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L’horreur de la guerre au Yémen, ou le deux poids deux mesures des Occidentaux qui sanctionnent Russie et Iran… mais laissent tout passer aux Saoudiens ou aux Pakistanais !

Au moment où le Congrès américain vote des sanctions contre la Russie (au motif de son « ingérence » dans l’élection présidentielle américaines) et où Washington rétablit les sanctions contre l’Iran, les massacres commis par l’Arabie saoudite au Yémen n’ont déclenché aucune sanction américaine contre l’Arabie saoudite.

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L’horreur de la guerre au Yémen, ou le deux poids deux mesures des Occidentaux qui sanctionnent Russie et Iran… mais laissent tout passer aux Saoudiens ou aux Pakistanais !

 Crédit Essa Ahmed / AFP

Pas plus que le financement du salafisme international subversif par Ryad et sa « Ligue islamique mondiale pourtant épinglée par le Trésor américain qui estime à 70 milliards d’euros l’argent alloué au prosélytisme wahhabite dans le monde par la monarchie saoudienne depuis 40 ans… Même l’implication prouvée de milieux saoudiens officiels dans les attentats du 11 septembre n’ont pas endommagé la relation américano-saoudienne, comme l’a justement déploré le chercheur de la Rand Corporation Laurent Murawiec lui-même pourtant très philo-conservateur américain. 

A la différence de la guerre civile en Ukraine, dont les morts ont été attribués aux seuls Russes alors que les torts sont partagés avec les nationalistes ukrainiens, et contrairement au dossier syrien, où l’on attribue le carnage au régime de Damas sans jamais dire que la moitié des centaines de milliers de mort est le fait des rebelles/jihadistes, parfois soutenus par les Occidentaux, le désastre humanitaire au Yémen est traité par les médias et responsables occidentaux de façon étonnamment plus prudente.

Indépendamment du scandale de l’assassinat barbare du Jamal Khashoggi, découpé en morceaux par les services saoudiens dans le consulat saoudien d’Istanbul, qui a déclenché une indignation planétaire mais qui n’a débouché sur aucune sanction, seul un moralisme à deux vitesses peut expliquer la mansuétude des Occidentaux envers « l’allié » saoudien. Un « étrange allié » qui a co-créé Al-Qaïda, diffusé le virus idéologique du salafisme partout dans le monde; qui a été impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001 ; qui persécute ses minorités (chrétiens, chiites, etc), athées et « apostats », pratique pendaisons, lapidations et décapitations, mais qui demeure toujours impuni. 

Retour sur la catastrophe de la guerre civile du Yémen 

Fidèles à leurs diplomatie moraliste fondée sur le « deux poids deux mesures », les Occidentaux n’ont même pas songé à lancer des sanctions économiques et diplomatiques contre Riyad, dont le prince-héritier réputé éclairé » Mohamed Ben Salmane, est directement responsable de la mort de milliers de civils avec sa guerre folle et contre-productive au Yémen qui n’a fait que renforcer la présence iranienne jadis résiduelle. Il est intéressant de dresser un bilan de la situation yéménite au moment même où les Occidentaux somment la Russie et le régime syrien de ne pas bombarder les rebelles jihadistes sunnites syriens à Idlib pour « éviter une catastrophe » humanitaire. Une « catastrophe humanitaire » dont ils se soucient guère au Yémen…

