachant que le plus petit poste frontière pour être ouvert 24/24 doit avoir au moins 5 douaniers, en pleine montagne ?

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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