Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 19 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Toutes ces raisons pour lesquelles les superprofits du CAC 40 ne produisent pas de super-investissements

Les entreprises du CAC 40 ont engrangé plus de 52 milliards d'euros de profit pour 650 milliards d'euros de chiffre d'affaires au cours des six premiers mois de l'année.

"Dommage, essaye encore"

Publié le
Toutes ces raisons pour lesquelles les superprofits du CAC 40 ne produisent pas de super-investissements

Ça y est !! Après des années de travaux patients, mes efforts sont enfin couronnés de succès : j’ai enfin découvert une source non-monétaire de la prolongation de la crise. Rassurez-vous, je ne suis pas devenu un suppôt du clan BCE-Macron, pour qui rien n’est monétaire. Il y a bien un énorme problème monétaire, puisqu’à la camisole monétaire unique de l’euro qui bloque de nombreux ajustements de marché s’ajoute une gestion tactique lamentable, procyclique et fort peu transparente, de cette monnaie, qui conduit à la rendre déflationniste et donc trop chère.

Mais il y a bien eu, trop peu et trop tard, une baisse des taux d’intérêt : une baisse des taux réels (ceux qui importent pour l’investissement), bien moins prononcée que celle des taux nominaux qui accapare l’attention des Pangloss des médias et des agences immobilières, certes, mais une baisse tout de même. Alors, pourquoi l’investissement ne repart-il pas ? Pourquoi ne repart-il pas aujourd’hui alors qu’un régime de sous-investissement a fait rage pendant des années (nous aurions pu compter sur un rattrapage plus substantiel) ? Pourquoi ne repart-il pas alors que les profits sont plutôt mieux orientés depuis déjà trois ans (on se souvient de la formule célèbre, « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain ») ? Il y a de multiples explications possibles, tantôt structurelles (le déplacement de l’économie vers l’immatériel, or les investissements intangibles sont plus légers et probablement moins bien comptabilisés que les bons vieux investissements physiques de jadis), tantôt monétaires (nos satrapes de Francfort n’ont pas cru bon de s’engager vraiment dans le temps, pour le QE comme pour les taux, de sorte que les agents privés ne sont pas sûrs de la pérennité des taux bas et de la reprise de la demande agrégée, sans compter que fort peu de choses ont été faites pour réduire le surplomb de dettes des entreprises), et puis aussi les usual suspects réglementaires, fiscaux, etc. ; passons, tout cela n’a rien de très original, je voudrais vous présenter une piste plus incertaine mais qui a le mérite d’être inédite.

Vous savez qu’à chaque fois qu’on se lance dans un investissement, ou dans la conception d’un business plan, ou dans n’importe quelle opération sur plusieurs années, on doit trouver une valeur (une valeur présente) aux revenus futurs et aux engagements futurs. Dit autrement, il s’agit de fixer un prix au temps, à la rencontre de deux exigences légitimes : d’un coté, il faut dévaluer le futur car entre temps bien des choses peuvent arriver et un tiens vaut mieux que deux tu l’auras (préférence pour le présent) ; d’un autre coté, une dévaluation excessive du futur vous ferait perdre de l’appétit pour des projets somme toute intéressants dans la durée, susceptibles de dégager des cash flow réguliers à défaut d’être mirobolants, a fortiori dans une ère d’inflation nulle, d’opportunités de croissance en baisse et (par conséquent) de taux comprimés pour longtemps.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 04/09/2017 - 10:33 - Signaler un abus Article courageux et nécessaire !

    Article courageux et nécessaire, qu'il faudra continuer à renouveler régulièrement ! La majorité des lecteurs d'Atlantico a le cerveau transformé en un bloc de granit par la lecture quotidienne du Figaro depuis des décennies ! Et leur cœur est pareil : il suffit de voir les crises d'épilepsie que je provoque quand j'évoque les taux de pauvreté des travailleurs précaires, des mères célibataires et des enfants en France, en Allemagne et en Angleterre ! Dans les livres d'histoire, la ''théorie du Ruissellement'', la formule célèbre '' les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain'' sera considérée comme aussi scélérate que le ''Arbeit macht Frei'' qui ornait l'entrée d'Auschwitz !

