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Le mythe de la "dette européenne" vis-à-vis de la science arabo-musulmane, carburant du totalitarisme islamiste et de la repentance

Après avoir évoqué les fondements théologiques du totalitarisme islamiste et le phénomène de la dhimmitude, Alexandre del Valle aborde le thème central du politiquement correct qu’est le mythe "d’Al-Andalous". D’après l’auteur, le fait que ce mythe de la "supériorité morale" et scientifique de l’Espagne alors dominée par le Califat islamique soit également l’un des thèmes mobilisateurs favoris des islamistes - terroristes ou propagandistes - devrait rendre prudent.

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Le mythe de la "dette européenne" vis-à-vis de la science arabo-musulmane, carburant du totalitarisme islamiste et de la repentance

L’origine du mythe de la supériorité de la civilisation arabo-musulmane et de celui, parallèle, d’Al-Andalous n’est pas uniquement un mythe cher aux islamistes irrédentistes ou aux partisans du dialogue des civilisations, mais également un mythe promu par des chercheurs et intellectuels nationaux-socialistes liés de façon structurelle aux instances universitaires et de recherche du Troisième Reich. Nous avons rappelé notamment l’importance du rôle rempli par Ludwig Ferdinand Klauss[1] (1891-1974), intellectuel nazi spécialiste de philologie germanique et indo-européenne, chercheur en « science des races » (Rassenseelekunde)[2].

Après avoir connu la célébrité en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale pour avoir séjourné comme un bédouin[3], Klauss avait publié sur ce sujet une série de livres qui firent connaître au public allemand leurs vie et coutumes : Als Beduine unter Beduinen (1931), Semiten der Wüste unter sich (1937), Araber des Ostens (1943) »[4]. Cette influence philo-arabe marquera profondément l’une de ses disciples zélées, Sigrid Hunke (1913-1999) qui, dans les années 60 va consacrer l’essentiel de son travail à une exaltation idéologique de l’islam et du monde arabe. C’est elle qui, faisant oublier ses origines nazies, sera l’une des principales propagatrices du mythe de la supériorité scientifique islamique, de la corrélative dette européenne vis-à-vis du monde arabe et de celui, également corrélatif, de l’âge d’or d’Al-Andalous.

En 1960, Sigrid Hunke publie son livre le plus connu : Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident, notre héritage arabe[5] qui lui vaut une renommée internationale immédiate, se vendant à plus d’un demi-million d’exemplaires et traduit dans onze pays étrangers dont la France, le Japon, l’Italie, l’Iran, le Pakistan... Hunke y démontre que la civilisation européenne doit énormément à la culture arabe - l’auteur assimilant d’ailleurs à tort civilisation islamique et civilisation arabe - notamment dans le domaine des sciences, des mathématiques, de la médecine et de la philosophie, accréditant par là même le lieu commun de la dette occidentale vis-à-vis de la culture arabo-islamique et de la supériorité de la culture arabe sur la culture judéo-chrétienne. Animée d’un antichristianisme et d’un antijudaïsme profonds, Hunke explique que c’est essentiellement la science arabe qui, au XIIème siècle, en affranchissant l’esprit européen de la mentalité théologique chrétienne, a rendu possible une véritable Renaissance scientifique. « Opposant l’esprit expérimental des chercheurs arabes au dogmatisme chrétien [...] et soulignant l’ancienneté des relations entre le monde arabe et le monde européen, elle évoque aussi la grandeur et le raffinement de la civilisation andalouse durant le règne d’Abd ar-Rahman le Grand (912-961), l’Etat normand de Sicile, et la haute figure de Frédéric II de Hohenstaufen, qui attira auprès de lui des érudits arabes au mépris des interdictions de l’Eglise romaine »[6]. Thèmes d’ailleurs constamment développés par la propagande du Troisième Reich, littéralement obsédé par Charlemagne et l’empereur romain germanique Frédéric II. Dans « Le soleil d’Allah brille sur l’Occident : notre héritage arabe », Hunke reprend, à partir de l’objectif louable consistant à mieux connaître un monde différent de la civilisation européenne, la méthodologie mystificatrice de l’épistémè nazie, dans le but de trouver une nouvelle légitimation au rejet de la tradition judéo-chrétienne-helléniste, ceci dans le but d’assouvir une haine nouvelle du monde juif et chrétien puis, indirectement, de l’Etat d’Israël.

