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Pour redresser le pays, replaçons l'humain au centre du système économique

Tout va mal et, si on continue comme ça, cela ira de plus en plus mal. Mais nous pouvons nous en sortir. Ça dépend de vous. Ça dépend de nous. Jean-François Kahn nous explique comment... Extrait de "Comment s'en sortir" (1/2).

Bonnes feuilles

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Pour redresser le pays, replaçons l'humain au centre du système économique

'Rien ne serait plus concret – et cela seul, à vrai dire, serait concret – que la manifestation effective de la centralité de l’humain." Crédit Reuters

Cette idée de centralité de l’humain – l’humain dans son acception individuelle que porta le libéralisme et dans son acception collective que porta le socialisme – serait « abstraite », éthérée, vague. Mais pourquoi le serait-elle plus, abstraite, que le concept pansocialiste de centralité de l’Etat ou pancapitaliste de centralité de l’argent ?

Rien ne fut plus concret que la manifestation de la centralité de l’Etat (les Russes en savent quelque chose) ; rien n’est plus concret que la manifestation de la centralité de l’argent (on en a tous les jours la preuve et la crise de 2008 en fut la sanction) ; rien ne fut plus concret que la manifestation de la centralité de la divinité, donc de l’Eglise, ou du monarque héréditaire et absolu.

De même, rien ne serait plus concret – et cela seul, à vrai dire, serait concret – que la manifestation effective de la centralité de l’humain.

Est-ce qu’un social-démocrate, aujourd’hui, est capable de définir concrètement la social-démocratie autrement qu’en se félicitant de ses capitulations en chaîne ? Est-ce qu’un néolibéral oserait même tenter de définir concrètement une idéologie dont il feint de déplorer les effrayants dégâts ? Est-ce que les « réactionnaires » sont prêts à lister concrètement le catalogue des régressions qu’ils préconisent ? Est-ce que la gauche radicale est capable de concrétiser positivement ce qu’elle ne décline que sur le mode du refus ou du rejet ?

Quand le Front de gauche qualifie de « scandaleusement comptable » toute volonté affirmée de réduire la dette de la France pour recycler, en faveur des Français, ce que, jusqu’à présent, on paie en intérêts à nos riches créanciers (c’est-à-dire à la finance), on voit bien où est l’idéologie, mais pas du tout où est le concret. Quant aux conservateurs, comment peuvent-ils être « concrets » puisque, par définition, ils conservent le lendemain ce qu’ils réprouvaient la veille. Ainsi, les députés UMP qui rejettent le « mariage gay » au nom du « pacs », mais manifestèrent et votèrent contre le pacs !

Centraliser l’humain, cela signifie d’abord – on ne saurait être plus concret – évaluer toute initiative et opération de nature économique ou financière en fonction de leur nature et de leur finalité favorables ou défavorables à la réalisation individuelle et collective des acteurs de ces opérations et des clients de ces initiatives. Investir pour entreprendre et non spéculer pour amasser. Financer ce dont on peut valoriser, dans l’intérêt de la communauté, le produit, plutôt que valoriser, dans son seul intérêt, des produits purement financiers. Ce n’est pas concret ?

Oui au capital-risque qui mobilise l’épargne en faveur d’une activité créatrice et distributrice d’emplois stables ; non à ces machineries « dérivées » qui ne consistent qu’à culbuter du gain pour enfanter du gain. De deux choses l’une : soit l’être humain – producteur, concepteur, utilisateur ou consommateur – apparaît à toutes les étapes d’un processus économique, et c’est concret ; soit il disparaît, au contraire – et alors l’abstraction est totale –, pour laisser l’argent s’enrouler autour de l’argent, surfer sur l’argent, jouer à saute-mouton avec l’argent. Une petite incidence concrète.

