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Ce que la gauche de la gauche perdra (et nous tous avec) à ne pas s’intéresser au rude message envoyé par les électeurs allemands à Angela Merkel

Après avoir ouvert les portes de l'Allemagne aux migrants désireux de se rendre en Europe, Angela Merkel a subi trois revers électoraux ce dimanche. Pour autant, la leçon risque de ne pas être retenue par toute une partie de la gauche française, loin d'être en phase avec les attentes des Français en matière d'immigration.

Leçon d’outre-Rhin

Publié le - Mis à jour le 18 Mars 2016
Ce que la gauche de la gauche perdra (et nous tous avec) à ne pas s’intéresser au rude message envoyé par les électeurs allemands à Angela Merkel

Personne n’arrive plus à s’y retrouver sur ce qu’est ou non une politique "de gauche" ou "de droite" notamment. Le clivage déjà très flou dans l’esprit de nombre de nos compatriotes est totalement incompréhensible désormais.  Crédit Reuters

Atlantico : Ce week-end, à l'occasion des élections régionales, Angela Merkel a subi un net revers électoral sur fond de désapprobation de sa politique d'accueil des migrants. Alors que ses décisions ont à l'inverse été saluées par une partie de la gauche de la gauche en France (Front de gauche, écologistes, Martine Aubry), cette dernière entend-elle aujourd'hui le message qu'ont envoyé les électeurs allemands à leur chancelière sur ce sujet ?

Laurent Bouvet : Il y a un paradoxe à voir une partie de la gauche française, au PS en particulier, jouer à front renversé avec la politique de la chancelière allemande. A l’été dernier, celle-ci était vouée aux gémonies pour sa dureté envers les Grecs. Les mots utilisés à son propos renvoyaient pour certains aux pires images de l’Allemagne au XXème siècle. Quelques mois plus tard, la même Angela Merkel est devenue une véritable héroïne pour les mêmes, parce qu’elle a dit qu’il fallait que l’Allemagne accepte réfugiés et migrants sur son sol et qu’il fallait que l’Europe en fasse de même.

Ces fluctuations permanentes brouillent l’écoute des responsables politiques. Personne n’arrive plus à s’y retrouver sur ce qu’est ou non une politique "de gauche" ou "de droite" notamment. Le clivage déjà très flou dans l’esprit de nombre de nos compatriotes est totalement incompréhensible désormais. On pourrait ajouter à la position d’une partie de la gauche vis-à-vis de Angela Merkel, celle, à front renversé également, de la droite française, très réticente à l’égard de l’accueil des réfugiés et plus encore évidemment des migrants économiques. Mais on pourrait tout autant signaler que l’exécutif n’aide pas à la clarification des enjeux en défendant le principe de la déchéance de la nationalité ou encore, à l’origine, une réforme très dure du Code du travail.

Il n’est donc pas certain dans un tel chaos politique que les électeurs allemands comme les électeurs français puissent y voir clair. Ils privilégient des formations politiques qui ont des positions très affirmées et tranchées – notamment à l’extrême-droite – à celles qui représentent classiquement la droite et la gauche. On peut ajouter, tout de même, que la signification du vote dans les trois Länder allemands de dimanche n’est pas encore très claire elle non plus. Les facteurs économiques et sociaux et "identitaires" (de rejet des migrants) se mêlent dans la montée en puissance spectaculaire d’une extrême-droite électorale en Allemagne.

Est-il possible d'imaginer une gauche qui changerait de point de vue sur les questions d'immigration, revenant en quelque sorte au discours du PCF des années 1980, quand Georges Marchais dénonçait le recours massif à des travailleurs immigrés ?

Il y a déjà une gauche qui n’est plus, depuis longtemps, si elle l’a jamais été, naïve et angélique sur les questions d’immigration. Rappelez-vous la fameuse phrase de Michel Rocard : "La France ne peut accueillir toute la misère du monde, même si elle doit en prendre sa juste part". Les débats ont eu lieu de longue date au sein de la gauche, y compris quand elle était au pouvoir, sur la régularisation des sans-papiers, des immigrants illégaux. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que le gouvernement soit laxiste en la matière. Le discours de Manuel Valls en particulier est très ferme sur ces questions.

Il reste que de toute une partie de la gauche continue, soit par conviction soit par cynisme politique, à confondre internationalisme et "sans frontièrisme" selon l’expression caricaturale parfois utilisée.

Or, il est indispensable de rappeler que la doctrine internationaliste, et la vision des relations internationales qui en découle, date d’une époque où les constructions nationales étaient très fortes, où l’on ne parlait ni de globalisation ni de post-national, comme c’est le cas aujourd’hui en Europe notamment ; une époque où le nationalisme s’exprimait à plein, de manière belliqueuse entre les puissances européennes ou encore à travers l’impérialisme colonial.

