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Avalanches meurtrières en série : pourquoi ça n’est malheureusement que le début...

Les liens entre changement climatique et avalanche sont complexes, et méritent d'être regardé avec beaucoup de prudence.

Atlantico Green

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Avalanches meurtrières en série : pourquoi ça n’est malheureusement que le début...

 Crédit JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Atlantico : Avec le réchauffement climatique, a-t-on affaire, tout d'abord, à une augmentation du nombre d'avalanches ?

Samuel Morin : Cela dépend de quelle avalanche on parle. S'agit-il d'avalanches déclenchées par des skieurs ou d'avalanches naturelles ? Pour ce qui est de celles déclenchées par l'homme en montagne, il n'y a pas d'étude qui a été faite sur une augmentation ou non des risques en raison des tendances climatiques, tout simplement parce que les conditions d'enneigement sont très variables d'une année à l'autre et que le nombre de décès est surtout très lié au comportement des skieurs et leur prise en compte des informations de prévision et leur appréciation des risques sur le terrain.

Tant qu'il y aura assez de neige pour skier, il y aura à s'occuper de ce risque d'avalanches. 

Pour ce qui est des avalanches naturelles, dites aussi « départs spontanés », qui touchent plus les infrastructures et habitations, elles se produisent dans deux cas de figures. Il y a celles qui adviennent après de grosses chutes de neige comme on a pu en connaître au mois de janvier ou encore il y a quelques jours dans certaines régions. Et celles qui surviennent à la suite de modification de l'état du manteau neigeux, par exemple à une pluie ou un réchauffement du manteau neigeux qui sont des facteurs déclenchant pour les avalanches de neige humide. Ces avalanches sont très peu meurtrières aujourd'hui, en tout cas moins qu'il y a quelques années. C'est évidemment lié à la prévention tant du point de vue des ouvrages de protection que des dispositfs d’avertissement, comme la Vigilance Météorologique en France. Elles continuent cependant toujours à faire des dégâts, et quand elles en font, en font des gros, comme à Galtür en Autriche et Montroc (près de Chamonix) en France en  1999 ou celle qui a touché le Gran Sasso en Italie l'année dernière. Il s'agit dans ces cas d'avalanches "spontanées" ou "naturelles".

En France, nous faisons l'inventaire des avalanches, dans "l'enquête permanente des avalanches" effectuée par l'Irstea  sous l'égide du ministère de l'Écologie. Ils s'appuient beaucoup sur l'ONF pour recenser les avalanches, et nous les aidons aussi régulièrement. Ce qu'on observe c'est une tendance à la baisse du nombre total des avalanches depuis une trentaine d'années après un optimum à la fin des années 1970 et début des années 1980. Mais cela n'empêche pas des hivers très avalancheux comme celui qu'on vit cette année. Le changement climatique a pour principal effet de modifier le caractère des avalanches. Dans un hiver "classique", on a plus d'avalanches "froides" autour du mois de janvier, constituées de poudreuse. Et plus tard dans la saison, des "avalanches de fonte" ou "avalanches humides". 

On observe depuis quelques années que les avalanches humides sont plus fréquentes et qu'elles surviennent parfois plus tôt dans la saison à la suite d'épisodes de pluie parfois en haute-altitude. C'est ce qu'on observe en France mais aussi en Suisse par nos collègues de Davos. 

Les modifications du climat ont donc une incidence sur les avalanches, car la neige dépend des conditions météorologiques, qui elles mêmes sont modifiées par le changement climatique,  mais elles modifient plus les types d'avalanches qu'elles augmentent où font baisser le nombre total. 

On a pu observer des avalanches exceptionnelles dans des plus grands massifs comme celle géante survenue en l'Himalaya en 2016. Que peut-on en conclure ?

Ce ne sont pas des avalanches de neige à proprement parler, mais des glaciers qui se détachent. Les avalanches dont nous parlions jusqu'ici concernent les avalanches de neige saisonnières, c'est-à-dire des neiges qui ne restent pas d'une saison à une autre. Ici il s’agit d’effondrements de glaciers entiers, qui procèdent de processus assez différents de ceux responsables des avalanches de neige. Ces événements sont exceptionnels, et il est très difficile d'attribuer les causes d'un seul événement isolé au changement climatique. Il peut toutefois être intéressant d’analyser si un événement remarquable observé a plus ou moins de chances de se produire dans un climat modifié, ce qui reste une tâche très délicate dès lors qu’il s’agit d’événements très rare.

 
 
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Samuel Morin

Samuel Morin est chercheur à Météo-France et directeur du Centre d’Etudes de la Neige (Météo-France-CNRS)
 

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