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Alerte à l'érosion des terres fertiles de la planète : un mal sans réel remède autre que la prévention

Pointée une nouvelle fois par l'organisation des Nations unis pour l'Alimenation et l'Agriculture, la dégradation des sols est essentiellement liée à la déforestation, à l’ouverture de grands espaces et à la monoculture. Elle se constate dans toutes les zones d’agriculture intensive et industrielle. Les solutions doivent avant tout venir de l’éducation et d’un changement des pratiques, plus que d’une technologie miracle quelconque.

Atlantico Green

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Alerte à l'érosion des terres fertiles de la planète : un mal sans réel remède autre que la prévention

Atlantico : Dans un rapport paru le  4 décembre 2015, l'Organisation des Nations Unis pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) déplorait une perte progressive de fertilité des sols de la Terre. Un tier des terres cultivables de la planète seraient menacés de disparaître rapidement.  L'organisation cite des scientifiques selon lesquels entre 25 et 40 milliards de tonnes de l’épiderme de la planète sont emportés chaque année. Quelles sont les causes principales de cette diminution de fertilité ?

Jean-Claude Marcus : La FAO suit de plus en plus l'épuisement des sols.

L'état des sols conditionne à la fois la disponibilité d'alimentation au niveau global, et l'autosuffisance alimentaire au niveau local. Dans l'idéal, il faudrait avoir plus d'aliments  là où se concentrent le plus d'hommes. Dans les faits, c'est l'inverse qui se réalise. Cette situation ne cesse pas d'empirer puisqu'en 2020 on prévoit que 70% des populations humaines s'entasseront dans des villes, le plus souvent des bidonvilles, très souvent dans des zones devenues inondables et sur des sols très dégradés ou contaminés.

Au départ, la baisse de fertilité est une dégradation d'abord quantitative puis qualitative des sols. Les sols perdent en volume, sont tassés donc moins perméables. La dégradation entraîne une biodiversité insuffisante pour assurer la production des micros-éléments qui donnent la fertilité.  L'érosion emporte la partie superficielle, qui est celle la plus utile car c'est celle dans laquelle il y a le plus de nutriments et de vie. Dans une petite cuiller de sol en bonne santé il y a plus d'êtres vivants, microscopiques, qu'il y a d'humains sur la Terre.

Cette dégradation quantitative est liée à l'action des Hommes. (…) La cause première est la déforestation. On perturbe des équilibres, la biodiversité, or seul un sol riche est résilient. Quand la forêt est pérenne, le volume de sol forestier a généralement tendance à se maintenir, voire à s'accroître, quand bien même il y a une importante circulation d'eau comme c'est le cas en Amazonie.

En outre, la canopée d'une grande forêt émet des micros-particules qui favorisent la pluie. Là où de la forêt a été supprimée en bordure d'Amazonie, les pluies se raréfient. Un sol s'érode assitôt qu'il n'a plus de couverture végétale.

Il existe d'autres causes, notamment la généralisation des "open fields", c'est-à-dire de très grands champs de monocultures. Pendant des millénaires,  des agriculteurs, peu mobiles et auto consommateurs, ont cherché à s'assurer une subsistance avec une grande diversité d'approvisionnement là où ils vivent (des cultures diversifiées, de l'élevage, la préservation de bois…).

C'est un système pérenne d'une génération à l'autre, capable de résister aux coups durs, dans lequel l'organique revient au sol de façon cyclique et où les parcelles deviennent plus productives. L'abandon de ce mode de culture pour une organisation standardisée, industrialisée (grands champs, usage d'engrais…) avec l'ouverture de grands espaces favorise l'érosion et la fragilisation des sols. Plus un sol est en végétation uniforme, voire pire sans végétation du tout, plus il s'érode. On observe une simultanéité entre la première révolution industrielle et l'accroissement de la présence des gaz à effet de serre dans l'atmosphère.  

 
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Jean-Claude Marcus

Jean-Claude Marcus est Administrateur de l’Association Française pour l’Etude du Sol (AFES), organisateur du colloque de la Journée Mondiale des Sols (le 5 décembre tous les ans) et du Club Parlementaire pour la Protection et l’Etude des Sols (CPPES).

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