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La République zombie : derrière les discours politiques, la vérité crue d’un Etat qui perdait le contrôle de la réalité

Lundi 9 février, des tirs résonnaient dans le quartier de la Castellane à Marseille, où quelques hommes en noir, cagoulés, tiraient à l'arme lourde sur une voiture de police. Scène révélatrice d'un de ces quartiers au cœur desquels la République n'a plus d'emprise. Car malgré les beaux discours, l'affaiblissement de l'Etat est patent. Fiscalité, sécurité, flux migratoires, réchauffement climatique ou bien recherche scientifique, autant de domaines où la France semble de plus en plus absente.

Déni de l'agonie

Publié le - Mis à jour le 13 Février 2015
La République zombie : derrière les discours politiques, la vérité crue d’un Etat qui perdait le contrôle de la réalité

Quand la République n'y arrive pas

Lundi 09 février au matin, le Premier ministre Manuel Valls était rattrapé par la réalité. Venu à Marseille pour se féliciter des bons chiffres de la délinquance, il se trouvait face à l'une des contradictions de la France actuelle : la perte de l'emprise de la République sur certains de ses territoires. Car il y a des sujets sur lesquels l'Etat semble perdre la main et ne plus tout contrôler. Parmi ceux-là, la fiscalité, l'affaire SwissLeaks nous rappelant combien la France doit faire face à l'évasion fiscale.

Mais également la gestion, de plus en plus difficile des flux migratoires ou de l'ordre public. D'autres thèmes, que l'Etat semble délaisser ont des implications moins immédiates, mais avec beaucoup de conséquences sur l'avenir, comme la gestion du risque climatique ou l'investissement dans la recherche scientifique.

Le maintien de l'ordre public

Xavier Raufer : Cela fait maintenant plus de trente ans, trois décennies entières, que les gouvernements successifs de la République ont perdu le contrôle d'un certain nombre de territoires. Ces territoires sont faciles à identifier : il y a d'un côté les "zones urbaines sensibles" (les ZUS), de l'autre les "les zones d'éducation prioritaire" (les ZEP), auxquelles on peut rajouter la carte des endroits où les postiers ne peuvent plus distribuer le courrier, ceux où l'on ne peut plus envoyer de camions pour alimenter les distributeurs de billets etc. Il y a quelques centaines de quartiers sur la France métropolitaine, dans lesquels règnent des bandits au quotidien. Quand la police y fait une irruption soudaine, on envoie le RAID ou le GIGN, on arrive à y intervenir, mais au jour le jour la République n'exerce plus son autorité sur ces territoires. Ces endroits sont célèbres, on entend toujours leurs noms dans les médias : la Grande Borne à Grigny, le Val Fourré à Mantes-la-Jolie etc. Ces quartiers sont le résultat de la politique de la ville, et bien qu'on les inonde de milliards d'euros depuis des années, on n'arrive pas à reprendre la main dessus. C'est de ces endroits que viennent des terroristes comme les frères Kouaichi ou Coulibaly, ou qu'à Marseille des hommes en uniforme (c'est-à-dire tous cagoulés et habillés pareil) tirent à l'arme lourde sur une voiture de policiers. Dans ce dernier cas, c'est une véritable scène de guérilla urbaine, Mogadiscio dans les rues de Marseille !

Selon moi, cela vient du fait qu'on se trompe de diagnostic depuis 30 ans. On pense qu'il faut faire de la rénovation urbaine, repeindre et rendre les immeubles agréables pour leurs habitants, c'est très bien, mais c'est une erreur de penser qu'avec cela on aura un criminel en moins. Il suffit de regarder sur Google maps les pires quartiers de Los Angeles où sévissent les gangs, ce sont des endroits sympathiques avec des petites maisons et des fleurs. Il faut être naïf pour penser que la criminalité perdure seulement dans les endroits les plus dégradés et les plus affreux. Evidemment c'est bien de vivre ensemble, mais la "politique de la ville", qui vise à faire en sorte que les gens soient mieux ensemble, aura des effets positifs, mais aucun sur le crime. Il me semble qu'au cours des 10 dernières années, selon la Cour des comptes, la politique de la ville (plan Borloo etc) aura coûté 100 milliards d'euros à l'Etat. C'est comme verser de l'eau dans un trou.

La situation profite aujourd'hui à des bandits, mais aussi à quelques islamistes, ou bien aux deux (les "hybrides"). Il suffit de voir de qui on a peur dans les quartiers en question : à Marseille les tirs de Kalachnikov se sont dirigés vers la voiture de police dès qu'elle a actionné sa sirène : vous imaginez sur ce que cela dit sur le degré de discrédit de l'Etat. Et cela le jour où le Premier ministre, accompagné d'une kyrielle d'autres ministres, arrive pour se féliciter des bons résultats de la sécurité à Marseille. Tant que l'on n'aura pas compris que le bien vivre n'a pas d'effet sur la criminalité, cela ira en empirant, et la rafale de Kalachnikov tuera un policier. Bien entendu, les conséquences électorales on les voit : les gens ont bien compris qu'on leur racontait des sottises et que le seul moyen pour arrêter les criminels c'est de les arrêter, et non pas de les arrêter puis de les relâcher, comme fait madame Taubira. Pour moi la  méthode est très simple : le Premier ministre doit demander au ministre de l'intérieur la liste des 100 quartiers les plus dangereux, demander la réquisition d'un immeuble et y installer une gendarmerie (les policiers ne font plus assez peur), et mettre en application la tolérance zéro avec de l'emprisonnement à la clef. Pour moi les problèmes viennent avant tout d'un manque d'autorité.

