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Du "bon impérialisme islamiste" ou "l’islamiquement correct" sous couvert de l’Age d’or du Califat éclairé d’Al-andalous

Les hommes politiques occidentaux estiment que la civilisation européenne et judéo-chrétienne est coupable de tous les maux et devrait reconnaître ses « fautes ». Extrait du livre d'Alexandre del Valle, "La stratégie de l'intimidation : du terrorisme jihadiste à l'islamiquement correct", aux éditions L'artilleur.

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Du "bon impérialisme islamiste" ou "l’islamiquement correct" sous couvert de l’Age d’or du Califat éclairé d’Al-andalous

 Crédit MANDEL NGAN / AFP

Selon le postulat islamiquement correct qui anime les discours de la plupart des hommes politiques occidentaux, la civilisation européenne et judéo-chrétienne, coupable de tous les maux , devrait reconnaître ses « fautes » passées et présentes (Croisades, expulsion des musulmans d'Espagne au XVème siècle, colonisation, impérialisme, etc), et les « réparer », sans prescription, en cédant aux exigences du suprémacisme revanchard de l’islamisme. Comme on l’a vu avec les déclarations du Caire et de Baltimore d’Obama, cette « réparation » passerait par la reconnaissance d’une « dette » de l’Occident envers la science arabo-musulmane sans laquelle la Modernité européenne n’aurait été possible.

Les propos de nombreux autres hommes politiques occidentaux également soumis à la nouvelle doxa islamiquement correcte vont dans le même sens. C’est ainsi qu’il convient de comprendre les requêtes de l’ex-Président du conseil espagnol, José Luis Zapatero. Rappelons en effet que ce très islamophile leader de la gauche espagnole est arrivé au pouvoir en mars 2004, juste après les attentats du 11 mars de Madrid revendiqués par Al-Qaïda, qui étaient clairement destinés à intimider les Espagnols afin de les pousser à sanctionner la droite « islamophobe » de l’ex-président du Conseil espagnol José Maria Aznar (partido popular), coupable d’avoir participé à une « croisade contre une terre musulmane » (Irak, 2003). Dans un communiqué publié sur le Web par le « commando Abou Hafs al-Masri », le lendemain du terrible attentat de la gare madrilène d’Atocha, les jihadistes précisaient également, comme d’ailleurs ceux de Daesh le firent en août 2017 après les attentats de Madrid et Cambrils, qu’il s’agissait aussi de « régler des vieux » comptes avec l’Espagne catholique héritière de la Reconquista d’Al-Andalous et des « rois catholiques » espagnols qui détruisirent le dernier royaume arabo-islamique de Cordoue. Preuve de l’efficacité de la stratégie de l’intimidation des jihadistes et du fait que celle-ci profite à l’ensemble du spectre islamiste : depuis 2004, les déclarations d’homme politiques, intellectuels, journalistes et professeurs espagnols vantant avec zèle « l’Espagne arabo-musulmane » perdue, et donc les anciens colonisateurs musulmans d’Al-Andalous, n’ont jamais été aussi insistantes, au point même d’être devenues un lieu commun  du politiquement correct.
 
Fruit de cette capitulation face au jihadisme, Zapatero alla en toute logique encore plus loin qu’Obama dans cette stratégie islamophile puisqu’il appela publiquement à plusieurs reprises l’Espagne à « s’excuser auprès des musulmans », érigés en victimes absolues de l’Occident chrétien, pour la Reconquista et l’expulsion des Maures d’Espagne aux XV et XVI ème siècles, puis même à « restituer » certaines églises ou cathédrales d’Andalousie qui avaient été des mosquées sous le califat d’An-Andalous. A sa suite, nombre de professeurs et de politiques de gauche n’hésitent plus aujourd’hui, y compris dans les écoles publiques et les shows télévisés, à exprimer une nostalgie de l’Espagne islamique et à comparer la Reconquête chrétienne de l’Espagne à une « purification ethnique et islamophobe » avant l’heure.
 
Dans la même veine, le très tiersmondiste parti politique espagnol Podemos, de Pablo Iglesias, devenu troisième force politique d’Espagne depuis les années 2010, a mis au centre de son programme l’exigence de « présentations d’excuses » de la part du gouvernement de Madrid, pour « le génocide des musulmans maures » chassés durant la Reconquista. A cet effet, chaque année, lors des commémorations de « la Toma de Grenada » (« la prise » de Grenade), organisées par la région d’Andalousie, qui fête chaque début janvier la reconquête de l’ex-capitale du dernier califat-émirat d’Al-Andalus par les « Rois catholiques » il y a 524 ans, le parti de Pablo Iglesias réclame l’interdiction de cette « célébration fasciste » qui honorerait le « génocide » du « peuple andalou musulman ». L’idée est que l’Espagne devrait demander unilatéralement « pardon » à l’Islam pour cette « croisade islamophobe » sur une terre anciennement musulmane présentée de façon anachronique comme « multiculturelle ». Zapatero, Obama ou Iglesias, qui vénèrent Al-Andalous, oublient toutefois de rappeler que cette terre anciennement chrétienne bien avant d’être musulmane, devint islamique par l’effet des conquêtes arabo-berbères jihadistes et que la domination islamique de la péninsule ibérique s’accompagna de vastes pogroms anti-juifs et anti-chrétiens (voir chapitre VII). Ce mythe de la glorieuse « Espagne arabe » occulte également le fait que les non-musulmans y furent tantôt traités en dhimmis, tantôt asservis dans le cadre d’une vaste industrie de piraterie et d’esclavagisme, face noire et occultée d’Al-Andalous (chapitre VI).
 
