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Pourquoi la recherche sur l'embryon n'a pas les justifications scientifiques qu'on croit

Une proposition de loi des radicaux de gauche soutenue par le gouvernement doit être discutée ce mercredi par les députés en vue d’autoriser la recherche scientifique sur les embryons humains.

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Une proposition de loi est discutée à l’Assemblée nationale en vue d’autoriser la recherche scientifique sur les embryons humains. Notre réflexion a donc été de savoir quelle place occupait l’embryon humain dans nos sociétés d’un point de vue médical et de quels éclairages scientifiques nous disposions. Nous nous opposons à ce projet pour plusieurs raisons.

Du point de vue scientifique, l’embryon est défini comme un organisme en développement depuis la première division jusqu’au stade où les principaux organes sont formés. Ainsi si l’on ne peut scientifiquement attribuer à l’embryon humain la qualité de personne humaine, il n’en demeure pas moins que l’embryon humain correspond bien à une période de développement de l’être humain.

Au cours de cette période qui précède celle du fœtus, du nouveau-né, de l’enfant puis de l’adulte, cet organisme vivant ne change pas de nature : s’il était humain il reste humain. Et cela, l’examen scientifique, largement conforté par la génétique, peut l’affirmer dès l’analyse des premières cellules. Non seulement ces cellules se distinguent, pourrait-on dire, matériellement, de cellules d’autres espèces, mais elles sont porteuses d’une seule et même identité qui en fait un être unique.

Si le scientifique en tant que scientifique ne peut affirmer qu’un "embryon est une personne humaine", il ne peut davantage affirmer qu’un "embryon n’est pas une personne humaine". Si tout positionnement sur cette question n’entre pas dans le registre de son champ d’observation, alors, par simple principe de précaution, le scientifique dans le doute, ne devrait pas considérer l’embryon humain comme un outil mais bien le respecter dans la dynamique de son développement en tant qu’être humain, organisme vivant.

Du point de vue médical, il est important de rappeler que l’embryon dispose d’un statut de patient. Ainsi, il se trouve au cœur d'un grand nombre de pratiques médicales visant à le protéger de divers facteurs endogènes et exogènes susceptibles de nuire au développement embryonnaire ou fœtal : stress maternel, interactions médicamenteuses, rayonnements ionisants. Les techniques de diagnostic prénatal se définissent d’ailleurs en tant que “diagnostic porté sur l'embryon”.

Enfin, les avancées actuelles en médecine régénérative sur lesquelles de nombreux pays ont investi des moyens humains et matériels importants pour la recherche, se sont faites sur les cellules souches adultes – avec, déjà des applications pratiques et des perspectives importantes – et les cellules iPS (induced pluripotency stem cells), dont la découverte a valu à son découvreur,  le Pr Yamanaka, le récent prix Nobel de médecine. Or aucune de ces voies de recherche prometteuses ne pose de problème éthique. En effet, aucune de ces cellules adultes ou iPS ne constituent un organisme en développement.

En ces temps où les moyens financiers sont comptés, il serait raisonnable de ne pas accorder des fonds à des études expérimentales à partir d’embryons humains qui, malgré plus de vingt ans de recherche n’ont pas abouti à des applications thérapeutiques. A ceux qui pensent que la France, en n’autorisant pas cette recherche sur l’embryon, serait à la remorque des autres nations, il apparaitrait opportun de les informer du retard pris inconsidérément dans les recherches sur les cellules adultes et iPS qui, pourtant, concentrent tout l’intérêt de débouchés avec des thérapies innovantes dans de nombreuses pathologies, dans des délais prévisibles.

Les progrès scientifiques approfondissent nos connaissances et attestent chaque jour davantage de la contribution consubstantielle de l’embryon à l’histoire de chaque être humain. Nous demandons que cette singularité soit respectée en n’exposant pas l’embryon à une expérimentation qui conduise à le détruire. Nous craignons que, privé de la complexité de ses repères scientifiques, ce projet de loi n’expose notre société à des positions qui seront éthiquement injustifiables.