 
Commentaires

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  • Par kiki08 - 10/02/2015 - 09:01 - Signaler un abus a Xavier Raufer.

    quant vous dites : la politique de la ville a couté 100 milliards d' euros a l'état , les chèvres que nous sommes (pour beaucoup) ne réagissent pas . il faut préciser que ça coute au contribuable, pour mieux marquer les esprits , ( pour ceux qui contribuent) .

  • Par pguillermo - 10/02/2015 - 09:05 - Signaler un abus Le point commun à toutes les mesures à prendre

    Les intervenants ont tous raison, chacun dans leur domaine. Mais le préalable et point commun à toutes les mesures préconisées, c'est que les incapables qui nous dirigent soient virés en totalité et sans équivoque. Même s'ils le voulaient, même s'il acceptaient de se remettre honnêtement en question, leur nature fondamentalement laxiste, leur incapacité à agir, leur propension à louvoyer et à se soumettre sur tous les sujets, les conduiraient de toutes façons à l'échec total.

  • Par kiki08 - 10/02/2015 - 09:05 - Signaler un abus j'oublais .

    je suis d'accord avec tout ce qui est dit .

  • Par pguillermo - 10/02/2015 - 09:15 - Signaler un abus Mettre une gendarmerie car les policiers ne font plus assez peur

    Dans l'ensemble j'approuve étroitement ce que dit Xavier Raufer. Mais je trouve un peu discutable le fait de dire que les policiers ne font plus suffisamment peur (même si c'est peut-être une réalité). Il vaudrait mieux réclamer d'autoriser les policiers à faire usage de leurs armes au même titre que les gendarmes. Un non sens actuel est de voir des bâtiments gardés par des policiers qui n'ont droit de tirer qu'en cas de légitime défense. Ce point, dans les circonstances actuelles , reste un scandale.

  • Par Ex abrupto - 10/02/2015 - 11:41 - Signaler un abus Si la pauvreté

    était la source de la délinquance, une ville comme Fourmies (59) devrait être à feu et à sang. Ou d'autres communes du coté du Limousin.....Je pense plus hélas un un problème culturel....

  • Par bjorn borg - 10/02/2015 - 13:03 - Signaler un abus Comment ?

    na pas être d'accord avec ce qui s'écrit ??

  • Par Yves3531 - 10/02/2015 - 14:02 - Signaler un abus L'immigration une chance pour la France...

    comment voulez vous que cette gauche politico-médiatique dont cela a été le slogan depuis la décennie Mitterrand admette sa dramatique erreur ? Au moins pourraient ils admettre que certaines " cultures " au sud de la Méditerranée ne sont pas miscible dans la nôtre; même pas !

  • Par Texas - 10/02/2015 - 14:14 - Signaler un abus Mr Raufer

    ....demande à Me Taubira de pratiquer la politique de Tolérance zéro initiée par le Maire de NewYork , Rudolf Giulani . Il se trouve que lors des arrestations de Ferguson et Rhode Island , Me Taubira était du même côté que le pasteur Sharpton . Rien à attendre de ce côté-là . Ils opteront pour les milliards supplémentaires dans l' Urbanisme et les Cabinets de Conseils .

  • Par d'Albissin - 10/02/2015 - 18:52 - Signaler un abus Rénovation urbaine

    Cette politique n'est pas une erreur . C'est une politique qui favorise les gros chantier et les marchés publics. Bref le copinage des "élites" locales en action.

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Eric Vernier

Eric Vernier, 46 ans, est Docteur ès sciences de gestion, HDR. Il dirige l’Institut de la Responsabilité Sociétale par l’Innovation (IRSI) à Sup de Co La Rochelle. Professeur de finance, il est Expert APM, Expert Francis Lefebvre, chercheur à l’IRIS et Consultant international. Il a publié plusieurs ouvrages sur le blanchiment de capitaux dont "Techniques de blanchiment et moyens de lutte" (Dunod) et "Fraude fiscale et paradis fiscaux" (Dunod).

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Michèle Tribalat

Michèle Tribalat est démographe, spécialisée dans le domaine de l'immigration. Elle a notamment écrit Assimilation : la fin du modèle français aux éditions du Toucan (2013). Son dernier ouvrage Statistiques ethniques, une querelle bien française vient d'être publié (éditions de l'Artilleur). Son site : www.micheletribalat.fr

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Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

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Christian Gollier

Christian Gollier est économiste à la Toulouse School of Economics et co-auteur des 4e et 5e rapports du GIEC.

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Pierre Papon

Pierre Papon est ingénieur, Professeur émérite à l’ESPCI et membre du conseil scientifique de la Fondation Res Publica. Son blog www.pierrepapon.fr traite de questions d'énergie.

Il a récemment publié "Brefs recit du futur : prospectives 2050 sciences et sociétés" aux éditions Albin Michel.

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