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Pourquoi c’est le gouvernement qui a perdu le triple A et pas l’économie française

Alors que le gouvernement blâme la conjoncture pour expliquer la dégradation de sa note souveraine par Moody's, l'agence explique que les problèmes de la France sont plutôt d’ordre structurel et pointe la faiblesse des réformes entreprises par le nouveau gouvernement.

Mauvaise note

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Cette année le Père Noël est passé en avance pour le gouvernement. En effet, l’agence de notation financière Moody’s investors, qui évalue la capacité d’un emprunteur à rembourser ses dettes, a dégradé la France d’un cran lui faisant perdre son AAA. Ainsi, il n’y a plus que Fitch qui donne à la France la note maximale.

Les raisons avancées par Moody’s méritent que l’on s’y arrête.

En effet, l’ambiance actuelle parmi les gouvernements de tout poil est : "c’est la faute à la conjoncture". Ainsi, sans les problèmes conjoncturels de l’économie (on peut y mettre les difficultés des pays du Sud de l’Europe, le ralentissement chinois, la faible croissance américaine, des tensions géopolitiques poussant le pétrole à la hausse etc.) tout irait bien et la France n’aurait aucun problème pour payer ses dettes. Et bien, Moody’s fonde la dégradation de la note française sur un tout autre constat : pour elle, les problèmes de la France sont plutôt d’ordre structurel et la crise actuelle n’est que le révélateur d’une bien piètre image. Pire encore, si l’on transforme la photo en film, le futur ne serait pas brillant.

Ainsi, Moody’s pointe du doigt la faiblesse des réformes entreprises par le nouveau gouvernement. L’agence juge celles-ci parcellaires, peu ambitieuses et pas très claires. Sur ce dernier point le gouvernement annonce un jour une décision favorable aux entreprises et puis le lendemain met en place une loi alourdissant les impôts pesant sur ces dernières. Ce flou stratégique amène un manque de visibilité qui pousse l’agence à s’interroger sur les intentions réelles du gouvernement. Alors, fidèle au principe de précaution qui se répand un peu partout, on ne laisse pas de place à la suspicion et on dégrade. En étant plus sévères, les agences de notation prêtent moins le flanc à la critique (impossible de les accuser de laxisme).

Un point encore plus inquiétant est que Moody’s ne croit pas que le gouvernement réussira à réformer. Elle n’y croit pas parce que les expériences françaises passées ont montré que tous les dirigeants qui ont essayé de réformer, par exemple, le marché du travail vers plus de souplesse, ont échoué devant la résistance de la population, des acteurs de la vie publique ou bien même des élus qui pour des raisons électoralistes n’ont pas eu le courage de pousser plus à fond les réformes. Voilà donc un bilan bien sombre qui ne s’appuie pas sur la mauvaise situation des pays voisins ou la crise de la dette. D’un point de vue conjoncturel, Moody’s doute fortement que le pays arrive à atteindre les prévisions de croissance du gouvernement en 2013 (0.8% pendant que le consensus tourne autour de 0.2%).

Face à ce constat mixant court terme et long terme, le gouvernement sort l’argument de : "c’est la faute à ceux d’avant", argument que tout dirigeant adore utiliser mais qui ne fait pas avancer le débat. Toutefois, une autre idée avancée est quant à elle bien plus intéressante car elle s’inscrit dans le futur ; il s’agit de l’idée d’horizon temporel.

 
Commentaires

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  • Par ccompagnon - 21/11/2012 - 09:52 - Signaler un abus Troisième voie

    J'ai une idée de 3ème voie : battre le pavé, puis botter les culs des gouvernants afin de les mettre à la porte et les remplacer par des personnes courageuses. Cependant une interrogation demeure : quelles personnes courageuses ?

  • Par Nico Attal - 21/11/2012 - 10:15 - Signaler un abus La charrue de l'économie avant les boeufs de la monnaie

    Pourquoi refuser de voir que le problème de l'Europe est un problème de gouvernance de l'Euro et non pas un problème de gestion économique? L'Europe est victime d'une aberration qu'il lui appartient de résoudre de toute urgence: celle d'une monnaie que tout le monde souhaite détenir et d'une économie en laquelle personne n'a confiance. Lorsque nos gouvernants auront trouvé le moyen de faire baisser l'Euro (monétisation de la dette existante, émission de monnaie par la BCE), les politiques économiques des états auront une chance de réussir, mais pas avant.

  • Par Salaudepatron - 21/11/2012 - 10:31 - Signaler un abus On peut toujours attendre.

    Le génie Français, il ferait bien de ne pas trop tarder avant de sortir de sa boîte ! Flamby a décidé d'attendre cinq ans, avant de voir s'il se passe quelque chose... mais comme il n'a pas les couilles de prendre les décisions qui s'imposent, on est pas sortis de l'auberge...

  • Par phoenix - 21/11/2012 - 10:37 - Signaler un abus choc de vision

    C´est la qu´on voit le choc des vision. les agences et les economistes (comme l´auteur) croit au capitalisme roi, et l´efficacite du marché ... le peuple croit que les dirigeants ne pense qu´a eux et leurs amis, qu´ils sont des parasites qui vivent a leur depends sans rien apporter. l´efficacite du marcher, va falloir y repenser vu le resultats actuel, ce que croit le peuple, avec les dirigeants politique et economique que le monde se payent ces 10 dernieres annees, on peut pas leur donner tord. c´est juste que les politiques francais savent qu´apres avoir couper la tete de notre roi il y a 200 ans, ca nous poserais pas trop de problemes de faire pareil avec les politiques. choses que les americains, les anglais ou les allemands ne ferons jamais. la difference est surtout la, moodys reconnait que le gouvernement francais ne pourra mettre au pas le peuple francais par un choc, le risque serait le choc en retour qui risque de leur couter la tete. et ne pas pouvoir pressurer un maximum le peuple au benefice de quelques uns, c´est tres mauvais pour la rentabilite ...

  • Par Ravidelacreche - 21/11/2012 - 11:30 - Signaler un abus c’est le gouvernement qui a perdu le triple A

    Ils sont étourdis dans ce gouvernement je vous dis pas !

  • Par guigou - 21/11/2012 - 13:12 - Signaler un abus Des ultras-libéraux juges politiques ?

    L'Angleterre est à terre, L'Allemagne ne s'en sort qu'en vendant à ses voisins, le sud de l'Europe a été ruiné par les libéraux... Cette décénie de décadence conservatrice-libérale n'a pas suffit ? Les idéologies ont la peau dure !

  • Par vangog - 21/11/2012 - 23:36 - Signaler un abus Moodys juge mal la social-démagogie Française!

    Comme il a jugé et dégradé les social-démagogies Grecques, Portuguaises, Espagnoles, Italiennes, mises en place par des gouvernements très irresponsables et qui ont fait le choix mortifere de la fonction publique, de l'assistance sans contrôle, de l'immigrationnisme a but électoral et de la désindustrialisation. Seuls les pays qui ont une assise libérale s'en sortent: la majeure partie des pays Nordiques qui ont su dire non à la gangrène des fascistes rouges... Peut-être un début de solution pour la France plombée par le Socialisme! Mais n'est-il pas trop tard? Moodys semble le penser, les prochaines dégradations devraient suivre rapidement....

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Manuel Maleki

Manuel Maleki est Docteur en Sciences Economiques à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Il est spécialiste des questions de réformes. Il a travaillé à Londres dans une grande institution financière avant de rejoindre les équipes de la recherche économique du groupe ING en tant que Senior Economiste.

Il s'exprime sur Atlantico à titre personnel.

 

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