Il est à noter qu’au  moment où l’on vante les « merveilles » des empires arabo-musulmans et ottomans qui occupèrent des terres d’Europe du sud ou orientale, aucune force politique, leader ou grand intellectuel des pays musulmans n’a jamais demandé pardon d’avoir colonisé l’Espagne, la Sicile, la Russie, les Balkans, ni même d’avoir lancé des razzias et des pirates barbaresques pendant des siècles sur l’Europe méditerranéenne. Aux actes de repentance des Européens culpabilisés qui haïssent leur passé chrétien et glorifient le colonialisme califal qui les a jadis asservis, font écho la fierté des musulmans qui vantent les conquêtes impériales islamiques des califats omeyyades, abbassides et ottomans. Tous les pôles de l’islamisme, « institutionnels » ou jihadistes, pleurent en effet sans complexe l’ensemble des « territoires » perdus précités dont la « récupération » est enseignée comme un rêve pacifique pour les « modérés » et un but de guerre pour les jihadistes. Cette nostalgie de la domination-islamisation antérieure de l’Espagne, de la Sicile et des Balkans, entretenue de la Turquie au Pakistan en passant par les Frères musulmans et l’OCI, est souvent affichée par les dirigeants marocains, saoudiens, qataris, pakistanais. Ces Etats et leurs fondations « caritatives » islamiques ou milliardaires ont à cet effet beaucoup investi en Andalousie : centres islamiques prosélytes, immobilier.
 
En vertu du mythe fondateur de l’islamiquement correct, les Européens coupables devraient ainsi reconnaître la "supériorité" de la civilisation islamique, sans laquelle ils n'auraient connu ni Aristote, ni les mathématiques, ni le zéro ou ni même l'algèbre, comme l’a dit Obama lui-même dans son discours du Caire. Dans le même temps, les pays islamiques auraient raison d’être « fiers de leur identité » et devraient s’enorgueillir d’avoir occupé le Proche-orient chrétien, l’Afrique islamisée, et une partie de l’Europe méridionale et orientale. Selon Pablo Iglesias ou José Luis Zapatero, il serait en revanche « raciste » de commémorer la (re)prise de Valence (Valencia, en Espagne) par Le Cid en 1095, puis celle du Royaume de Grenade du Sultan Boabdil en 1492 par les « Reyes catolicos ». C'est ainsi qu'en France et en Espagne notamment, l'on enseigne désormais aux jeunes étudiants que l'Europe devrait « remercier » les califats arabes et turco-ottomans d'avoir pris par l'épée - et « pour le bien de l'Humanité » - l'empire byzantin, l'empire perse, le Maghreb, l'Espagne, la Sicile et les Balkans, où ils auraient refait (re)vivre la Science, les Arts, la philosophie et les Lettres des Anciens Grecs, devenus les « arts d’islam » et la « science arabe ». De ce point de vue, on comprend la démarche idéologique d’un Zapatero qui trouve scandaleux de fêter la Reconquista, mais trouve noble la « fierté néo-ottomane » de son « ami » Erdogan qui commémore chaque année en grande pompe, à Istanbul, l’anniversaire de la conquête de Constantinople (29 mai 1453), célébrée de façon de plus en plus ostensible, au moyen de défilés en costume de janissaires et de fanfares. La « prise » de l’ancienne capitale de l’empire romain d’Orient (chrétien) par le sultan Mehmet II, dit « le Conquérant » (Fatih), fut pourtant un immense massacre dont l’ensemble des chrétiens orthodoxes commémorent encore le traumatisme… Ces simples constats d’un dialogue asymétrique entre la partie islamique qui se vante d’avoir conquis l’Europe et la partie occidentale « chrétienne » qui s’excuse d’avoir dominé le monde musulman, en dit long sur l’état des relations islam-Occident et l’avenir de l’impérialisme islamique.
 
