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Dérèglement climatique : le nombre de victimes des inondations dans le monde pourrait tripler d'ici 2030

Inondations répétées au Bangladesh, rupture de barrages hydrauliques en Chine, submersion de New-York... Les phénomènes d'inondation sont de plus en plus meurtriers et semblent se multiplier. Ce week-end les experts internationaux en climatologie se réunissent à l'occasion du sommet de Sendaï pour partager les nouvelles avancées en matière de prévention.

Atlantico Green

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Dérèglement climatique : le nombre de victimes des inondations dans le monde pourrait tripler d'ici 2030

Avec le réchauffement climatique, les inondations deviendront plus fréquentes. Crédit Reuters

Atlantico: On assiste à une multiplication des phénomènes d’inondation et d'une augmentation sensible du nombre des victimes : le premier risque vient-il de l’élévation du niveau de la mer ou de crues de fleuves liées à de trop fortes précipitations ou à la fonte des glaciers ?

Thierry Hubert : les inondations meurtrières sont majoritairement dues aux crues des fleuves, provoquées par des intempéries plus intenses qu’à l’ordinaire.

Le plus grand risque vient de la multiplication de ces phénomènes d’intempéries lié au développement démographique des régions du Sud du globe, comme le Bangladesh et l'Inde. Les désastres des inondations en Chine conséquents de la construction des barrages ont aussi révélé un risque de détournement des fleuves. Dans des régions pauvres où il n'est pas possible de réguler l'aménagement du territoire et qui connaissent un fort essor démoraphique, les risques liés aux inondations sont certains et pourraient, malgré tous les efforts mis en place, se révéler de plus en plus meurtrier.

Pierre Carrega : En fait c'est très complexe, et il faut dépasser le cadre strict de la question. On tend aujourd'hui à substituer le nombre de victimes, les dégâts (les conséquences) aux crues elles-mêmes (causes). Si on procède par ordre, on constate que dans beaucoup d'endroits il n'y a aucune augmentation du nombre ou de l'intensité des pluies extrêmes (engendrant les crues), ce serait même le contraire par exemple dans le sud de la France ou en Italie centrale.  Bien entendu il serait stupide d'extrapoler au futur le comportement des 50 ou 60 dernières années. Les modèles climatiques annoncent pour la France par exemple, outre l'évidente hausse des températures, une diminution des pluies d'été (surtout dans le sud) et une augmentation de celles d'hiver.

Ensuite, la même pluie donne des crues différentes selon le "potentiel" du milieu, sa "susceptibilité", à produire une crue en fonction de la capacité d'infiltration de l'eau au sol (favorisée par la nature de certaines roches, une végétation dense, etc). L'homme augmente le risque de crues en imperméabilisant le sol puisque la croissance de population le fait occuper de plus en plus d'espace (routes, maisons, immeubles, parkings) à pluie constante. Enfin la vulnérabilité aux crues augmente quand on installe des logements sur des terres inondables volontairement laissées vides il y a encore 50 ans. La fonte des glaciers (sauf localement) n'intervient que peu dans ces phénomènes. Quant à l'élévation du niveau de la mer, il faut rappeler qu'elle a été de moins de 20 cm au XXe siècle... Même s'il est vrai que lors de certains épisodes très pluvieux l'évacuation de l'eau des fleuves en crue est gênée par la hausse momentanée du niveau marin (dépression, action du vent, éventuellement marée).

Je dirais donc que le premier risque vient d'abord de l'accroissement de l'emprise humaine sur terre, même si en certains endroits (mais pas partout) une augmentation des pluies est à attendre.

Quelles sont les régions du globe les plus vulnérables face aux inondations ? Selon les pays, quels sont les différents risques liés aux inondations?

Thierry Hubert : Tous les pays sont égaux face au risque d’inondation, et ces dernières années les Etats-Unis, l’Inde, le Bangladesh, mais également le Royaume-Uni ou la France ont dû faire face à des inondations exceptionnelles. Mais c’est dans les dispositifs mis en place pour répondre à ces risques et le nombre de victimes que l’on constate une très forte inégalité. Dans les pays les plus avancés, des alertes sont mises en place et des services de sécurité compétent peuvent intervenir. De plus, du fait d’une plus faible densité de population, les risques humains sont moins importants que dans les pays moins développés.Dans les pays moins développé, la surpopulation et l'absence de service de sécurité renforcent la vulnérabilité: en Chine notamment, les intempéries ont un poids humain très lourd en raison de la densité de population et de l'habitat. 

