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Quel avenir en 2017 pour les énergies renouvelables après les performances record de 2016 ?

Alors que pour la première fois, 2016 a été l'année où les investissements en matière d'énergies renouvelables ont rattrapé ceux liés aux énergies fossiles, 2017 s'annonce comme celle de la prise de conscience par le grand public de ces grands changements dans le domaine énergétique.

Atlantico Green

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Quel avenir en 2017 pour les énergies renouvelables après les performances record de 2016 ?

Atlantico : Dans une note parue ce mois-ci, le Forum économique mondial a annoncé que l'installation de panneaux solaires ou d'éoliennes coûte désormais autant que celle d'infrastructures liées aux énergies fossiles. Quels facteurs ont favorisé ce rattrapage ? S'agit-il d'une tendance observable à l'échelle de la planète ou note-t-on des disparités ? 

Myriam Maestroni et Grégory Lamotte : Après de nombreuses années de purgatoire, pendant lesquelles les énergies alternatives se sont développées sans véritablement parvenir à être rentables, il semblerait que 2016 transforme l’essai de 2015, qui s’était déjà avéré être une année extrêmement encourageante.

2016 se profile donc comme une année charnière permettant d’acter ces énergies comme tout à fait compétitives face aux énergies fossiles, et ce dans de nombreux pays. 

Selon le Forum économique mondial, mieux connu pour son forum annuel de Davos, le futur des énergies renouvelables arriverait vraiment lorsqu'installer des panneaux solaires sera moins cher qu’investir dans le charbon, le gaz naturel ou autres énergies fossiles… Or ce jour semble bel et bien arrivé. En effet, selon son dernier et tout récent rapport, les énergies solaires et éoliennes sont maintenant au même prix, voire moins chères, que celles produites pas les nouvelles installations d’énergies fossiles dans plus de trente pays. Il est désormais établi que si cette baisse des prix de ces deux énergies renouvelables majeures continue, deux tiers des pays atteindront le fameux point de parité avec le coût du réseau ("grid parity"), dans à peine quelques années (au plus tard au cours de la décennie à venir) et sans aucune aide d’Etat.

Cette position n’est plus unique. En effet, de nombreux analystes convergent pour confirmer que le solaire est devenu en 2016 le moyen le moins cher au monde capable de produire de l'électricité dans 90% des pays. Seul les pays en zone froide (au nord de l'Allemagne) ne peuvent pas encore en bénéficier. La Banque Lazard, qui réalise chaque année depuis dix ans un palmarès des prix de production de l'électricité, montre que le solaire et l'éolien creusent l'écart avec ses concurrents.

Michael Drexler, responsable des investissements et infrastructures du Forum économique mondial - un ancien banquier d’affaires -, vient de déclarer que "les énergies renouvelables sont à un tournant, puisqu’il ne s’agit plus juste d’un choix commercial viable, mais bien une belle opportunité d’investissement de long terme avec de bonnes perspectives de retour, stables et protégées de l’inflation".

Un message particulièrement fort, et qui intervient, symboliquement quelques jours après la nomination de Rick Perry, l’ancien gouverneur du Texas, connu pour son climato-scepticisme, comme secrétaire d’Etat à l’Energie du nouveau gouvernement de Donald Trump aux Etats-Unis.

Les faits semblent corroborer cette analyse puisque les investisseurs ont déjà largement intégré qu’il devenait très intéressant de commencer à investir massivement dans les énergies renouvelables. Ainsi, le BNEF (Bloomberg Energy New Finance) estime que les investissements dans les énergies renouvelables atteindront 7 800 milliards de dollars d’ici à 2040 (dont 3 400 milliards pour le solaire en tête du palmarès, suivi de près par l’éolien avec 3 100 milliards et 911 milliards pour l’hydroélectrique). Un montant  près de quatre fois supérieur aux 2 100 milliards qui seront investis dans les énergies fossiles sur la même période pour pouvoir faire face à la demande d’électricité qui ne cesse de croitre dans le monde.

