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Pourquoi la France a une carte à jouer entre une Angela Merkel nostalgique de l'ère moralisante d'Obama et un Donald Trump qui ne se préoccupe que des intérêts de l'Amérique

Entre des positions tranchées impossibles à tenir ou des lignes dures pas toujours perspicaces que promeuvent ses alliés, la France a l'opportunité de se démarquer.

Coup de poker

Publié le - Mis à jour le 2 Juin 2017
Pourquoi la France a une carte à jouer entre une Angela Merkel nostalgique de l'ère moralisante d'Obama et un Donald Trump qui ne se préoccupe que des intérêts de l'Amérique

Atlantico : Alors que Donald Trump se déplaçait en Europe la semaine passée, Angela Merkel recevait Barack Obama à Berlin, affichant une certaine nostalgie. Entre la vision, souvent qualifiée de populiste des "brexiters" et de Donald Trump et celle affichée par Angela Merkel ou Barack Obama, la France ne pourrait-elle pas avoir une carte à jouer dans une sorte de compromis entre les deux ? Comment celui-ci peut-il se traduire ?

Edouard Husson : De fait, la France doit avoir la politique de sa géographie, pour reprendre une célèbre formule de Napoléon. Nos frontières font de nous un pays terrestre et maritime; nous ne pouvons pas, nous ne devons pas choisir entre l'Europe et le grand large; nous sommes le pays des interfaces, le pays des médiations. En fait, nous avons trop oublié que la France est appelée à garantir, l'équilibre des puissances en Europe. Là où les Britanniques ont une conception négative du "balance of power", nous sommes amenés à en développer une version constructive, organisatrice.

Le dernier à l'avoir pratiqué activement, c'est de Gaulle. Alors, oui, vous avez raison, il se développe aujourd'hui une nouvelle "lutte des classes", avec clairement deux partis politiques, dans chaque pays, comme à la fin de la République romaine: les "Optimates" d'aujourd'hui s'appellent "mondialistes"; en face d'eux on trouve les populistes, ceux qu'à Rome on appelait les "popolares". Ce sont partisans et adversaires du Brexit; c'est Trump contre Clinton; c'est Macron contre Le Pen. L'Allemagne est le paradis des "Optimates"; ils y règnent jusqu'ici sans partage. Vous remarquerez que les débats dont nous parlons n'opposent pas des hommes ou femmes politiques issus du peuple à des hommes ou femmes politiques issus des classes aisés. Trump est un milliardaire qui embrasse la cause du populisme. La famille Le Pen est fortunée etc.... C'est au sein des classes supérieures que se déroule le débat. C'est des milieux dirigeants que partira, en France ou ailleurs, une voie médiane, si elle doit émerger. Je regarde l'expérience britannique d'après le Brexit avec beaucoup d'intérêt car il me semble que le parti conservateur nous montre la voie: respect du suffrage populaire; acceptation du Brexit mais au nom d'une Grande-Bretagne ouverte sur le monde; retour à une politique industrielle. François Fillon s'est trompée de campagne: il avait une "dame de fer" de retard, nous faisant du Margaret Thatcher alors qu'il aurait fallu faire du Theresa May. 

Jean-Sylvestre Mongrenier : Faut-il parler de nostalgie ? Madame Merkel est bel et bien chancelière et  elle gouverne dans le temps présent, en fonction d’anticipations sur le futur. Son parti, la CDU, a remporté plusieurs élections cruciales au cours des dernières semaines et la popularité de son concurrent social-démocrate, Martin Schultz, pâlit. Au total, les élections générales de septembre prochain pourraient bien reconduire Angela Merkel à la tête de la future majorité législative, et donc du gouvernement allemand. De surcroît, au regard des défis et des menaces qui pèsent sur l’Europe, il semble réducteur de parler pour la diplomatie française de « carte à jouer ». L’important est de bien identifier les risques et menaces, les enjeux de sécurité et de puissance, afin d’apporter des réponses collectives fortes, avec nos alliés européens et occidentaux. Inversement, il ne s’agit pas de pratiquer une sorte d’équivalent international de l’art de la synthèse, si chère au précédent chef de l’Etat, ou de s’enfermer dans des « ambiguïtés constructives » qui s’avéreraient improductives.

La montée en force des mouvements dits « populistes » exprime de réels problèmes, identitaires ou autres, qui ont un arrière-plan géopolitique. Par exemple, les conflits armés et les guerres du Grand Moyen-Orient (de l’Afrique du Nord à l’Afghanistan), les conflits divers et le sous-développement de l’Afrique noire, en pleine transition démographique, le caractère répressif de régimes autoritaires patrimoniaux en Haute Asie et l’absence de réformes sont à l’origine de puissantes flux migratoires dont la pression sur l’Europe est forte, quand bien même ces flux sont en partie contenus par l’accord migratoire négocié entre l’Union européenne (UE) et la Turquie. Il serait vain et fallacieux de nier l’effet de ces flux sur les sociétés européennes, sur le plan économique comme sur celui des « sociocultures » (les sociétés appréhendées à travers leurs normes, mœurs et valeurs). A l’évidence, le déni de l’« insécurité culturelle », à savoir la mise en péril des identités nationales ou autres, n’est plus de mise.

