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La marque Anonymous récupérée : toute critique du capitalisme est-elle inévitablement digérée par celui-ci ?

Une société parisienne a déposé le logo et le slogan du groupe Anonymous. Un détournement commercial difficile à avaler pour les cyber-militants.

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Atlantico : La société parisienne Early Flicker, qui commercialise des tee-shirts et des services de création de sites Internet, a déposé le logo et le slogan du groupe Anonymous, ce mouvement d'hacktivistes anticapitalistes connu pour ses actions coup de poing sur Internet.

Cette initiative est considérée comme "une agression commerciale" par le collectif. Toute critique du capitalisme est-elle condamnée à être récupérée par le capitalisme lui-même ?

Guy Sorman : La réponse est "oui" car le capitalisme est "la nature de l'homme" et "le miroir de la société". Tout ce que la société produit devient nécessairement marchandisé et capitaliste. Le capitalisme "récupère" par définition : c'est une éponge. Tout ce qui se passe dans la société a vocation à être absorbé par le capitalisme. Le fonctionnement même du capitalisme est basé sur cet effet miroir et ce rôle de récupération.

Où le capitalisme irait-il trouver ses idées si ce n'est dans la société ? Il en est de même, pour la publicité. Il n'y a que les marxistes qui pensent que le capitalisme et la publicité imposent des produits, des services, des pulsions, des sentiments. C'est l'inverse : le capitalisme est le reflet des désirs de la société. 

L’image du « Che » elle-même a été récupérée par le passé, la photo de l’icône de la Révolution ayant connu de multiples déclinaisons commerciales…

Encore une fois, il faudrait presque inverser la question. Le "Che" était l'expression d'un sentiment populaire très fortement répandu dans le monde : la recherche du héros, avec une dimension quasi divine. Le capitalisme ne le "récupère" pas, il exprime ce qui existe déjà.

De même, aujourd'hui, toute la publicité pour l'alimentation est "bio", "écologique". Est-ce que c'est de la récupération ? Il existe dans la société une aspiration quasi religieuse à une nature "pure" et "intouchable". Le capitalisme joue son "effet de miroir" et dit : "voilà ce que vous voulez !" La publicité n'impose rien. Elle met en forme, en musique, en valeur des aspirations collectives déjà présentes. Pour utiliser un vocabulaire marxiste, le capitalisme n'est pas "la superstructure" de la société, mais son "infrastructure". 

 
Commentaires

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  • Par LeditGaga - 03/08/2012 - 08:33 - Signaler un abus Bien vu !

    En résumé, les "Anonymous" sont des marxistes qui n'ont rien compris à la nature humaine, enfermés dans leur dérisoire désir de voir l'homme se transcender quand Aldous Huxley, entre autres visionnaires, en a démontré l'inanité ! L'homme, quoi qu'on fasse pour améliorer sa conscience, ne sera jamais un minéral ou un végétal, il sera toujours partie intégrante du règne animal. Nul ne peut modifier la nature profonde de l'animal, on peut tout au plus l'apprivoiser...

  • Par texarkana - 03/08/2012 - 08:43 - Signaler un abus T-shirts et posters Guevarra

    c'est la même chose, Lénine le disait déjà "les capitalistes vendront les cordes avec lesquels ils seront pendus"...

  • Par Vinas Veritas - 03/08/2012 - 11:42 - Signaler un abus capitalisme / socialisme

    Que le capitalisme absorbe comme une éponge oui mais le capitalisme n'est pas l'ultime et tout comme le socialisme, il est dépassable. La notion de capitalisme se fonde sur le concept de possession de valeur et d'accroissement de la valeur possédée. Le socialisme pur, le vrai, s'appuie sur une dimension humaine de partage. Les richesses ne sont qu'un des éléments de la vie et tous doivent pouvoir en profiter. Selon, le capitalisme découle du 2e étage de la pyramide de Maslow lorsque l'environnement fournit un 1er étage satisfaisant tandis que le socialisme se développe quand ce 1er étage présente de nombreuses insatisfactions pour l'individu : l'union fait la force. De nos jours, le politique socialiste ou communiste sert plutôt à combler le 4e étage des impétrants sous couvert d’altruisme. Certains des arrivés réussissent avec plus ou moins de bonheur malgré tout à partager les richesses dans l’anticapitalisme d’aloi.

  • Par Vinas Veritas - 03/08/2012 - 11:42 - Signaler un abus suite

    Bien sûr, le capitalisme qui amasse, regroupe et différencie s’oppose au socialisme qui partage disperse et égalise mais le second ne va pas sans le premier car le socialisme ne cherche pas les richesses, il s’empare de l’existant au risque de tout consommer. Le capitalisme produit crée accumule la valeur, la richesse mais ne se préoccupe pas de la ressource et peut détruire aussi bien l’avenir au profit du présent. Le capitalisme s’empare de tout ce qui lui plait et délaisse le reste.

  • Par Epsilon - 03/08/2012 - 20:39 - Signaler un abus Bizarre

    "Il n' y a pas de "copyright" sur les idées, c'est le drame des écrivains et des philosophes." Le drame serait qu'ils ne puissent pas utiliser d'anciennes idées parce qu'un pauvre type qui voulait se faire du fric sans rien faire a posé un copyright sur l'idée de quelqu'un d'autre... Quand au reste de l'interview, je ne commenterai pas ligne par ligne, mais je la trouve superficielle...Et partiale! Notamment quant à la nature humaine, et au rôle de la publicité. Parlez donc à ceux qui la connaissent le mieux, ils vous détromperont. Sinon, pour en revenir au sujet, je ne me serais pas risqué à me mettre à dos une bande de pirates informatiques. J'espère qu'ils ont un bon antivirus et un pare-feu efficace!

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Guy Sorman

Auteur d'une trentaine d'ouvrages traduits du Japon à l'Amérique latine, de la Corée à la Turquie et la Russie, élu en France et entrepreneur aux Etats-Unis, chroniqueur pour Le PointLe Monde et de nombreux journaux étrangers, Guy Sorman est un esprit libre dont les conceptions libérales prennent souvent à contrepied la droite comme la gauche en France. Son dernier livre J'aurais vioulu être français est paru chez Grasset, en octobre 2016.

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