Déjà en 2015, les investissements réalisés en infrastructures liés aux énergies renouvelables, estimés à 285,9 milliards de dollars (soit un accroissement de 5% par rapport aux 273 milliards de l’année d’avant) avaient été supérieurs à ceux réalisés en énergies conventionnelles - selon les données du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP). Cela aurait permis un accroissement de la capacité mondiale de production d’électricité renouvelable, notamment solaire et éolienne, qui se taillent la part du lion avec près de trois quart du total, pour atteindre à fin 2015, selon le dernier rapport publié par le Réseau international des énergies renouvelables (REN21) - toutes sources confondues dont l’hydroélectricité - 1,849 GW, soit une hausse de 8,7% par rapport à 2014.

Ce qui est particulièrement remarquable, c'est que ce secteur en pleine expansion, qui ne semblait attirer que des investisseurs à l’affût d’aides et de subsides d’Etat, ait précisément su convertir ces aides en une série d’avantages concurrentiels solides, notamment liés à des effets d’économie d’échelle, qui ont eu des impacts extrêmement favorables tant sur l’offre que sur la production elle-même. Ainsi, le coût des cellules photovoltaïques ou des turbines éoliennes ont été réduits de façon significative. Le coût de production de l’énergie solaire est passé de 600dollars/Mwh il y a dix ans à moins de 100 aujourd’hui. Des chiffres quasiment comparables à ceux obtenus avec le charbon et le gaz naturel (estimés en moyenne à 100 dollars par Mwh). Ces sept dernières années, le solaire a enregistré une baisse de 85%; une baisse équivalente est prévue pour les sept prochaines années et cela va profondément changer le paysage de l'énergie. Il s’agit d’une tendance qui s’inscrit dans la durée. On constate la même tendance pour le solaire à concentration, qui connaîtra une chute de 43%, mais aussi l’éolien onshore et celui offshore qui coûteront, respectivement 26% et 35% moins chers au même horizon.

Au-delà de l’effet d’économie d’échelle, cette baisse des coûts est également liée aux progrès technologiques, et plus généralement à une courbe d’apprentissage rapide dans un contexte favorable. De fait, depuis quarante ans, on a assisté à une baisse régulière du prix du solaire avec la mise en service de nouvelles générations de machines outils (allemandes principalement) capables de produire des panneaux solaires plus efficacement et à moindre coût (un peu comme nous l’avons observé pour les éclairages à LED ou pour les écrans plats).

Tout cela se traduit par de profonds changements : aujourd’hui, le secteur des renouvelables est devenu de moins en moins dépendant des subventions diverses et variées… à l’opposé de ce que l’on observe pour les énergies fossiles qui bénéficiaient encore en 2014 de plus d’un-demi milliard de dollars, soit quatre fois le montant des subventions pour les énergies renouvelables, selon l’Agence internationale de l’Energie (IAE).

Bien entendu, ces gains de compétitivité se convertissent en performances financières, puisqu’aujourd’hui, les taux de retour sur investissements sont passés au delà de 10% (jusqu’à 17%) avec une volatilité réduite… ce qui est, bien sûr, de nature à rendre enfin compatible les attentes en termes de profitabilité et le fait de préserver notre planète contre les effets de plus en plus graves liés au changement climatique. Un vrai changement de paradigme longtemps attendu et qui semble enfin se matérialiser. Tous les repères changent, les cartes se redistribuent, certains experts de l'énergie le savaient ou l’appréhendaient depuis longtemps, mais 2017 sera l'année où le grand public va en prendre conscience, et ce partout dans le monde.

En bref, qu’il s’agisse de promouvoir l’accès à l’énergie (encore plus d’un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’énergie) ou de consolider les capacités de pays en forte croissance et donc avec une demande d’électricité en forte augmentation telle que la Chine (devenue premier producteur de panneaux photovoltaïques et numéro un devant l’Allemagne avec 16% de la production photovoltaïque mondiale), la solution solaire est parfaitement adaptée. Et ce n’est qu’un début ! Même si son développement reste assez lent en France, il a progressé de 45 % au niveau mondial, passant de 51 GW installés en 2015 à 74 GW en 2016. Les États-Unis, l’Inde, la Chine et le Japon s’illustrent comme les pays qui investissent massivement dans ce secteur.