 
Commentaires

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  • Par JG - 10/07/2013 - 13:03 - Signaler un abus Cela est évident...mais qui accepte l'évidence ?

    Cher Emmanuel, J'ai été ton "élève côté orthopédie" lorsque tu étais encore praticien hospitalier à Saint Vincent de Paul et tes qualités m'avaient déjà beaucoup impressionné. Je vois qu'elles sont toujours et encore plus présentes presque 20 ans après ! Cela me fait presque regretter de n'avoir pas accepté de te rejoindre (côté orthopédique) comme tu me l'avais proposé il y a quelques années...Mais j'ai pris un autre chemin ! Je suis à 200% d'accord avec vous mais convaincre les médias, les "pseudo-collègues" qui travaillent sur l'embryon humain (vous avez été parfaitement soft pour la définition, pour moi, l'embryon est un être humain dès la première seconde de sa création !!) et surtout nos "élites" politiques qui écoutent plus "ceux qui crient le plus fort" que ceux qui détiennent la vrai science (et en sont récompensés internationalement comme le Pr Yamanaka) est une autre paire de manches. Bon courage dans votre combat, il est noble et mérite vos efforts (et les nôtres) Un des tes anciens internes de Saint Vincent de Paul (côté ortho) que tu reconnaîtras peut-être ....

  • Par gliocyte - 10/07/2013 - 14:02 - Signaler un abus Article clair, précis, sans appel

    Qui démontre l'inutilité et la stupidité d'un point de vue scientifique de vouloir modifier les textes existants. QuelleLoi serait-elle donc modifiée?: Loi n°2011-814 du 7 juillet 2001 relative à la bioéthique et aux cellules embryonnaires: Ci jointe (Atlantico vous auriez pu la mettre en lien) http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000024323102 Que voit-on apparaître dans cette loi? Les limites cadrant le recours à la PMA, voir à la GMA, par embryon interposé. Alors modification de la Loi, sous prétexte de recherches sur l'embryon, ou recherche en vue de légaliser un réservoir d'embryons pour tous?

  • Par YogiYogui - 10/07/2013 - 14:48 - Signaler un abus Clairement pas "un être humain"

    Pendant une bonne dizaine de jours après la fécondation l'embryon peut se scinder en 2 (ou plus) pour donner naissance à des jumeaux (ou plus), ou refusionner pour donner naissance finalement à un individu unique et non plus à des jumeaux. Pendant cette période au moins, l'embryon est donc bien "humain", comme n'importe quelle cellule humaine, mais il n'est pas "un être humain" ni "un être unique".

  • Par ヒナゲシ - 11/07/2013 - 05:04 - Signaler un abus Par…

    Dans son rapport annuel 2011, l'Agence de Biomédecine notait au contraire (p. 90) : « L’attitude de la communauté scientifique – qui s’est abondamment exprimée sur ce point via les journaux scientifiques – est consensuelle : elle insiste sur la nécessité de poursuivre la comparaison entre CSEh et iPS, considérant que se limiter aujourd’hui aux seules cellules iPS – dont on connaît et maîtrise encore mal les propriétés – pourrait compromettre les avancées scientifiques dans ce domaine. » http://www.agence-biomedecine.fr/IMG/pdf/ra_biomed_2011_bd_web.pdf Dans un rapport parlementaire (certes, c'était il y a une éternité… : fin 2008), on notait ceci, à propos de l'opinion du récent prix Nobel japonais : « Pour le Professeur Shinya YAMANAKA, il serait “prématuré de conclure que les cellules pluripotentes induites remplaceront les cellules souches embryonnaires”. »   D'ailleurs quand en 2009, Barack Obama a levé (“Stem Cell Executive Order”, n° 13505) l'interdiction faite par Bush de travailler sur les cellules souches embryonnaires, parmi le gratin scientifique (prix Nobel et autres sommités) assistant à la cérémonie, se trouvait un certain… prof. Yamanaka :   ⸖