 
Commentaires

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  • Par REVERJOVIAL - 10/08/2018 - 14:18 - Signaler un abus Mensonges et manipulations

    Si l'Islam avait triomphé en Europe nous serions tous au moyen âge puisque les plus grandes découvertes de l'ère moderne sont faites par l'Occident a partir de la renaissance. De plus sous entendre que les grandes inventions sont l'oeuvre des musulmans est souvent faux, les chiffres arabes sont en fait hindous et la plupart des savants musulmans ont profité des découvertes perses, byzantines, hindous et chinoises grâce a leurs conquêtes ! Ne pas oublier l'apport des juifs et des chrétiens à la civilisation arabe comme en Espagne, sans en faire un mythe de le coexistence pacifique qui n'a jamais réellement existé. L'empire ottoman a largement profité de l'apport des peuples chrétiens qu'il a conquis en les intégrants aux pouvoirs militaires et administratifs et a périclité quand les sultans ont été incapable de s'ouvrir a l'Occident du fait du conservatisme de cette religion. La prise de Constantinople c'est fait grâce a un chrétien hongrois qui a construits des canons de sièges pour de l'argent, et les troupes d'élites des janissaires étaient des enfants chrétiens enlevés pour en faire des esclaves soldats.

  • Par lorwakaf - 10/08/2018 - 16:09 - Signaler un abus Medias et bonos pensent ça

    Mais la plupart des gens ont une vision un peu différente, surtout ceux qui vivent au contact des descendants de ces musulmans "eclairés". Cela dit, médias et bobos continuent à faire les elections, donc oui, le constat de Mr Del Valle est malheureusement vrai.

  • Par Labarthe - 10/08/2018 - 18:02 - Signaler un abus Excellent article!

    Très bonne analyse, j’attends la suite avec impatience.

  • Par Atlante13 - 10/08/2018 - 19:05 - Signaler un abus Qui pourrait me dire

    combien il y a de prix Nobel chez les islamisées? A part Obama, qui n'en revient pas encore. De toute façon, toutes les civilisations meurent un jour, c'est maintenant le tour de l'Occident. Et elles meurent toutes de la même façon, par lâcheté, par corruption, par soumission envers les envahisseurs, et parce que c'est une loi naturelle qui veut que les plus faibles finissent par disparaitre.

  • Par philippe de commynes - 10/08/2018 - 21:42 - Signaler un abus Ne pas oublier

    que ce qui a permis la colonisation française au Maghreb aura été son déclin économique ...parce que les maghrébins n'avaient pas pu suivre le progrès de l'occident , et n'étaient donc plus en mesure de razzier les cotes du sud de l'Europe pour en rançonner ses habitants (rachat des captifs), la principale rentrée de "devises" du Maghreb du XVème au XVIIIeme siècles ... ça permet de relativiser l"odieuse" colonisation et la "gentille" civilisation arabe ...

  • Par A M A - 11/08/2018 - 11:08 - Signaler un abus On est en droit de se

    On est en droit de se demander combien de politiciens, de journalistes et d'intellectuels se sont déjà convertis à l'islam. L'islam, c'est du "fric".

  • Par lasenorita - 11/08/2018 - 11:43 - Signaler un abus La ''colonisation'' arabe.

    Les Arabes ont ''colonisé'' l'Espagne avec l'aide des Berbères qu'ils ont ''obligés'' à prendre la religion de l'Islam..Si les musulmans ont construit de belles choses en Espagne:c'est grâce aux esclaves non-musulmans,on voit sur certains monuments la signature de ces non-musulmans (une croix)..les non-musulmans étaient les seuls à payer des impôts,en Espagne,sous la colonisation arabe..En Algérie:les Arabes ont ''colonisé'' ce pays pendant 700 ans,les Turcs pendant 300 ans,la ''colonisation'' musulmane a duré 10 siècles ,en Algérie,et elle a fait moins de choses que la ''colonisation française'' en 130 ans..En 1830:l'Algérie était pleine de marécages,les Algériens étaient nombreux à mourir de la malaria,etc..les Français ont modernisé l'Algérie,ils ont développé la médecine,l'instruction,ils ont construit des barrages,etc..etc..Les Espagnols ont chassé les musulmans d'Espagne au 15ième siècle et ils ont bien fait!...

  • Par lasenorita - 11/08/2018 - 16:13 - Signaler un abus L'islamisme ne peut être correct!

    L'islamisme engendre des attentats,de la torture,des guerres..il ne peur être ''correct''...Actuellement tous les attentats dans le Monde sont faits par des musulmans..En France:les musulmans brûlent des voitures,volent,violent,vendent de la drogue...Hier,Adrien,tué par 2 musulmans,a été enterré à Grenoble:les médias n'en ont pas parlé,Macron ne s'est pas dérangé pour faire un beau discours sur le ''vivre ensemble''..parce que les non-musulmans n'ont pas brûlé des voitures,etc..etc..ce meurtre n'intéressait pas nos merdias islamo-collabos comme nos gouvernants......

  • Par Dorine - 11/08/2018 - 17:20 - Signaler un abus Senorita

    Les arabes sont rentrés en Espagne, appelés par les rois wisigoths qui se disputaient le pouvoir.

  • Par A M A - 12/08/2018 - 18:33 - Signaler un abus Les hommes politiques

    Les hommes politiques occidentaux volontairement soumis à la nouvelle doxa islamiquement correcte ne se sont-ils pas converti à l'islam pour la plupart? Il y a beaucoup d'argent de ce côté là...Fripouilles ou arrivistes. .

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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