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Otan : de l’art de provoquer la Russie sans protéger la Pologne

Au début du mois de Juillet, l'OTAN a organisé un sommet en Pologne, au porte de la Russie, et aligné plusieurs milliers d'hommes à la frontière. Plusieurs pays membres de l'organisation, à l'est, cherchent à raviver, à leurs risques et périls, un climat de guerre froide.

Touché coulé ?

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Otan : de l’art de provoquer la Russie sans protéger la Pologne

Le sommet de l'OTAN qui s'est tenu en Pologne les 8 et 9 juillet ne signifie pas encore la guerre mais il n'en constitue pas moins une provocation à l'égard de la Russie dont la nécessité apparait moins clairement que les risques : ce n'est pas impunément que l'on va organiser une réunion aussi large et au plus haut niveau aux portes de la plus grande puissance nucléaire de la planète. Il ne s'agit pas certes de sombrer dans la crainte révérencielle de cette puissance mais que diraient les Américains si la Russie organisaient ce genre de rassemblement au Mexique ? 

Le communiqué final du sommet de l'OTAN dénonce d'une manière qui serait risible si elle ne touchait à des questions aussi graves "les actions agressives de la Russie, y compris ses activités militaires provocatrices à la périphérie du territoire de l'OTAN".

Où se situe donc cette périphérie de l'OTAN : dans Caraïbes ? Non "dans la région de la mer Baltique et de la Mer noire" ! 

Déclarations d'autant plus inquiétantes qu'au mois de juin a été organisée en Pologne et dans les pays baltes, à la frontière russe, une manœuvre portant le nom peu amène d'Anaconda à laquelle pas moins de 24 pays étaient associés. Malgré les déclarations apaisantes de Hollande à Varsovie qui, a-t-il dit, ne considère la Russie "ni comme un adversaire, ni comme une menace" ou du ministre des affaires étrangères de l'Allemagne Frank-Walter Steinmeier appelant l'OTAN à la modération, seules voix discordantes, les deux pays ont finalement signé le communiqué final et sont représentés à la manœuvre. La France envoie 150 hommes seulement, ce qui est bien peu sur le plan militaire mais exprime sa solidarité politique avec une entreprise pour le moins douteuse.

31 000 hommes, c'est suffisant pour une provocation, c'est dérisoire face à la Russie qui peut aligner instantanément trente fois cet effectif de l'autre coté de la frontière. 

Pour cacher une faiblesse ? 

Quel intérêt alors ? Au dire de plusieurs spécialistes, la Russie détient aujourd'hui une supériorité claire sur les États-Unis dans la guerre classique. À quoi s'ajoute sa capacité avérée de brouillage et la récente disposition d'un missile balistique volant à une vitesse qui défie toute contre-mesure (et rend obsolète, soit dit en passant, toute idée de bouclier antimissile). 

Au temps de Staline, l'URSS est restée quatre ans sans disposer de l'arme nucléaire face à une Amérique qui l'avait déjà. Elle s'était alors comportée avec le maximum d'agressivité, notamment par le blocus de Berlin, pour faire oublier son infériorité stratégique. Il n 'est pas impossible que la manœuvre de l'OTAN relève de la même logique. Mais il est alors douteux que Poutine soit dupe ! 

Une autre explication serait le souci de rassurer la Pologne et les Pays baltes, toujours prêts à faire de la surenchère contre la menace russe. On comprend certes au vu de l'histoire qu'ils aient quelques inquiétudes. Mais sont-elles aujourd'hui fondées ? Le sommet de l'OTAN dénonce l'annexion de la Crimée et l'aide apportée par la Russie aux rebelles du Donbass. Les néoconservateurs américains, Hillary Clinton en tête, y voient le début d'un processus de conquête qu'elle compare à celui d'Hitler. N'oublions pourtant pas que ces actions que l'on reproche à Poutine sont venues en riposte à ce que Valéry Giscard d'Estaing a lui-même appelé un coup d'état de la CIA (les fameux événements de la place Madian en février 2013) destiné à renverser à Kiev un pouvoir légitime régulièrement élu pour le remplacer par un gouvernement hostile à la Russie. La base de Sébastopol, qui constituait la seule ouverture maritime de la Russie vers le Sud et que le hasard des découpages soviétiques avait rattachée à l'Ukraine, risquait de lui échapper, ce que, compte tenu de la géographie, elle pouvait difficilement accepter.

 
Commentaires

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  • Par langue de pivert - 23/07/2016 - 12:13 - Signaler un abus

    Les problèmes des Russes c'est leur paranoïa chronique, leur recherche obsessionnelle d'accès aux mers chaudes et la nostalgie de "l'empire" ! Sinon les Russes sont un peuple sympathique avec qui nous avons plus de points communs que de différences. Nos vrais et seuls ennemis sont les muzz !

  • Par Camtom - 23/07/2016 - 16:16 - Signaler un abus Comme avec le truc d'exclure

    Comme avec le truc d'exclure les athlètes russes des JO, dans quoi 15 jours?! Parce que les américains ils sont nickels niveau dopage?!! Les cimetières américains de ma Normandie font que j'ai toujours eu une certaine affection pour eux, mais on n'est pas obligé de tomber dans leur délire de faire monter la pression avec la Russie qui n'est pas et ne doit certainement pas être notre ennemie et qui est la seule à défendre les mêmes intérêts que nous... Qu'est ce qu'on a à gagner à énerver et humilier Poutine et de ne même pas le convier à leur réunion de la coalition, alors que, honnêtement, elle en serait où la Syrie sans lui...

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Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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