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Quand la Lune se fait langue, quand la vie souffle la mort et quand les minutes font orbiter les heures : c’est l’actualité des montres dont les autres ne parlent (presque) pas

Mais aussi les nuages de gaz cosmiques nées de la flamme et du diamant, l’infusion des Suisses dans la tisane scandinave et les inclinaisons liées aux pulsations des secondes…

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Quand la Lune se fait langue, quand la vie souffle la mort et quand les minutes font orbiter les heures : c’est l’actualité des montres dont les autres ne parlent (presque) pas

Une sculpture de titane, inclinée sur plusieurs niveaux, pour rendre hommage à la tradition

DAVID CANDAUX : Les pulsations d’une aiguille des secondes à l’ancienne…

Rien dans cette montre qui ne soit inspiré par la grande tradition multiséculaire des montres suisses, mais qui n’ait été repensé et reconstruit avec un regard contemporain. David Candaux est un jeune horloger de cette vallée de Joux où se créent depuis au moins 1740 quelques-unes des plus intéressantes montres mécaniques suisses : c’est donc cette date de 1740 qui a servi de nom de baptême à la première de David Candaux, lui-même fils d’horloger. Un premier regard sur cette 1740 révèle une sorte de couronne de remontage à six heures : ça tombe bien, c’est une couronne pour remonter le mouvement et mettre la montre à l’heure, mais elle est escamotable (on l’efface en l’enfonçant).

La montre ne semble pas parfaitement plane : ça tombe bien, elle ne l’est pas. Sous le dôme de verre saphir, le cadran est incliné vers le porteur de la montre (ce qui paraît logique), de même que le « tourbillon » en titane qui règle la montre et qui a autant d’importance visuelle que l’affichage de l’heure : on comprend tout de suite que cette priorité donnée à l’âme mécanique de la montre annonce quelques raffinements techniques supplémentaires, dans la précision chronométrique comme dans les subtilités du réglage de la montre. Comble de chic : au lieu de se mouvoir fluidement, l’aiguille centrale des secondes avance par « pulsations » qui sont les battements du cœur de cette « 1740 », dont les finitions à la main sont dignes des plus belles montres de poche du passé. David Candaux a déposé une dizaine de brevets pour protéger les innovations mécaniques de cette pièce (boîtier de 43,5 mm), qu’il a voulu taillée et sculptée dans le titane – métal « technique » – plutôt dans les habituels matériaux horlogers : c’est pour la légèreté autant que pour la touche contemporaine. L’équilibre dans le déséquilibre des plans inclinés, la mesure dans la démesure d’une quête de l’infinie précision, l’avant-gardisme dans le respect scrupuleux de la tradition : cette « 1740 » en série limitée sera une des pièces les plus marquantes de ce printemps 2017 (mais ce ne sera pas donné : on parle de 200 000 euros pour cette pièce d’art horloger qui va passionner les collectionneurs !)…

KONSTANTIN CHAYKIN : L’art de tirer la langue à la Lune…

À peu près inconnu en France, le nom de Konstantin Chaykin évoque en Russie les espoirs d’une jeune génération horlogère qui sait rester sérieuse sans jamais se prendre au sérieux. On découvrira ces jours-ci à Baselworld (le salon horloger qui draine toute la communauté internationale de la montre vers Bâle, en Suisse) la nouvelle montre Joker de Konstantin Chaykin. Son joker, à peine évoqué par les symboles des cartes à jouer gravées sur la lunette de la montre, est en réalité une sorte de « fou du roi » dont le souverain serait le temps. Les heures et les minutes sont indiquées par deux « pupilles » noires, dans des compteurs qui figurent un regard : au fil des heures, la convergence ou la divergence de ces « yeux » donne au « visage » ainsi créé une allure plus ou moins sérieuse, loufoque ou maussade. Le temps a ses humeurs ! Ces expressions sont renforcées par un affichage délirant de la Lune : l’habituel disque lunaire, qui défile dans cette « bouche » tout au long du mois, devient une langue elle aussi très expressive sur les « émotions » du visage de la montre, que chacun interprétera à sa manière et selon sa culture. Ce Joke inattendu relève de la haute horlogerie créative en même temps que du dadaïsme mécanique et de la pop culture : c’est déjà beaucoup pour une montre automatique qui a, en plus, le culot de donner l’heure…

 
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Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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