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Surchauffe : faut-il s’inquiéter de l’impact de la canicule sur le parc nucléaire français ?

Plusieurs réacteurs nucléaires ont été arrêtés pour éviter la surchauffe des rivières, dont les températures sont déjà élevées à cause de la canicule.

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Surchauffe : faut-il s’inquiéter de l’impact de la canicule sur le parc nucléaire français ?

 Crédit PHILIPPE DESMAZES / AFP

Atlantico : A cause des fortes chaleurs EDF a été contraint d’arrêter quatre réacteurs et de réduire la production de deux autres. Concrètement quel est l’impact de la chaleur sur un réacteur nucléaire ? Dans quels cas est-il nécessaire d’arrêter ou de réduire la production d’un réacteur nucléaire ?

Tristan Kamin : De manière très simplifiée, une centrale nucléaire (ou n’importe quelle centrale thermique) est une machine thermique qui produit de la chaleur dans une chaudière – un réacteur nucléaire en l’occurrence – et transfère cette chaleur vers une source froide en faisant, au passage, tourner une turbine et un alternateur pour produire de l’électricité.

Inévitablement, cela conduit à faire s’échauffer la « source froide ». Quand cette dernière est intégralement constituée par un cours d’eau, et non pas par l’air ou l’océan, cet échauffement peu avoir un impact non négligeable sur la faune et la flore en aval.

Pour limiter cet impact, la température maximale de l’eau rejetée par une centrale nucléaire est légalement limitée. Si, en amont, la température approche déjà cette limite, la centrale ne peut plus évacuer suffisamment de chaleur et se refroidir, et doit donc baisser sa puissance, jusqu’à, éventuellement, l’arrêt complet.

D’autres problèmes peuvent être rencontrés à cause de la chaleur : un niveau d’eau trop faible du cours d’eau, ou une température trop élevée dans le bâtiment réacteur.

Corinne Lepage : Il faut savoir que la quasi-totalité des réacteurs français sont des réacteurs dits humides, c’est-à-dire qu’ils fonctionnent grâce à l’eau de rivières ou de fleuves par opposition aux centrales sèches (nous n’avons pas chez nous) et aux centrales en bord de mer.

Il y a des réglementations qui concerne la température maximale des fleuves et les limites auxquelles EDF est astreint en terme de réchauffement de ces fleuves. Donc, très clairement, lorsqu’il fait trop chaud il y a des dérogations ou comme cette année, des interdictions parce que la température de l’eau remonte trop. Et à mon sens, mais cela n’engage que moi, je pense qu’en terme de sécurité cela doit être limite parce qu’il y a le problème extérieure et le problème intérieur.

Souvenez vous, au moment de la canicule de 2003, on avait vu des lances à incendie utilisées pour refroidir Fessenheim. La centrale chauffait trop et ainsi, le mécanisme de refroidissement des réacteurs ne pouvait s’effectuer correctement à cause de la trop forte chaleur de l’eau et du niveau trop bas du Grand Canal.

Aujourd’hui, EDF n’a pas du tout parlé de ça mais je suppose qu’il n’y a pas que le problème de la température des fleuves mais également quelques petits problèmes de sûreté. Il y a donc pu avoir des inquiétudes sur la capacité à refroidir les coeurs, mais pour l’instant rien n’a été déclaré.

Ces arrêts ou réductions de production ne concernent-ils que les centrales proches de l’eau ? D’autres centrales pourraient-elles être touchées dans les jours à venir (Civaux par exemple)?

Tristan Kamin : Les centrales dépendantes exclusivement de cours d’eau pour se refroidir sont les plus vulnérables : Bugey (2 réacteurs sur 4 sont refroidis par le Rhône), Tricastin (4 réacteurs par le Rhône), Saint-Alban (2 réacteurs par le Rhône) et Fessenheim (2 réacteurs par le Rhin.

Les centrales en bord de mer ou estuaire sont très peu exposées : Gravelines, Paluel, Penly, Flamanville, le Blayais.