Les patrons du CAC 40 qui ont gagné chacun, en moyenne, 4,2 millions d’euros en 2011 ont vu leurs revenus augmenter de 4 %, malgré une baisse des bénéfices des sociétés concernées, alors que le pouvoir d’achat moyen de la plupart des Français a eu tendance à stagner. 4 %, cela équivaut à un gain de 160 000 euros (en un an), soit quelque 14 000 euros par mois. Donc, le seul chouïa de rab touché par ces veinards, en temps de crise, représente environ 6 fois plus que ce que gagne la majorité des Français.

Si 14 grands patrons ont gagné, tout compris, 240 fois le smic, Carlos Ghosn, le patron de Renault et de Nissan a amassé, lui, en un an, également tout compris, 660 fois plus que le salaire minimum. Près de 4 fois plus que ce que gagne le patron de Toyota. Pour toucher autant, un salarié ordinaire aurait dû commencer à travailler sous le règne de Charles VI. Au début de la guerre de Cent Ans. Et, pour égaler le pactole engrangé par Maurice Lévy, le patron de Publicis, il aurait fallu que le même salarié commence à trimer sous les Mérovingiens.

Si le revenu annuel de Carlos Ghosn s’élève à 660 fois le smic, cela signifie que cette somme aurait permis de payer, pendant un an, 660 smicards. Disons 350 en tenant compte des charges. Calcul absurde, évidemment, car il faut bien que M. Ghosn vive et se fasse rémunérer ses immenses talents. Mais imaginons qu’il se contente de 5 millions d’euros, ce qui lui permettrait encore d’acheter quatre superbes villas chaque année et d’y organiser des dîners au cours desquels on servirait le caviar à la louche. Il resterait, alors, de quoi rémunérer 330 smicards ou, disons, charges comprises, quelque 180 salariés bénéficiant d’un salaire médian. M. Ghosn ne consommera pas beaucoup plus qu’il ne le fait. Il y a des limites même à l’offre de diamants à son épouse. En revanche, les 180 salariés qui, au chômage, coûtent à la collectivité qui les « assiste » deviendraient des consommateurs, contribueraient à vitaminer le commerce et, au lieu de toucher des minima sociaux, paieraient des impôts et des charges. Autrement dit – et c’est très concret –, le problème n’est même pas que de trop mirifiques revenus soient socialement et moralement choquants, mais qu’ils constituent des aberrations économiques dont les entreprises elles-mêmes sont les victimes. Peut-on être plus concret ?

Notons que, dans un sondage, 49 % des Suisses contre 38 % se déclaraient favorables à ce que les écarts de rémunérations ne dépassent pas un rapport de un à douze… Ils sont fous !

Extrait de "Comment s'en sortir", Jean-François Kahn, (Editions Plon), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 
Commentaires

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  • Par la saucisse intello - 23/06/2013 - 10:55 - Signaler un abus La scène se passe.......

    Il y a environ deux ans au siège national d'un "major" du B.T.P , de l'eau, de l'assainissement et des déchets. On parle des résultats, des perspectives, des marchés en cours et à venir, tout est pour le mieux. L'argent rentre, les actionnaires sont contents......Tout à coup, la discussion vient sur les rémunérations. L'un des "gros cigares" (expression finlandaise que j'adore !) déclare avec l'aplomb des cyniques absolus "L'an prochain, l'encadrement sera bien servi"....puis, d'un large revers de main il ajoute en se marrant franchement "le reste, on leur filera une poignée de main"......grosse rigolade autour de la table, car il ne FAUT PAS déplaire ! Un d'entre eux n'a PAS ri. Alors voyez-vous monsieur Kahn, chaque fois que j'entends cette vieille lune de "remettre l'humain au centre....etc, etc", je repense au gros cigare, à sa bedaine, à son chêquier et à son mépris. Votre chemin sera long, monsieur Kahn. Pour ma part, je vous regarderai passer. Et ça, monsieur Kahn, c'est du VECU !!!

  • Par carredas - 23/06/2013 - 11:40 - Signaler un abus J.F.Kahn, le retour...

    J.F.Kahn, le soutien de François Bayrou est de retour. Tous aux abris...!