Indubitablement, la situation migratoire générale, sa médiatisation et l’image d’une grande pagaille ont « dopé » le vote des électeurs britanniques et, plus généralement les « populismes », de droite comme de gauche. L’arrogance de ceux qui sont sourds aux inquiétudes des opinions publiques a pu aussi jeter de l’huile sur le feu. Si les gouvernants ne prennent pas à bras le corps ces graves problèmes et persistent à voir dans les réactions d’une partie de la population de simples opinions et représentations subjectives (le « sentiment d’insécurité »), voire des pulsions immondes, la logique du pire finira par s’imposer. Simultanément, il faut être conscient que le repli derrière d’illusoires parapets nationaux se révèlerait gravement contre-productif. La reconquête des frontières doit être menée à l’échelle de l’espace Schengen et dans le cadre d’un effort collectif (garde-frontières européens, envoi de supplétifs dans les pays les plus exposés à la pression migratoire, mutualisation du renseignement). Par ailleurs, les Européens doivent s’engager sur les théâtres extérieurs où s’enracinent ces conflits et problèmes (islamisme, terrorisme, prétention iraniennes à la domination régionale), avec leurs conséquences gravissimes en Europe. Dans le cas de la Syrie, d’aucuns se sont illusionnés sur la possibilité de borner le chaos : on en a vus les conséquences. Là encore, cela suppose que l’on agisse en étroite alliance. Aucun pays européen ne peut s’engager seul sur le théâtre syro-irakien mais tous peuvent augmenter leur contribution à l’opération Inherent Resolve. Le très vaste espace sahélo-saharien constitue un autre front contre le terrorisme islamique où de plus grands efforts collectifs peuvent être produits (l’Allemagne et quelques autres ont déjà engagé hommes et moyens).

 
Commentaires

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  • Par assougoudrel - 30/05/2017 - 09:14 - Signaler un abus La France? Quelle France?

    Après 5 ans de Hollande, la France n'est plus rien. Avec 2400 milliards d'euros de dette (pour le moment), plus de 10% de chômeurs, nous ne sommes rien, derrière comme un derrière, comme les couilles d'un verrat. Ce n'est pas avec une poignée de main ou un repas à Versailles que l'on doit monter sa force, mais avec son habilité. Il faut être manœuvrier, comme Poutine, comme Trump et notre président trouve que le plancher est mal ciré, alors que l'incendie fait rage dans l'immeuble. Pour le moment ses ministres sont bons pour la prison sans passer par la case départ.

  • Par Ganesha - 30/05/2017 - 09:58 - Signaler un abus Amusant ?

    Amusant de voir Mr. Husson, en haut de la page 2, nous proposer et nous expliquer exactement et précisément le programme que Marine Le Pen aurait ''si mal'' défendu lors du débat ! Si cette évidence (aveuglante ?) finit par s'imposer, ce sera ''vraiment ironique'' !

  • Par theodorum - 30/05/2017 - 18:08 - Signaler un abus "La France devra construire un deuxième porte-avions."

    La mondialisation est donc en question, comme prévu par Maurice Allais.""Les faits,tout comme la théorie, permettent d'affirmer que si la politique généralisée de libre-échange mondialiste de l'Organisation de Bruxelles est poursuivie, elle ne pourra qu'échouer et nous mener au désastre. Il est dérisoire de ne remédier qu'aux effets. C'est aux causes qu'il faut s'attaquer. La crise d'aujourd'hui, c'est avant tout une crise de l'intelligence." Le libre-échangisme ne pose pas de problèmes entre des pays de niveau de vie et réglementations comparables. ( Il y a donc un problème déjà en Europe! ) Quand il y a un grand écart, il y a deux solutions: 1) on en profite pour exploiter la misère, mais c'est au détriment de ses propres concitoyens à qui on oppose une concurrence inégale et injuste. D'un coté profit, de l'autre chômage et précarité. Concurrence = division : on met les pauvres en concurrence, les riches y échappent. 2) on aide les pays pauvres à s'équiper en routes, ponts, hôpitaux et usines par des plans Marshall . Dans ce cas ce sont les plus fortunés qui font des efforts, personne n'en souffre et l'économie prospère. Cela passe par la TVA à la place des cotisations !

  • Par theodorum - 30/05/2017 - 18:25 - Signaler un abus Pas de solution avec la Pensée Unique !