Enfin, toutes les autres, dont Civaux, sont refroidies par air, au travers des tours aéroréfrigérantes si repérables (notons qu’elles sont emblématiques des centrales thermiques en général, pas des centrales nucléaires exclusivement).

Ces tours laissent échapper une fraction de l’eau qui y circule, laquelle forme les panaches qui les surmontent. Ainsi, ces centrales ne dépendent pas du cours d’eau pour refroidir leur cœur nucléaire, mais uniquement pour réaliser l’appoint d’eau compensant les pertes, et pour refroidir quelques systèmes auxiliaires. Elles sont donc vulnérables au manque d’eau pour cause de sécheresse, davantage qu’à la température élevée pour cause de canicule.

Corinne Lepage : Ils concernent les centrales proches de rivières ou de lacs, c’est-à-dire la majorité des centrales françaises. Cette semaine, EDF a réduit la puissance des réacteurs de la centrale de Bugey, sur le Rhône, et de plusieurs autres centrales situées dans la vallée du Rhône.

Ceci parce que le Rhône est un fleuve très sensible, notamment parce qu’on se situe dans le sud de la France, les températures sont donc plus chaudes, et les centrales du bord du Rhône sont parfois plus fatiguées que celles du reste de la France (à l’instar de Tricastin qui n’a pour l’instant pas été fermée).

Toutes les centrales sont à risque puisqu’en France il n’y aucune centrale sèche, elles sont donc toutes refroidies par des prises d’eau qui donnent lieu à des rejets. Or, comme aujourd’hui les associations sont beaucoup plus attentives à ce qu’il se passe, EDF est contraint d’être plus prudent.

Doit-on s’attendre à ce que ces arrêts ou ralentissements de réacteurs se répercutent sur l’approvisionnement en électricité du pays ?

Tristan Kamin : C’est peu vraisemblable. Le parc électrique français est dimensionné pour satisfaire la demande hivernale, considérablement plus élevée que la demande estivale. Même avec un nombre élevé de réacteurs nucléaires à l’arrêt et une production éolienne très modeste, la France est largement exportatrice chaque jour et chaque minute depuis le début de l’été, sans avoir à solliciter fortement son parc hydroélectrique. Si la production nucléaire venait à manquer, il serait possible dans un premier temps de réduire les exports, puis de solliciter davantage les barrages, et éventuellement le parc de centrales à gaz.

 
Commentaires

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  • Par tananarive - 05/08/2018 - 12:06 - Signaler un abus Les ayatollahs du solaire

    L’énergie intermittente comme le cerveau des écolos qui continuent à défendre le gouffre financier des énergies renouvelables intermittentes. Tout cet argent gaspillé devrait être mis sur la suppression de la TVA pour les travaux d’économie d’énergie.

  • Par Yves3531 - 05/08/2018 - 20:14 - Signaler un abus Corine Lepage...

    depuis que je l’ai entendue dire des conneries grosses comme elle sur le nucléaire, je zappe cette gonzesse qui est avocate et non technicienne et défend probablement des thèses en cohérence avec sa clientèle. A fuir si l’on veut des avis honnêtes et fondés...

  • Par GPM - 06/08/2018 - 22:26 - Signaler un abus Bien d'accord avec Yves

    C Lepage n'a guere de crédibilité. Ceci dit, l'arrêt de quelques centrales nucléaires en plein été n'est pas un problème. C'est un manque à gagner pour Edf mais ça ne met pas les clients en pénurie.

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Tristan Kamin

Tristan Kamin est ingénieur en sûreté nucléaire. Son compte twitter : @Tristankamin

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Corinne Lepage

Corinne Lepage a été ministre de l'Environnement et membre de Génération écologie. Elle est par ailleurs fondatrice et présidente du parti écologiste Cap21 depuis 1996. Après avoir co-fondé et présidé le Mouvement démocrate jusqu'en mars 2010, elle est - dépuis 2009 - député au Parlement européen. 

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Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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