  • Par brennec - 23/06/2013 - 12:01 - Signaler un abus Verbiage

    L'économie est une science humaine, elle est le résultat de l'action humaine (JFK aurait bénéfice a lire Von Mises) l'humain n'est pas au centre de l'économie, il en est le moteur. Ces mots, mettre l'humain au centre de l'économie, l'enfant au centre de l'école... etc c'est tout simplement un genre de langue de bois, dénué de sens, mais il ne m'étonne pas que JFK tombe dans ce genre de verbiage.

  • Par zouk - 23/06/2013 - 12:49 - Signaler un abus J F KAHN ET LE RETOUR DE L'HUMAIN

    JFKahn est vraiment d'un cynisme à toute épreuve. Après avoir été un des principaux thuriféraires du politiquement correct (les bons sentiments au lieu de l'analyse et du raisonnement), voilà qu'l nous propose de rebaptiser le moralisme par lequel sa gauche nous étouffe depuis 30 ans! ASSEZ!

  • Par DEL - 23/06/2013 - 14:46 - Signaler un abus @Brennec

    Si l'économie est une science humaine, ce qui reste à démontrer, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas pour but d'améliorer le sort de l'humanité: il suffit de regarder l'état du monde pour le voir: sous-paiement des employés, avec, en parallèle, la négation et la volonté de détruire le peu de démocratie qui existe par la corruption et par les armes. Donc, le peu d'humanité que l'économie montre, consiste surtout à permettre à quelques humains de détruire la vie de tous les autres à leur profit exclusif. Et ce n'est pas l'utilisation faite du chômage qui peut montrer le contraire.

  • Par MauvaiseFoi - 23/06/2013 - 17:18 - Signaler un abus @JFK

    Dieu que c'est beau ! Tu sors d'une retraite chez les moines ou t'as fumé la moquette ? Un homme de culture comme toi, t'aurais pas lu "Le Prince" ? Bon, d'accord, ton grand âge, la masturbation inutile, les pertes de mémoire. Rappel gratos : les hommes sont naturellement méchants ou quelque chose qui y ressemble.

  • Par gliocyte - 23/06/2013 - 18:13 - Signaler un abus Qui?

    Qui a eu l'idée d'écrire sur la couverture du bouquin?: "Je vous en supplie, lisez ça." C'est d'un goût douteux. Cela évoque un "Je vous en supplie, aidez-moi." JFK aurait-il des problèmes financiers? Donner l'envie de lire le bouquin, oui, mais suppliez, non. Au vu du résumé, du parcours de JFK et de ses prises de position récentes, très déplacées à mon goût, je n'achèterai jamais ce bouquin.

  • Par Ravidelacreche - 23/06/2013 - 19:12 - Signaler un abus Jean-François Kahn nous explique comment... Ah bon ?

    Cette idée de centralité de l’humain – l’humain dans son acception individuelle que porta le libéralisme et dans son acception collective que porta le socialisme – serait « abstraite », éthérée, vague. Mais pourquoi le serait-elle plus, abstraite, que le concept pansocialiste de centralité de l’Etat ou pancapitaliste de centralité de l’argent. Ça donne tout de suite envie d'acheter le livre !

  • Par Loupdessteppes - 23/06/2013 - 23:30 - Signaler un abus En tout cas l'idéologie ne sauvera personne

    Marre des donneurs de leçons et des idéologues... N'est-il-pas grand tant de cesser ces références passéistes : la droite pue du bec et la gauche pue des pieds... Il nous reste à trouver quelque pragmatisme hors de la culture franchouillarde éculée...Ce pragmatisme ne se trouve ni dans les grandes écoles, ni au CNRS ni dans quelque autre lieu fonctionnarisé. Fuck-Off comme dirait l'autre...

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Jean-François Kahn

Jean-François Kahn est un journaliste et essayiste.

Il a été le créateur et directeur de l'hebdomadaire Marianne.

Il a apporté son soutien à François Bayrou pour la présidentielle de 2007 et 2012.

Il est l'auteur de "La catastrophe du 6 mai 2012".

 

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