  • Par ヒナゲシ - 11/07/2013 - 05:04 - Signaler un abus les…

    ‣ http://www.whitehouse.gov/the-press-office/participants-and-attendees-president-barack-obamas-signing-stem-cell-executive-orde   En octobre dernier le même déclarait au New Scientist : « Nous avons besoin d'une comparaison plus détaillée entre les iPS et les ESC. S'il est démontré que les iPS sont au moins aussi bonnes que les ESC, je pense qu'elles peuvent les remplacer. Je souhaite éviter si c'est possible l'utilisation des embryons. En dernier ressort je pense que les vies des patients sont plus importantes que les embryons, mais j'apprécie aussi que ceux-ci puissent devenir de beaux bébés. » ‣ http://www.newscientist.com/article/mg19626341.700-japans-yamanaka-wins-nobel-for-stem-cell-breakthrough.html?full=true   Autrement dit, si Yamanaka est bien plus prudent que les interviewés d'Atlantico, c'est que les différences entre les iPS et les cellules souches d'embryons sont encore loin d'être comprises. Notamment les premières semblent avoir un pouvoir bien supérieur aux secondes d'induire des tumeurs (‡). Mais ça, l'article a juste « oublié » de nous le dire…   ⸖

  • Par ヒナゲシ - 11/07/2013 - 05:05 - Signaler un abus montagnes.

    Espérons que le prof. Alain Privat en informera son public vendredi 19 quand il fera sa conférence « Légitimité, pertinence et limite de l’intervention de l’homme sur l’homme » à l'Université d'été catholique « Saint-Jean » au prieuré St-Joseph (Loire). Je dis ça parce que, auditionné par les députés en 2011, ce n'est qu'au terme de deux questions très insistantes qu'il avait fini par admettre la plus grande propension des iPS à former des tumeurs. Quant à sa propre expérience avec les ESC, à la question « Est-ce que votre équipe travaille sur les cellules souches embryonnaires ? », A. Privat avait juste répondu… « Non ». http://www.assemblee-nationale.fr/13/cr-csbioethique/10-11/c1011005.asp   Pour terminer, une petite devinette : lequel de nos 4 interviewés est-il membre de l'Académie Pontificale pour la Vie, ceci expliquant sans doute une bonne partie de tout cela ? (Réponse ici : http://academiavita.org/about_us.php ).   (‡) par exemple : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/stem.788/full (“[…] the reprogramming process leads to genomic instability and genomic abnormalities, with a notable proportion of lesions mapping to known cancer causative loci”)

  • Par trentenaire-du-14 - 14/07/2013 - 05:57 - Signaler un abus Eglise catholique ou la personnalisation de la bêtise....

    Bonjour; pour remettre n place les choses face à ce torrent de bêtises débités par des religieux ignorants, il faut préciser que si l'état d'embryon est une étape nécessaire pour devenir un être humain, elle ne suffit pas à la constituer car, il y a des millions de fausses couches naturelles, c'est à dire des millions d'embryons qui ne sont jamais devenus des personnes. Rappelons pour mémoires quelques réflexions cultes des papes au sujet du progrès médical ainsi Léon XIII: "Quiconque procède à la vaccination cesse d'être un fils de Dieu: la variole est un châtiment voulu par Dieu, la vaccination est un défi contre le ciel". Ainsi, au XIX ème siècle l'église condamnait les médecins qui vaccinaient... Et il y en a encore qui saluent des positions aussi loufoques!!! Bonne journée.

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Professeur Emmanuel Sapin,Docteur Alexandra Henrion-Caude,Professeur Alain Privat et Professeur Claude Huriet

Pr Emmanuel Sapin : Auteur de la 1ère intervention chirurgicale européenne sur un foetus in utero

Dr Alexandra Henrion-Caude : Eisenhower Fellow. Fondatrice de science-en-conscience.fr

Pr Alain Privat : Initiateur de l’Alerte à la conscience scientifique

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