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La première usine a émission négative ouvre en Islande : transformer du CO2 en pierre, utopie ou avenir ?

Une première usine "à émission négative" a été installée en Islande, mais de nombreux obstacles restent à franchir afin de déployer cette technologie de stockage du CO2 à grande échelle.

Atlantico Green

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La première usine a émission négative ouvre en Islande : transformer du CO2 en pierre, utopie ou avenir ?

Quelles sont ces technologies de stockage du CO2 atmosphérique et en quoi consistent-elles ?

Stephan Silvestre : On parle plus précisément de captage et stockage du CO2 (CCS en anglais). Ces deux phases appellent différentes technologies et différentes contraintes. Il existe deux types d’installations : celles qui sont destinées à purifier l’air atmosphérique et celles qui sont placées dans les sites producteurs de CO2, comme les centrales thermiques ; beaucoup de projets existent aussi dans le cadre de puits pétroliers : il s’agit d’améliorer le taux de récupération de pétrole en injectant du CO2 liquéfié (technique EOR).

La phase de captage est la plus complexe techniquement, surtout dans le premier cas : le CO2 est, certes, trop présent dans l’atmosphère, mais il n’y est qu’à hauteur de 0,04%, ce qui implique des techniques de récupération chimique assez sophistiquées, comme l’oxycombustion. Ces installations sont assez consommatrices d’énergie, ce qui dégrade le rendement des centrales, donc renchérit le coût de l’électricité produite. La seconde phase, le stockage, ou séquestration, consiste à enfermer le CO2 récupéré dans des réservoirs souterrains suffisamment vastes et étanches. Pour ce faire on a recours à d’anciens réservoirs d’hydrocarbures (pétrole ou gaz), des aquifères salins, d’anciennes mines de charbon ou de sel. Cette opération est assez simple, au moyen de gazoducs conventionnels, mais elle s’avère très onéreuse en raison de l’éloignement des réservoirs, surtout dans le cas d’une installation sur site émetteur, qui peut se trouver très distante d’un réservoir approprié. D’autres pistes ont été investiguées, comme le stockage océanique ou l’inertage (absorption dans des matériaux spécifiques), mais sans aboutir : dans le premier cas, l’impact environnemental est encore méconnu et dans le second, l’opération est très onéreuse et énergivore.

Myriam Maestroni : Ces technologies, également désignées comme CCS (Capture -ou Captage- et Stockage du CO2), concernent en priorité les industries lourdes -telles que les aciéries, cimenteries ou encore les raffineries et centrales thermiques- responsables de près du tiers des émissions de CO2 dans le monde.Il s’agit de récupérer le CO2, émis par ces industries et ensuite de le transporter par canalisations, bateaux, ou encore par camions s’il s’agit de petites quantités, pour le stocker dans des sites adaptés. Pourtant si l’idée parait simple la mise en œuvre de ces technologies est relativement lourde et donc couteuse. 

En effet, la captation du CO2 suppose d’abord de le séparer des autres gaz de combustion. Cette opération peut avoir lieu à différentes étapes de la combustion (avant, pendant ou après) et s’appuyer selon les cas sur des technologies différentes. 

En phase de précombustion, il va s’agir de modifier l’ensemble du processus de combustion. Cette technologie qui consiste à extraire le C02 par l’utilisation d’un solvant, typiquement du méthanol, et à produire de l’énergie grâce à l’hydrogène (issu d’une des étapes du processus) ne peut essentiellement s’appliquer que sur des unités neuves conçues en conséquence.

 
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Myriam Maestroni

Myriam Maestroni est présidente d'Economie d'Energie et de la Fondation E5T. Elle a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. 

Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013), Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions). 

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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