Cette tendance de fond s’auto-consolide au travers d’un écosystème global qui permet d’envisager un développement plus rapide que prévu des véhicules électriques, vus comme autant de mini stockages d’électricité, des technologies dites "smart" facilitant le confort de l’utilisateur partie prenante dans une logique globale de producteur-consomm’acteur, mais aussi bien sûr des technologies de stockage de cette énergie qui deviendra idéale lorsqu’on sera complètement capable de la stocker. Un sujet sur lesquels les plus grands progrès restent à venir et à suivre avec attention aux côtés des plus grands experts du moment tels Elon Musk, devenu un gourou du stockage d’électricité domestique produite par des panneaux solaires avec son Powerwall (batterie lithium-ion produite par Tesla) permettant de gérer l’intermittence, c’est-à-dire de stocker l’énergie quand elle est produite et de l’utiliser quand elle est nécessaire - pour ne citer qu’un exemple parmi de nombreux autres.

 
Commentaires

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  • Par C3H5.NO3.3 - 01/01/2017 - 11:10 - Signaler un abus c'est pourtant simple

    Les énergies «vertes» coûtent bien plus cher que les énergies fossiles et les gens n'en veulent pas. Un problème ? Il suffit de taxer suffisamment les énergies fossiles pour qu'elles soient plus chères et qu'engie puisse faire des pubs cretines.

  • Par zen aztec - 01/01/2017 - 13:47 - Signaler un abus Le hasard fait quand même bien les choses

    "Un message particulièrement fort, et qui intervient, symboliquement quelques jours après la nomination de Rick Perry, l’ancien gouverneur du Texas, connu pour son climato-scepticisme, comme secrétaire d’Etat à l’Energie du nouveau gouvernement de Donald Trump aux Etats unis

  • Par vangog - 01/01/2017 - 15:57 - Signaler un abus La seule énergie renouvelable qui ne pollue pas...

    c'est le nucléaire! Pas de bateaux ni de gas-oil pour acheminer des tonnes de panneaux solaires à partir de Chine, pas de pollution visuelle ni sonore, pas de saisonnalité...tout benef' quoi! Sauf pour les minorités écolo-régressives qui minent la planète...

  • Par Borgowrio - 01/01/2017 - 17:14 - Signaler un abus Imposture

    Les énergies fossiles sont taxées à hauteur de 60% et l'éolien et le photovolcaique subventionné à 60 % . Il suffit de voir la facture Edf qui augmente pour payer le cadeau fait aux propriétaires de panneaux à qui on paye le double du prix normal . Le nucléaire , les normes ont été durcies pour plomber le prix du MW . Le résultat de plus en plus de gens ne pourront plus payer leurs factures . De plus ce sont des énergies intermittentes et à faible puissance ( pas question de faire tourner un TGV ou une usine )

  • Par Borgowrio - 01/01/2017 - 17:22 - Signaler un abus Ce pays est foutu

    La Chine investit apparemment massivement pour sa " vitrine "de vente de panneaux à l'international. En vérité elle construit 36 centrales nucléaires , dont 2 EPR , en attendant elle a couplé des centaines de centrales charbon . Elle aura une énergie compétitive et nous allons nous endetter dangereusement pour notre danseuse renouvelable .

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Myriam Maestroni

Myriam Maestroni est présidente d'Economie d'Energie, et a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013).

A la veille de la Cop 21, elle vient de publier le livre Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions). 

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Grégory Lamotte

Grégory Lamotte, fondateur de Comwatt, est un expert énergéticien régulièrement auditionné à l'Assemblée nationale sur les questions liées à la transition énergétique et à la décentralisation des moyens de production d’électricité renouvelable. Spécialiste des énergies renouvelables depuis plus de quinze ans, Grégory Lamotte a développé une offre unique basée sur l'autoproduction et l'autoconsommation grâce à l’internet de l’énergie.

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