    Invoquer la solidarité pour les exploiter comme le faisait en 1972 Jean Boissonnat et comme le font encore les socialistes comme Delors et Lamy, ce dernier approuvé par Hollande récemment , relève au minimum d'un abus de langage et d'un manque d'intelligence ( voir Maurice Allais ) au pire d'une escroquerie morale. A la rigueur d'un sentiment de supériorité totalement injustifié! Cela l'est d'autant plus de la part de fonctionnaires bien payés, avec une progression à l'ancienneté, (comme si on avait peur qu'ils s'en aillent, comme en 1945! ) dont les retraites sont calculées sur les 6 derniers mois au lieu des 25 dernières années pour le privé, système qu'on n'envisage pas de changer, salaires et avantages supportés par les impôts de leurs concitoyens, impôts obérant en plus la compétitivité des entreprises ! Il est nécessaire que l'importation comme la robotisation et maintenant la numérisation paient les charges sociales et que l'on cesse d'encourager le regroupement familial. Embaucher ou augmenter les salaires coûterait 2 fois moins, détruire des emplois en numérisant rapporterait 2 fois moins, donnant aux banques des emprunteurs crédibles. La croissance repartirait !

  • Par theodorum - 30/05/2017 - 18:43 - Signaler un abus Il faut que les entreprises aient intérêt à payer leurs salariés

    Une 2ème mesure pour le plein emploi serait l'indexation de la masse salariale sur 50 % de la valeur ajoutée, pour les banques aussi, qui auraient donc surtout intérêt à prêter au lieu de spéculer. Pour résoudre le problème du réchauffement climatique il est aussi nécessaire d'augmenter la fiscalité sur le pétrole et les énergies fossiles. Pour que cela soit supportable il est nécessaire de partager égalitairement une partie de la taxe, comme de la TVA," pour que le petit cesse de faire le jeu du gros !" comme disait Claude Cheysson polytechnicien et ministre des affaires étrangères du Parti Socialiste en 1981. De même Mitterrand avait envisagé de remplacer les cotisations qui gonflent les prix, auxquelles la TVA s'ajoute, enfonçant notre compétitivité par la TVA. Quel dommage de ne pas l'avoir fait ! Il a une excuse - effectivement les gens bêtes sont plus dangereux que les gens méchants - une chance qu'on ait Macron et pas Le Pen !- les communistes avaient baptisé la TVA en Tout Va Augmenter ! Je n'avais pas eu encore l'idée de son partage, un partage "qui change tout", faisant de cet impôt un impôt progressif et sans effet de seuil stupide, comme pour le droit à la CMU !

  • Par vangog - 30/05/2017 - 21:05 - Signaler un abus Une diplomatie géographique?????...

    Trop soumis à la pensée unique, vous n'osez pas dire "une diplomatie patriotique"? France First! Comme l'appliquent la très grande majorité des pays. Quand on ne sait plus mettre des mots sur des évidences, décline la réalité...

  • Par theodorum - 30/05/2017 - 21:28 - Signaler un abus La France d'abord ? C'est plus compliqué que ça.

    Au sujet de la crise Grecque : "Dans cette analyse objective l' OFCE ne voit pas vraiment d'issue et n'a pas vraiment compris la nature de la crise, qui est celle du libéralisme. Ils n'arrivent pas à sortir du schéma classique de la Concurrence libre et non faussée , venue de la nuit des temps et qui n'a qu'à moitié tort, comme le communisme avait à moitié raison, mais à moitié seulement. Car il y a 3 explications aux plus-values excessives qu'il s'agit de concilier ! Pour Marx c'étaient les salariés qui étaient lésés ! - M.E. Leclerc avait en partie raison en déclarant qu'un excès de bénéfice signifiait que ce sont les clients qui ont payé trop cher. Pour moi, ce sont les chômeurs dont on a oublié le droit au travail ! Tout est et doit être relatif à ces explications. Il faut un nouveau contrat social par lequel les citoyens donnent à l' État un contrôle plus grand sur l' Économie, reprenant les propositions que j'ai faites, à défaut de meilleures. Elles sont plus hautes qu'un simple intérêt national et impliquent un saut qualitatif de la part de nos élites comme prévu par André Malraux " Le 21e siècle sera spirituel ou on n'en verra pas la fin !"

  • Par theodorum - 30/05/2017 - 21:44 - Signaler un abus Thomas Pesquet: la Terre est "vraiment un joyau" fragile

    Il y a 30 ans environ une série de reportages d' Antenne 2 parlaient de planète "miracle". Le climat comme les ouragans ignorent les frontières, le réchauffement climatique est supérieur en vitesse à tout ce que nous révèlent les carottes de glace tirées du sol de l'antarctique. Nous avons une seule planète à gérer, cherchons l'intérêt général de l'humanité, entendons nous !

  • Par Liberte5 - 31/05/2017 - 19:14 - Signaler un abus A E. Husson..

    En écrivant "François Fillon s'est trompée de campagne: il avait une "dame de fer" de retard, nous faisant du Margaret Thatcher alors qu'il aurait fallu faire du Theresa May.", vous faites deux erreurs: 1/ F. Fillon n'a pas perdu sur son programme, mais avec les affaires sorties opportunément au mois de janvier et un déchaînement médiatique durant toute la campagne. Sans cela F. Fillon aurait certainement gagné. 2/ T. May peut mener la politique qu'elle mène parce que M. Thatcher a fait le travail pour redresser le pays, ainsi que D. Cameron. Pour la France il n'est pas possible de passer à la case T. May sans passer par la case M. Thatcher à savoir F. Fillon.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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