  • Par ajm - 04/09/2017 - 18:53 - Signaler un abus Prise de decisions dans une grande entreprise.

    Quelques remarques: -Les profits des grandes entreprises du CAC 40 sont , pour l'essentiel, et même dans certains cas presque entierement, réalisés hors de France. Il en est donc de même pour leurs investissements. Seules les PME investissent l'essentiel de leurs profits en France, et encore pas les plus grosses qui ont des projets hors de France. -Contrairement à ce que soutient l'auteur de l'article, la plupart des entreprises du CAC 40, hormis le secteur financier peut-être, investissent massivement, soit en equipements, RD, soit pas croissance externe (achat d'OPEL par PSA par exemple) Il suffit pour s'en assurer de consulter leurs rapports annuels qui sont publics ou de se tenir au courant de l"actualité économique. -Les grandes entreprises utilisent préalablement à la décision d'investissements des scénarios avec différentes hypothèses, y compris des "worst cases" , avec des choix de taux d'actualisation variables, mais la decision finale est toujours prise en fonction de critères stratégiques appréciés par les directions generales. Croire que ce genre decisions est prise essentiellement en fonction de projections financières faites par de jeunes analystes est naif.

  • Par ajm - 04/09/2017 - 19:07 - Signaler un abus C'est souvent la concurrence qui emporte la decision.

    Il faut aussi prendre en compte le contexte dans lequel une grande entreprise évolue. Son marché est mondial et ses concurrents sont aussi mondiaux. Pour se maintenir dans la course ou simplement garder au minimum ses positions dans les marchés où elle est dans les leaders, elle est dans l'obligation d"investir, parfois en restant au-dessous de sa capacité de génération de cash-flow, mais souvent en allant très au-delà, notamment quand des opportunités se présentent, par exemple une grosse acquisition. Les grandes entreprises alternent ainsi des périodes "calmes" où elles investissent au-dessous de leur potentiel financier avec des périodes intenses où elles investissent massivement en prenant de gros risques sans trop se préoccuper des taux d'actualisation à retenir pour actualiser cash-flows et profits futurs.

  • Par vangog - 04/09/2017 - 21:46 - Signaler un abus Les entreprises investissent là où c'est le + rentable!

    Comme l'explique fort bien ajm, les entreprises françaises préfèrent investir par croissance externe à l'étranger plutôt qu'en France. Car le taux d'actualisation devient plus élevé à l'étranger qu'en France gauchiste, et les parts de marché conquises y sont plus rentables...s'il y avait, en France gauchiste, une vraie réforme du marché du travail (pas une macronette...) favorable aux entreprises digitales et aux entreprises ubérisées, cela deviendrait une vraie source de croissance pour tous. Mais il faudrait, pour cela jeter le code du travail élaboré par les gauchistes Français, et adopter le code du travail Suisse qui tient sur une cinquantaine de pages...oh putain! Le choc de croissance...

  • Par Deneziere - 04/09/2017 - 22:20 - Signaler un abus It's the investor stupid

    Le coût du capital n'est pas forcément un proxy. Un bon nombre d'entreprises savent très bien ce que leur capital leur coûte, c'est ni plus ni moins le rendement que leurs investisseurs exigent. Et avec tous les golden papys qui écument le monde, la demande de rendement est exorbitante, car ce beau monde ne veut pas baisser son train de vie. Le pathétique Ganesha, qui d'habitude nous bassine avec les soi disant retraités fortunés d'Atlantico, aurait pu ici nous chanter son couplet, sans être trop hors sujet, pour une fois. Au lieu de quoi il s'est lancé dans une tirade misérabiliste dont seuls les bouchons monomaniaques ont le secret.

  • Par Ganesha - 05/09/2017 - 07:15 - Signaler un abus Deneziere

    Deneziere, ce n'est pas fréquent, mais votre commentaire est une bonne surprise ! Le texte d'AJM est clair, logique et cohérent : pour un patron qui a décidé de devenir milliardaire, les fusions-acquisitions, les délocalisations et les licenciements massifs sont des étapes indispensables ! Des individus comme Al Capone, un commandant de camp de concentration ou de goulag, étaient souvent des gens intelligents, organisés et efficaces. N'empêche que leur conduite était profondément immorale et leur but criminel! !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€