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Réfugiés fuyant la guerre et/ou migrants économiques : qui sont ceux qui risquent leur vie sur la Méditerranée ?

Alors qu'un sommet européen extraordinaire doit se tenir jeudi 23 avril, la question des raisons qui poussent les clandestins à traverser la Méditerranée se pose plus que jamais. Si les conflits moyen-orientaux génèrent inévitablement une augmentation des réfugiés, ceux qui souhaitent avant tout un avenir meilleur sont tout aussi nombreux.

Question de proportions

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Réfugiés fuyant la guerre et/ou migrants économiques : qui sont ceux qui risquent leur vie sur la Méditerranée ?

Les conflits moyen-orientaux génèrent un flot de réfugiés. Crédit Reuters

Atlantico : Quels sont les principaux motifs qui poussent les immigrés clandestins à risquer leur vie sur les flots pour rallier l'Europe ? Et d'abord, qui sont les candidats à l’immigration et d'où viennent-ils ? 

Catherine de Wenden : Il y a environ autant d'immigrants clandestins qui viennent pour des raisons économiques que de migrants qui fuient effectivement les conflits locaux. Comme le montrent les données officielles émises par Frontex pour l'année 2014, les immigrés proviennent d'Erythrée par exemple, mais aussi de zones touchées par le terrorisme : de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan ou encore du Yémen… Mais il est très difficile de cloisonner deux catégories, puisque la grande majorité de ces personnes ont les deux raisons de s'établir en Europe. Je reviens justement d'une conférence à Genève (organisée bien avant les drames récents), où l'on a pu observer l'impact non négligeable des guerres civiles sur leur départ pour l'Europe.

Mais il paraît difficile de dire qu'ils proviennent tous de la corne de l'Afrique ou du Moyen-Orient. Il existe aussi une proportion non négligeable de personnes qui ne sont pas du tout chassées par des conflits : on remarque alors que beaucoup d'immigrants sont originaires du sud du Mali par exemple, alors que le conflit y était plutôt localisé au Nord. Il ne faut pas oublier que beaucoup d'Africains considèrent l'Europe comme une opportunité, qu'elle soit pour fuir les conflits ou pour ouvrir de nouvelles perspectives. C'est à peu près du 50/50.  

Il faut également noter que dans cette dernière catégorie d'immigrants motivés par de nouvelles perspectives économiques, on trouve par exemple en Libye toute une population en provenance d'Afrique subsaharienne. Ces derniers ont pu s'y établir pour vivre sur place mais qui devenant persona non grata, envisagent ou de repartir chez eux, ou de franchir la mer Méditerranée. Il y a des estimations, qui disent que cette catégorie représente plusieurs milliers de personnes (jusqu'à 15.000 pour certains chiffres) qui seraient dans ce cas.

Mais il est difficile d'avancer des chiffres entièrement solides. Pour les sans-papiers, il est par définition quasiment impossible de savoir précisément combien de personnes souhaitent traverser. Beaucoup d'éléments que j'avance ici proviennent d'études réalisées sur le terrain via le CNRS. J'ai par exemple une étudiante algérienne qui travaille au Nigéria, une autre italienne qui connaît bien les problématiques en Sicile…

Quelle diversité sociale peut-on trouver chez les migrants clandestins ? Que faisaient-ils dans leurs pays d'origine ?

Parmi ceux qui partent pour des raisons économiques, on trouve surtout des personnes issues de la classe moyenne, qui ne trouvent, par exemple, pas de travail à la hauteur de leurs diplômes… Il peut donc y avoir toutes les formes de qualifications professionnelles, qu'il s'agisse d'ingénieurs ou de personnels non qualifiés. Ils partent parce qu'il n'y a, par exemple, pas assez d'opportunités, trop de clientélisme, de corruption dans leurs pays d'origines, et tentent donc leur chance ailleurs.

On voit aussi des personnes qui ont commencé leurs études chez eux, et qui abandonnent car le climat n'est pas des plus optimistes. Ils peuvent aussi répondre à une immigration classique de transferts de fonds : être envoyés par leurs familles, dans l'espoir qu'ils gagneront un peu d'argent.

Chez ceux qui fuient une zone de conflit, on voit globalement de tout, mais faire la traversée nécessite des fonds importants, et ce sont donc principalement des familles de classe moyenne comme pour la catégorie précédente. Ce ne sont jamais les plus pauvres qui partent. La différence est qu'ils partent en famille ou en groupe, avec femmes et enfants.

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 22/04/2015 - 17:04 - Signaler un abus Ou infiltration islamistes

    Combien de futurs criminels et de djihadistes dans ces " réfugiés " gentiment envoyés pour détruire notre civilisation.

  • Par vangog - 22/04/2015 - 17:40 - Signaler un abus Nous ne sommes plus à l'heure de la mise en case...

    chère à nos sosialistologues et politologues français. Nous sommes à l'heure des décisions! Oui, mais voilà... nous avons un lâche comme Président...c'est rapé!

  • Par Anouman - 22/04/2015 - 22:36 - Signaler un abus To be or not to be?

    That's no more the question...Tant pis pour Shakespeare...Mais qu'ils soient ceci ou cela peu importe, ils sont en surnombre et donc indésirables.

  • Par Mike Desmots - 23/04/2015 - 10:24 - Signaler un abus et/ou réservoir de djihadistes....?

    Ces flux migratoires multi-religieux ...son une opportunité en or... pour les réseaux djihadistes de s'infiltraient en UE ...

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Catherine Wihtol de Wenden

Catherine Wihtol de Wenden est directrice de recherche au CNRS (CERI) et docteur en science politique (Institut d'études politiques de Paris). Elle a notamment publié La question migratoire au XXIe siècle : Migrants, réfugiés et relations internationales (Les Presses de Sciences Po - 2010).

 

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