On conviendra qu’on n’en est plus là, et que les nations, en Europe en particulier, ont suffisamment été diminuées, les frontières abaissées et les souverainetés nationales déprises d’une grande part de leur pouvoir ces dernières décennies. Si bien qu’un internationalisme flamboyant aujourd’hui se réduit essentiellement à voir dans l’accueil sans conditions des migrants de pays pauvres l’essence même de l’idée socialiste. Alors que dans le même temps, ces grandes consciences de l’internationalisme sont le plus souvent très protectionnistes sur le plan économique. La critique du capitalisme s’arrêtant là où commence les migrations économiques internationales dues au capitalisme…

Ce qui est une contradiction à mes yeux très difficile à surmonter, même au prix d’une dialectique bien huilée. Une contradiction pour toute une partie de la gauche qui se fait tailler des croupières politiques par une extrême-droite cohérente, elle, dans l’idée de fermeture des frontières aussi bien aux capitaux, aux marchandises et services qu’aux hommes.

Le problème de tout cela est que ça fige le débat, que ça le transforme en une sorte de pugilat pseudo-idéologique où il y aurait d’un côté les partisans d’une frontière-mur et de l’autre les partisans d’une frontière-rien. Alors que précisément, une frontière, ce n’est ni un mur ni un non-lieu, c’est un lieu particulier, où il se passe quelque chose de différent d’un côté et de l’autre, qui s’ouvre et se ferme selon les circonstances. C’est aussi ce qui définit, normalement, une souveraineté à l’intérieur. Celle de citoyens qui décident ensemble précisément s’ils veulent plus ou moins l’ouvrir ou la fermer, en fonction de tout un ensemble de considérations, économiques bien sûr mais aussi de solidarité et de définition d’un "commun".

Le problème, et c’est celui de cette gauche dont on parlait à l’instant notamment, c’est que la construction européenne a laissé penser qu’on pouvait se passer de frontières en Europe, en érigeant un mur à ses limites extérieures. Qu’on pouvait déposséder les citoyens de leur souveraineté sur la définition de ces limites et de ce qui se passe dans cet espace sans frontières. En clair et en bref, qu’on pouvait avoir une vraie frontière européenne extérieur, vis-à-vis du monde extérieur, méditerranéen en particulier alors qu’on détruisait, qu’on déconstruisait l’idée même, la légitimité même de la frontière aux yeux des Européens.

Une grande partie des problèmes actuels vient de là, de cette incohérence sur l’idée même de frontière. Si bien que nombre d’Européens veulent se réapproprier leurs frontières nationales pour retrouver leur souveraineté perdue. Et la crise des migrants est celle qui malheureusement conduit à l’accélération d’un tel mouvement, et dans le sens de la fermeture bien évidemment.

 
Commentaires

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  • Par Lafayette 68 - 15/03/2016 - 09:47 - Signaler un abus Extrême droite : ça devient pénible !

    Un fois de plus , ce contributeur utilise une qualification politique pour discréditer l'adversaire (technique stalinienne éprouvée ). L'AfD est un parti de droite conservatrice ,souverainiste pas antilibéral. La fermeture des frontières évoquée (hommes , marchandises,capitaux) est tout aussi caricaturale . Ce n'est pas parce-que vous voulez contrôler qui vient chez vous et combien doivent rentrer , que vous optez pour l'assimilation républicaine , que vous achetez et vendez suivant des règles qui ne vous desservent pas que vous êtes un extrémiste de droite (ce qui vous ramène à Mussolini et autres grands criminels de l'Histoire , à Maurras et consorts !). Il serait temps de ne pas le confondre avec le désir d'autorité républicaine et de démocratie réelle .

  • Par vangog - 15/03/2016 - 10:33 - Signaler un abus C'est simple! La politique gauchiste est communautariste...

    et essentiellement communautariste! Les gauchistes ont eu la majorité dans toutes les assemblées, et ils en ont profité pour accumuler leurs lois sociétales, communautaires et anti-republicaines. L'économie? Ils s'en foutent! Le passage de la France du 7eme au 17ème rang des économies développées? ils s'en foutent! Le chômage? Ils s'en foutent! la dette? Ils s'en foutent! Seul importe à ces malfaisants la façon de conserver le socle électoral nécessaire pour le maintien de leurs privilèges nobiliaires. Pour cela, ils sont prêts à toutes les compromissions, tous mes aval âges de couleuvres, toutes les turpitudes. Et le socle électoral, il est communautaire, comme l'a décidé terra nova. Alors il y vont, les gauchistes...Franco!

  • Par zouk - 15/03/2016 - 10:58 - Signaler un abus Leçon allemande?