Dans les pays qui ont pris en compte ces risques et établis des zones inondables inconstructibles, il y a malgré tout des risques de glissement de terrain, qui peuvent emporter des villages entiers comme ça a pu être le cas dans les Alpes.

Pierre Carrega : Les régions les plus vulnérables sont celles qui sont les plus peuplées en terrain plat (par exemple le Bengladesh) sans possibilité de se réfugier en hauteur ou encore celles où la culture du risque accepté n'est pas bien rentrée dans les moeurs, ce qui est souvent le cas en Europe où on cherche un peu trop le risque zéro. La demande en terres constructibles continuant, plutôt que de bâtir uniquement sur des terres exemptes de risque (ce qui restreint considérablement l'offre), il est possible de quantifier le risque et de faire bâtir en fonction : 1er étage obligatoire dans une villa (par exemple), pilotis, etc. Ce qui signifie une acceptation que de temps en temps on sera inondé (avec une intensité à préciser évidement).

Depuis la catastrophe de Fukushima, les inondations consécutives à la tempête Xynthia, aux crues successives au Bangladesh mais aussi en France, quelles ont été les mesures préventives pour limiter les risques liés aux désastres naturels ?

Thierry Hubert : La catastrophe de Fukushima nous a rappelé que, bien qu’exceptionnelles, les catastrophes imprévisibles étaient toujours possibles. Malheureusement, il est très difficile de prévoir des situations exceptionnelles et on ne pourra jamais les empêcher. En France, le phénomène meurtrier de Xynthia a marqué les esprits, et les dispositifs d’alerte et de prévention ont été renforcés. La prévention et l’information des publics sont les domaines clés sur lesquels il est possible d’agir et qui permettent dans les pays à faible densité de population de s'organiser.

Pierre Carrega : Un certain nombre de mesures ont été prises en France et continuent à l'être depuis bien avant ces catastrophes, par exemple avec les PPR (Plans de Prévention des Risques) fixant les zones constructibles et à aménager. Après une recherche du risque zéro, la tendance est maintenant davantage vers le compromis. Le risque est aussi de geler des terres ce qui peut biaiser la situation : par exemple en Méditerranée les PPR tendent de plus en plus à "sanctifier" les forêts, ce qui limite bien sûr le risque d'éclosion d'incendie (l'homme en étant à 95 % responsable volontairement et encore plus involontairement). Mais l'accumulation de biomasse, le non nettoyage (sauf en bordure ou le long des routes) font qu'en cas de départ de feu dans cette "poudrière" ce dernier risque de devenir incontrôlable si les conditions météo sont favorables.

 
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  • Par MONEO98 - 16/03/2015 - 10:52 - Signaler un abus TAM TAM TAM

    mais comment faire pénétrer dans vos minables cervelles qu 'aujourd'hui c'est pire qu'avant et que tout cela est la faute de l'espèce humaine.. la preuve ? l'inondation de Paris? non ça doit être la création de la Manche ( encore un effort des anglais pour se protéger des continentaux)

  • Par Anouman - 16/03/2015 - 12:50 - Signaler un abus Inondations

    Dans les pays comme la France les inondations sont plus liées à une urbanisation mal pensée. Qu'il y en ait un peu plus (mais rien ne le prouve) avec le réchauffement ne change rien. Mais comme il n'y a que de la politique de court terme et de gain immédiat je crois que ça ne va pas changer. Les assurances cat-nat ne vont faire qu'augmenter pour compenser cette incompétence.

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Thierry Hubert

Thierry Hubert est porte-parole du  Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie,  Services des risques naturels et hydrauliques à la Direction générale de la prévention des risques.

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Pierre Carrega

Pierre Carrega est né en 1949. Professeur agrégé de Géographie, Docteur d'Etat en Géographie Physique, il dirige le Master "Climat, Risques, Environnement et Santé"  à l'Université de Nice-Sophia Antipolis. 

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