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Mais pourquoi l'inflation reste-elle aussi faible ? Voilà pourquoi la réponse au plus grand mystère de la science économique contemporaine pourrait tout changer

Les dirigeants planétaires et les économistes ne parviennent pas à se mettre d'accord sur la progression de l'inflation. Il s'agit pourtant d'un phénomène monétaire bien connu.

Zone de brouillard

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Mais pourquoi l'inflation reste-elle aussi faible ? Voilà pourquoi la réponse au plus grand mystère de la science économique contemporaine pourrait tout changer

Ils disent que l’inflation est un « mystère ». Ils disent donc qu’ils n’y comprennent plus rien (le retour à une inflation de 2%/an est leur cible, par eux violée depuis des années). Ils disent que c’est la faute à pas de chance, la faute des autres, la faute à des « facteurs temporaires », ou la faute d’Amazon qui casse les prix, ou la faute des syndicats qui dépérissent : comme dans les années 70, comme chez Valmont, comme chez les neo-économistes qui ne savent pas que l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire, « ce n’est pas leur faute ».

   

"Il y a un manque de satisfaction certain et général vis-à-vis de l'inflation", Mario Draghi, 7 septembre 2017. Tu m’étonnes, Mario ! Il y a surtout un manque de satisfaction certain (et hélas pas si général) vis-à-vis des banquiers centraux indépendants qui passent plus de temps à s’occuper de leurs anciens et de leurs futurs employeurs (les banques commerciales), et de sujets archi-éloignés de leur mandat (les défis d’un monde qui change le numérique et patatipatata, les réformes budgétaires, le code du travail). Ci-dessous, la mesure la moins mauvaise de l’inflation en zone euro, le déflateur du PIB scotché à 1%/an depuis 8 ans :

 

 

Cela ne devrait pas nous étonner, le ciblage de l’inflation est partout en échec, partout, en Suède, au Japon, aux USA aussi d’une certaine façon. Ergo : partout les banquiers centraux ont menti en déclarant avoir été « accommodants » depuis 2008. Partout (sauf au Japon, en déflation depuis 27 ans) ils cherchent à durcir les conditions monétaires depuis des mois, et même depuis plus de trois ans aux USA, alors bien entendu les données « en dur » ne les arrangent pas, ils préfèrent gloser autour des enquêtes de conjoncture, autour de ce que répondent des directeurs d’achat d’usines de petits pois du Kansas ou de Bavière à des questions du genre « croyez vous à un retour de la croissance et de l’inflation dans 6 mois ? ». Et ce n’est pas l’échec qui est condamnable, aussi répété et retentissant soit-il, c’est l’auto-satisfaction autour d’un échec, par des gens qui depuis 2008 obtiennent sans cesse plus de pouvoirs, sans cesse moins de contre-pouvoirs, et qui échouent dans leur seule mission légitime.

Enfin, légitime, façon de parler : légitime dans le cadre de la stratégie de ciblage d’inflation, stratégie sous-optimale ; idéalement, il faudrait cibler le PIB nominal (l’ensemble des revenus nominaux de l’économie), ce serait d’ailleurs plus logique étant donné le mandat (la stabilité des prix ET la maximisation de l’activité, relisez le Traité si vous croyez à la fable d’une mission unique), mais bon, quitte à se fixer une cible, même imparfaite, autant l’atteindre, car, sinon, il pourrait y avoir désencrage des anticipations d’inflation, à force. C’est très embêtant, ça. D’abord parce que cela signifie une hausse des taux réels (tout le monde se focalise sur les taux nominaux, qui ne sont pas ceux qui comptent en matière de remboursement des dettes et en matière d’investissement). Ensuite, parce qu’on sait le caractère irrémédiable du désencrage vers le bas : alors qu’on sait canaliser les anticipations quand elles remontent (c’est coûteux mais on sait le faire), aucun pays n’a encore trouvé le moyen de sortir d’une trappe déflationniste, même le Japon qui a racheté près de la moitié de sa dette publique en 5 ans n’arrive pas à sortir de cette ornière. Enfin parce que l’inflation d’aujourd’hui ce sont les salaires nominaux de demain : contrairement à ceux qui se réfèrent à la courbe de Phillips et au techniques néo-keynésiennes de prévisions qui échouent lamentablement depuis tant d’années, je crois que les salaires nominaux sont largement fonction de l’inflation passée, disons de l’inflation des trois dernières années : ça marche, depuis longtemps, et bien mieux que tous les modèles de la FED et de la BCE, qui s’acharnent à expliquer l’inflation par la dynamique salariale alors que c’est l’inverse :      

 
Commentaires

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  • Par JLH - 25/09/2017 - 12:28 - Signaler un abus inflation ? chercher l'erreur

    L'inflation n'est pas seulement la hausse des prix, erreur magistrale ou simplification abusive : en URSS, l'inflation ne traduisait pas par la hausse des prix mais une demande non satisfaite supérieure (quantité et qualité) à l'offre. En plus les banquiers centraux et les autres, sont totalement démunis pour mesurer l'évolution des prix, ne maîtrise pas l'évolution de l'offre, tant les modifications techniques et qualitatives de l'offre sont rapide, même foudroyantes. En fait l'INSEE a en permanence un temps, ou plus de retard, et c'est normal, sur beaucoup de ses indices concernant la consommation, on ne peut leur en vouloir, mais un peu plus de modestie de leur part est souhaitable. Donc en résumé, prendre des mesures appartenant à un passé qui n'existe plus pour corriger des tendances que l'on ne peut pas connaître, ne mérite même pas l'article excellent de M.Mucherie, "pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu'ils font", sauf que le rêve européen va exploser, dommage pour ma génération qui tient à ce rêve depuis au moins 70 ans environ (j'en ai 65).

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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