    Oui, notre gauche ferait bien de s"y intéresser. Mais avez vous jamais vu nos politiques regarder au delà des frontières et en retenir les leçons, bonnes ou mauvaises? Nous somme totalement pollués de communautarisme, c'est tellement correct, politiquement correct, s'entend.

  • Par langue de pivert - 15/03/2016 - 11:22 - Signaler un abus Tarte à la crème en fin d'article ! ☺

    §§§ Évidemment, si la droite choisit un candidat qui ouvre son jeu au centre gauche, là, ce sera plus difficile pour Hollande. C’est comme ça que l’hypothèse Juppé est devenue peu à peu crédible. §§§ Entre la gauche de Juppé et celle de Hollande les socialistes, même déçus par leur candidat, revoteraient majoritairement pour Hollande...et surtout beaucoup d'électeurs de droite resteraient à la maison ! C'est pour cela que Hollande préfèrerait avoir Juppé comme adversaire au deuxième tour ! Faut arrêter avec le bourrage de crâne ! Si je veux une politique de droite je vote pour un candidat de droite...et si il n'y en a pas et bien j'attends démocratiquement 5 ans de plus ! Au moins avec Hollande je rigole de voir la gauche se vautrer dans sa bauge...en espérant qu'il ne termine pas son deuxième mandat. Je me désole de voir ce que devient la France et je me console en me disant que la majorité des Français l'ont voulu ainsi, sinon à part ça je vais bien merci !

  • Par winnie - 15/03/2016 - 11:55 - Signaler un abus Tiens donc!

    Hollande l'imposteur serait candidat en 2017 ,et le meilleur ? Mais pour faire quoi ensuite durant 5 ou 7 ans ? finir le travail de de construction déjà bien entame avec ses copains dits de droite? Et bien si les Français sont toujours aussi cons il n'y a plus d'espoir !

  • Par Djib - 15/03/2016 - 12:48 - Signaler un abus "On ne peut pas dire que le gouvernement soit laxiste"

    ... "et le discours de Valls est très ferme sur l'immigration". L'auteur se moque du monde. Depuis quand les sempiternelles postures prises à tout propos et les incantations bêlantes donnent t-elles quitus alors que les actes ne suivent jamais? On attend toujours les politiques courageux (oxymore) qui oseront s'attaquer au regroupement familial et aux abus du droit du sol, seuls moyens, s'il en est encore temps, de mettre un terme à une immigration incontrôlée et agressive.

  • Par Alain Proviste - 15/03/2016 - 14:27 - Signaler un abus LITOTE

    "nos dirigeants, qui ont une conscience historique disons moins aiguisé qu’à d’autres époques," c'est une façon très policée de dire que notre personnel politique actuel est d'un niveau particulièrement bas, inculte quant au passé et insouciant quant à l'avenir, leur horizon n'allant pas au delà de leur réélection.

  • Par Solognitude - 15/03/2016 - 20:13 - Signaler un abus Encore un qui ne comprends que son propos!

    Quel discours de bouillie pour les chats! Et ce: "l'exécutif à l'origine d'une réforme très dure du code du travail" ... Mais c'était le service minimum, et qui pourtant va faire pschitt! ; les chômeurs vont apprécier!

  • Par Liberte5 - 15/03/2016 - 23:15 - Signaler un abus Affligeant !!!!

    Une contribution qui n'apporte rien , consternant..

  • Par lasenorita - 16/03/2016 - 11:35 - Signaler un abus Les gauchistes français.

    Avant les ''Régionales'' les gauchistes français ne savaient que répéter ''il faut combattre le Front National'' au lieu d'essayer de comprendre POURQUOI les Français votent pour le F.N. ...mais la ''petite tête'' des gauchistes est incapable de raisonner!...ainsi les gauchistes vont célébrer la date du 19 mars 1962...qui est la perte de l'Algérie pour la France et l'exode d'un million de Pieds-Noirs!....Mes parents sont enterrés au cimetière de Saint-Eugène, à Alger, et, depuis ''l'indépendance de l'Algérie'', je ne me suis pas recueillie sur leur tombe...Si le F.L.N. avait respecté les ''accords d'Evian'' et si l'Algérie n'était pas devenue un pays ''d'égorgeurs'', je serais retournée à Alger pour fleurir les tombes de mes parents et de mes grands-parents...je ne me serais pas rendue en Algérie pour la Toussaint car le 1er novembre est une fête en Algérie: les Algériens célèbrent ''l'assassinat'' d'un couple d'instituteurs ''innocents''...

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Laurent Bouvet

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié Le sens du peuple : La gauche, la démocratie, le populisme (2012, Gallimard) et L'insécurité culturelle (2015, Fayard).

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