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Objectif Europe : le match Paris-Berlin des nouvelles stratégies pour prendre la main sur l’Union

Selon les informations du journal Allemand Handelsblatt, Angela Merkel serait arrivée à la conclusion que le soutien à une candidature allemande au poste de président de la Commission européenne, en remplacement de Jean-Claude Juncker, pourrait être plus intéressant que la nomination de l'actuel président de la Bundesbank, Jens Weidmann à la tête de la BCE, notamment pour éviter une crise politique sur un nom qui pourrait attiser le feu de la contestation en Europe.

France-Allemagne

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La nomination d’un allemand à la tête de la commission n’est évidemment pas garantie et dépendra aussi de la réussite ou de l’échec de l’objectif de reconfiguration du parlement européen poursuivi par Emmanuel Macron, mais notons dans tous les cas que les différents noms qui circulent ne seraient pas équivalents. L’élection/nomination de Manfred Weber, qui est chef de fil du PPE au Parlement européen et qui appartient à la CSU bavaroise, mettrait au coeur de l’agenda européen les sujets qui sous-tendent les débats actuels au sein de la CDU-CSU.
Celle de Peter Altmayer, l’actuel ministre de l’Economie, constituerait un relai plus direct de la politique d’Angela Merkel à l’échelle européenne. 
En 2014, le gouvernement allemand avait poussé la candidature de Jean-Claude Juncker, alors atteint par son scandale luxembourgeois, malgré l’opposition acharnée de David Cameron. La faiblesse politique du Président de la Commission avait atteint son paroxysme à la suite d’une campagne de dénigrement personnel dans la presse allemande peu de temps après. Le repositionnement allemand sur la Commission a commencé il y a de cela quelque mois avec la nomination très controversée de Martin Selmayr au poste de Secrétaire général de la Commission. Le repositionnement de la stratégie de l’Allemagne sur le jeu institutionnel européen suit précisément l’évolution rapide du débat politique sur la scène nationale.
 
 

Comment anticiper ce que pourrait devenir l'Europe et la zone euro dans le schéma qui semble avoir la préférence d'Angela Merkel ? Comment peuvent s'inscrire les ambitions d'Emmanuel Macron dans ce schéma alors que le président français déclarait, ce lundi 27 août lors de son discours à la conférence des ambassadeurs "Je vous le dis avec gravité et avec humilité : ce combat européen ne fait que commencer. Il sera long, il sera difficile. Il sera au centre de l’action de la France tout au long de mon mandat. dans ce schéma ? 

On voit deux approches clairement distinctes. Angela Merkel, sous le coup de la crise politique à laquelle elle est confrontée, tente de tirer parti, tant bien que mal, de la réorientation du débat européen. On l’avait vu sur la crise migratoire lors du sommet de juin dernier où elle s’était même précipitée à annoncer les détails d’accords avec des gouvernements qui ont rapidement démenti. A ce stade, la stratégie d’Angela Merkel passe par une influence très fortement accrue sur les institutions européennes qui peuvent faciliter sa tentative visant à se remettre sans cesse au coeur du jeu politique allemand, où elle apparaît fortement affaiblie. La BCE n’est pas, à ce stade de la crise politique allemande, l’enjeu le plus important pour la classe politique allemande, alors que la Commission peut être d’une plus grande utilité. La Chancelière n’a eu de cesse de réorienter le débat engagé par Emmanuel Macron sur les moyens financiers de la zone euro vers l’idée d’un renforcement des moyens et des prérogatives liées à la Commission. Le discours européen d’Emmanuel Macron reste centré sur l’idéal d’un grand bond en avant institutionnel au sein de la zone euro davantage que sur une stratégie économique de rééquilibrage entre pays. Alors que la politique européenne est en proie à une reconfiguration brutale, la focalisation sur un idéal institutionnel hors de portée risquerait de faire l’impasse sur les intérêts réels de l’économie française, dans un contexte de révolution technologique à l’échelle mondiale.

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 28/08/2018 - 10:03 - Signaler un abus Et Selmyar,

    ce chapeau allemand sur Juncker?

  • Par El Flander - 29/08/2018 - 11:50 - Signaler un abus Moscovici...

    C'est certain qu'avec des français aux commandes comme Moscovici l'Europe ira beaucoup mieux.

  • Par JLH - 29/08/2018 - 13:56 - Signaler un abus attendons le nouveau parlement

    Salvini et Orban, et quelques autres seront les indiscutables vainqueurs, voilà le résultat de l'aveuglement actuel, c'est bien triste. Orban est très populaire, Salvini aussi (à court terme sans doute pour ce dernier), l'Autriche est très normalement nationaliste, la Pologne aussi, le poids de l'histoire. Dommage que nos grands esprits soient à ce point aveuglés par leur prétention !

  • Par cloette - 30/08/2018 - 06:45 - Signaler un abus En 2019

    Aux urnes, citoyens !

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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