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Donald Trump, le Tsar et le Sultan

De la vraie-fausse entente américano-turque à la chasse aux sorcières de l’Establishment américain russophobe.

Géopolitico-scanner

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Donald Trump, le Tsar et le Sultan

Recep Tayyip Erdogan, reçu mardi 16 mai à la Maison Blanche, a sans surprise critiqué dans des termes très fermes le soutien américain aux milices kurdes qui combattent en Syrie. Donald Trump a bien sûr assuré son homologue turc de son soutien dans sa lutte contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK séparatiste en guerre contre l’Etat turc depuis 1984), mais les Etats-Unis continueront de plus belle à soutenir les milices kurdes syriennes YPG liées idéologiquement et stratégiquement à ce même PKK que l’armée turque pilonne en Turquie et poursuit jusque dans ses bases-arrières supposées de Syrie et d’Irak.

Très offensif comme à son habitude et soucieux de donner à ses électeurs turcs l’impression qu’il ne cède pas sur cette question, Erdogan a averti que son pays n'accepterait jamais le soutien américain et occidental au PKK et à ses alliés syriens.

Certes, les deux présidents se sont engagés à apaiser les tensions entre leurs pays depuis 2003 (émergence d’un Kurdistan en Irak) et surtout depuis la guerre civile syrienne avec le soutien croissant de Washington aux PYG kurdes qui demeurent le meilleur atout militaire au sol pour combattre les jihadistes, notamment à travers les Forces démocratiques syriennes (FDS) qui unit le noyau-dur kurde YPG à des groupes rebelles arabes anti-Da’esh. Erdogan redoute notamment que les armes livrées par les Américains ne puissent un jour finir par être utilisées contre la Turquie par les Kurdes. Et alors même qu’Ankara se rapproche stratégiquement de l’Organisation de Shanghai (OCS), sorte d’anti-OTAN créée par la Russie et la Chine dans les années 2000 pour contrer la puissance américaine en Eurasie, le président turc a assorti son ferme avertissement sur le casus belli kurde d’un éloge des relations entre les États-Unis et la Turquie. De son côté, Donald Trump sait comment traiter l’irascible néo-sultan Erdogan. Aussi, bien qu’il ait décidé de renforcer l’aide militaire et logistique aux combattants kurdes syriens, il n’a cessé depuis son élection de ménager le président turc qu’il fut l'un des premiers (et l’un des seuls Occidentaux) à féliciter pour sa victoire au référendum du 16 avril qui lui a donné les quasi pleins pouvoirs. 

Outre les Kurdes, le président-sultan turc a tenté sans succès durant son voyage américain d’avoir la peau de Fethullah Gülen, le chef de la très puissante confrérie musulmane accusé d’avoir fomenté le coup d’Etat manqué de juillet 2016 contre Erdogan et qui vit en exil aux Etats-Unis depuis 1999. Erdogan aurait tout au plus obtenu de la part de son homologue américain - en échange d’une approbation tacite à l’imminente offensive arabo-kurde sur Raqqa pilotée par Washington - la perspective d’un examen de la procédure d’extradition de Gülen, sachant toutefois que ceci est presque impossible tant le leader religieux en exil est menacé en Turquie des foudres d’Erdogan qui veut régler des comptes personnels (accusations de corruption d’Erdogan et coup d’Etat manqué). Dans cette perspective de négociations pragmatiques qui visent essentiellement pour Recep Taiyyp Erdogan à sauver la face vis-à-vis de ses électeurs et surtout à faire croire qu’il peut interpeller le pays le plus puissant du monde, il n’est pas impossible que l’agression très violente des opposants d’Erdogan  par des gardes du corps du président turc devant cameras et non loin de la résidence de l'ambassadeur de Turquie, à Washington, ait eut pour but de montrer que les nationalistes turcs ne faiblissent pas, y compris sur le sol américain. Les agents de sécurité d’Erdogan ont d’ailleurs frappé des opposants turcs qui avaient brandi le drapeau du PYD kurde syrien lié au PKK. Message subliminal qui risque de plaire à nombre d’islamistes radicaux syriens et autres jihadistes anti-infidèles, la fondatrice du Fonds de secours Yézidi, Lucy Usoyan, connue pour soutenir la minorité yézidie hérétique et kurdophobe, figurait parmi les victimes des gardes du corps d’Erdogan.

 
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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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