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100 milliards d’arbres contre le Gobi : la nouvelle grande muraille de Chine suffira-t-elle à sauver le pays des sables ?

Alors que le pays souffre d'une mauvaise qualité de l'air, vicié par la pollution, la Chine doit aussi faire face aux tempêtes de poussière. Fréquentes et massives, celles-ci tirent leur origine du désert de Gobi, lui même en voie d'agrandissement. Une menace que le gouvernement chinois, dans sa considération un peu pharaonique des réponses politiques, a décidé de solutionner par la plantation d'une centaine de milliards d'arbres.

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100 milliards d’arbres contre le Gobi : la nouvelle grande muraille de Chine suffira-t-elle à sauver le pays des sables ?

La muraille de Chine Crédit Reuters

Atlantico : En quoi consiste cette "grande muraille verte" chinoise construite sur le pourtour du désert de Gobi et à quoi sert-elle ?

Jean-François Doulet : L’humanité est confrontée à une réduction de son oekoumène, c'est à dire de l'espace effectivement utilisable pour son implantation permanente. La progression des déserts est l'une formes les plus flagrantes de ce phénomène : plus de 40% des terres émergées sont menacés par la désertification ; pour y faire face, l'une des solutions mises en place depuis plusieurs décennies, à la proximité des grands déserts chauds, est la plantation d'arbres sensés jouer le rôle de barrière naturelle ; les expériences menées au sud du Sahara depuis les années 1970 ont le plus souvent été des échecs malheureusement.

Le programme présenté par le gouvernement chinois, mis en place depuis déjà une dizaine d'années, s'inscrit dans cet axe d'action. Il faut relevé un enjeu spécifique au cas chinois autour du désert de Gobi : la Chine du nord souffre d'une sécheresse chronique qui se traduit par un important déficit hydrique. Pékin, la capitale du pays, mégapole de 20 millions d'habitants souffre ainsi d'un cruel manque d'eau. La progression du désert dans son flan nord-ouest est une menace réelle. Aussi le projet de "grande muraille verte” revêt-il une enjeu de dimension nationale.

Le gouvernement souhaite, à terme, planter près de 100 milliards d'arbres, un chiffre qui donne le tournis. Cette ambition est-elle réelle, et même réalisable, ou s'agit-il d'un effet d'annonce ?

Au-delà du caractère réaliste ou non du projet, il est intéressant de révéler une nouvelle fois la nature très particulière de la stratégie chinoise de développement : une forme de volontarisme moderniste. Le régime politique chinois demeure façonné par l'idée, très moderne, que la société par son simple vouloir peut façonner la nature, et plus globalement la réalité, tant qu'elle s'en donne les moyens. Au-delà du cas discuté, on a pu retrouver il y a peu un exemple de cette posture dans le cas de l'aménagement de la ville nouvelle de Lanzhou, dans la province du Gansu, qui a imposé d'araser des montagnes, ou du moins, de transformer totalement la morphologie du relief pour y implanter de la ville ; on pourrait également cité un autre projet bien connu : le barrage des Trois-Gorges… Ce volontarisme moderniste possède trois importantes caractéristiques : l'autoritarisme politique, la foi en la technologie et le gigantisme. Un tel projet, par son ampleur et son caractère excessif ne peut être porté que par un régime fortement autoritaire qui possède le loisir d'utiliser les ressources économiques à sa guise (autoritarisme). Au vue de la grandeur physique et symbolique de la Chine, les projets portés par le politique répondent souvent à un impératif de taille ; l'empreinte politique doit posséder une dimension à sa mesure (gigantisme). Pour finir, la simple possibilité d'envisager un tel projet est rendu possible par la croyance que la technologie ou la technique peut être une réponse à tous les maux, quitte souvent à surestimer son efficacité réelle (foi en la technologie). Ainsi, derrière ce qui pourrait apparaître comme un effet d'annonce, ce cache une posture culturelle qui nous échappe en partie parce qu'elle est ancrée dans un autre rapport à la modernité.

 
Commentaires

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  • Par Le gorille - 28/12/2014 - 19:36 - Signaler un abus Complément d'info, SVP !

    Merci Atlantico de compléter l'article par des données de réalisation. La philosophie, c'est peut être bien, quoique de telles démarches (autoritarisme, gigantisme...) ont déjà eu lieu il y a plusieurs siècles et même millénaires, mais décrire ce projet ce serait beaucoup mieux, notamment la partie irrigation, le schéma directeur des surfaces, la vitesse de plantation, moyens mis en oeuvre, espèces retenues ... Bref du concret !

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Jean-François Doulet

Jean-François Doulet, maître de conférences à l'Institut d'urbanisme de Paris (Université Paris Est) est directeur-adjoint du Centre franco-chinois Ville et Territoire. Il vient de publier La ville "made in China" aux Editions B2.

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