Un récent rapport du Conseil des Droits de l’Homme (HRC, 17 août 2018) dresse un constat accablant du « travail » de la coalition menée par l’Arabie Saoudite et ses alliés (Emiratis, égyptiens, mercenaires pakistanais, etc) au Yémen. Entre l’entrée en scène, en mars 2015 de l’Arabie Saoudite, venue prêter main forte au gouvernement (sunnite pro-Frères musulmans) contre les rebelles (chiites pro-Iraniens) dits « houthis », et le 30 juin 2018, la coalition menée par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis a mené environ 18 000 raids aériens, chaque attaque aérienne pouvant compter jusqu’à une vingtaine de frappes. Sur 6 575 civils tués depuis le début du conflit (les chiffres réels pourraient être en réalité bien plus élevés), au moins 4 300 sont attribués aux frappes de la coalition saoudienne soit deux tiers des victimes. Faisant fi des lois humanitaires internationales, la coalition a frappé sans discrimination infrastructures médicales, pédagogiques, culturelles et religieuses, parfois jusqu’à leur destruction complète, forfaits qui ont déclenché des indignations et résolutions occidentalo-onusiennes sans précédent dans le cas syrien. Des rassemblements civils (mariages, enterrements, ...), des marchés, des zones résidentielles ont été touchées à plusieurs reprises, avec comme résultat des pertes civiles massives. Même des infrastructures comme celles de Médecins sans Frontières n’ont pas été épargnées, alors que leurs emplacements avaient été communiqués à la coalition, faisant partie d’une « no-strike list » (liste d’objets à éviter) systématiquement ignorée. Ainsi un centre de traitement du choléra a été frappé le 11 juin 2018, alors que les coordonnées du site avaient été données à douze reprises. Cet assaut indiscriminé contre des « objets » pourtant protégés par la loi internationale et le nombre de blessés et tués dans la population civile ont amené le HRC à s’interroger sur la façon dont la coalition opère au Yémen. Sans information sur le processus de ciblage fourni par les Saoudiens, le Groupe des Experts sur le Yémen (mis sur pied fin 2017 par les Nations Unies) a dû baser ses observations sur l’analyse du résultat des frappes aériennes, et déplore l’absence total de respect du principe de distinction, des problèmes dans la façon dont les cibles militaires sont définies et sélectionnées, puis se questionne sur l’efficacité des « estimations de proportionnalité », entre autres. Le Groupe constate ainsi des « double frappes » rapprochées dans le temps, la deuxième salve frappant alors les équipes médicales venues en réponse à la première. En plus des frappes aveugles faisant de nombreuses victimes parmi les enfants, on recense une augmentation inquiétante du nombre d’enfants enrolés dans les combats, en majorité par les rebelles Houthis et dans une moindre mesure par la coalition. D’après le Groupe des Experts sur le Yémen, le Gouvernement du Yémen, les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite sont « coupables de violation des droits de l’homme, y compris de disparitions forcées », apparentées à des crimes de guerre tels que viols, traitements dégradants et cruels, tortures et outrages à la dignité humaine. 

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 09/11/2018 - 08:55 - Signaler un abus L'hypocrisie internationale

    semble effrayer l'auteur de l'article. Il a raison. Mais n'est-ce pas le cas systématiquement? A l'ONU, le tiers-monde a pris le pouvoir, c'est pas nouveau, et sous les applaudissements de tous les "progressistes" bien mal nommés. Ensuite, y a-t-il des guerres propres et des guerres sales? qui en décide? Les exactions en temps de guerre sont universelles et historiques, on n'invente rien, mais les médias trient celles a diffuser, ou pas, sur quels critères? Nous ne savons rien.

  • Par aristide41 - 09/11/2018 - 11:17 - Signaler un abus C'est bizarre

    mais les affidés de Trump ne commentent pas beaucoup quand il y a un article sur son copain saoudien. Pas envie de voir de ternir l'image du bonhomme qui s'apprête à persécuter les iraniens tout en laissant les saoudiens tranquilles? Où est l'affiche façon Games of Throne face à l' Arabie Saoudite?

  • Par Camember - 10/11/2018 - 10:02 - Signaler un abus vente d'armes

    Et pendant ce temps, on leur vend des armes, pour faire tourner nos usines et compenser la trahison de nos "amis" européens belges ou polonais qui achètent des avions américains. Par ailleurs, on peut étonner que même en temps de paix, le Yemen importe 90% de sa nourriture. Quand on vit dans un désert, on évite de faire des ribambelles d'enfants qu'on est incapable de nourrir. "pied d’estalles" ??

  • Par cremone - 10/11/2018 - 12:30 - Signaler un abus pied d’estalles

    Ce sont des illettrés qui sont chargés d'écrire les articles à Atlantico ?

  • Par hazère-tyuillope - 10/11/2018 - 15:46 - Signaler un abus pied d" estalles

    J' ai adoré aussi, c' est trop beau pour être vrai :^)

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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