 
Commentaires

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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 10/03/2017 - 09:24 - Signaler un abus Petit oubli....

    Toutes les civilisations ont emprunté aux précédentes pour s'améliorer, l'arabo-musulmane comme les autres. Elle a ainsi tiré profit des Byzantines, romaines,grecques..

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 10/03/2017 - 10:01 - Signaler un abus Suite

    À ce sujet, la question qu'il faut se poser est plutôt pourquoi il n'y a pas eu perméabilité totale, et pourquoi il fallut attendre 1610 pour que les musulmans réussissent à recréer dans la mosquée bleue une coupole equivalente à celle de Ste Sophie construite au 6ème siècle..........par les Byzantins.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 10/03/2017 - 10:05 - Signaler un abus Suite

    Alors oui on a tous des dettes....! Il n'est donc pas judicieux de faire un complexe d'infériorité ou de supériorité.

  • Par Olivier62 - 10/03/2017 - 10:14 - Signaler un abus Un mythe grotesque

    Il y a deux absurdités dans ce mythe. D'abord l'islam est une religion et nullement une science. Ensuite la contribution du monde arabo-musulman au savoir humain en général, et au savoir scientifique en particulier, est proche du zéro. Il y a eu certes quelques mathématiciens mais cette contribution s'est arrêtée pour l'essentiel dés le XIIème siècle (encore s'agissait-il souvent en fait de persans ou de chrétiens vivant dans des pays musulmans). A partir de Fibonacci la quasi-totalité du savoir scientifique s'est construite en Occident. Cela s'explique entre autres par le fait que dans le concept musulman c'est Allah Lui-même (en personne si l'on peut dire), qui crée et anime directement l'esprit humain. Prétendre avoir une pensée et une essence indépendante, c'est déjà remettre en cause la toute-puissance d'Allah. Les bases intellectuelles d'une recherche libre manquent totalement.

  • Par Deneziere - 10/03/2017 - 14:43 - Signaler un abus @ Olivier62 : c'est très excessif

    Il n'est pas sérieux de minimiser la contribution scientifique de la civilisation arabo-musulmane. La science, principalement les mathématiques, à l'époque ne s'opposait pas à la religion car elle résolvait des problèmes très quotidiens loin de la métaphysique. La vérité est qu'il y a eu un certain nombre de califes qui étaient très soucieux de connaissance scientifique et l'ont donc promue sous diverses formes : ouverture d'université, commande de traités à des savants... etc... Cette civilisation a donc pris le relai aux indiens et l'a transmis aux Européens, et ses avancées en trigonométrie et en résolution d'équations, notamment, mais aussi en médecine, sont fondamentales. Ce qui est vrai en revanche, c'est que les arabes en tant que peuple, n'ont pas inventé grand chose. En effet, les savants qui sont passés à la postérité (Al Khwarzimi, Averroès) sont souvent des Perses - voire même des juifs (!). A ce propos, Del Valle cite des anecdotes amusantes dans ses bouquins.

  • Par J'accuse - 10/03/2017 - 14:47 - Signaler un abus A propos de carburant...

    Créditer l'Islam de toutes les avancées scientifiques arabes est une idiotie: si les mathématiciens et médecins arabes du Moyen-Âge étaient bien musulmans (par obligation), ce n'est pas Allah qui les a inspirés, mais les connaissances gréco-latines auxquelles ils ont eu accès après les invasions. Si on veut que l'Occident remercie les Arabes, alors tous les peuples colonisés par nous devraient aussi nous remercier, et l'un serait aussi inepte que l'autre. Qui plus est, avec tous les pétrodollars qui les enrichissent sans aucun mérite de leur part, on pourrait aussi dire que la dette supposée est plus que remboursée...

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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