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Mais au fait, qu'auraient fait l'Europe, l’Otan et la Russie en cas de réussite du coup d'Etat en Turquie : la question qui en dit long sur les lignes de fractures du vieux continent

En l'espace de quelques heures, le président Erdogan est parvenu à reprendre le contrôle de la Turquie après qu'une tentative de coup d'état a eu lieu ce week-end. Néanmoins, il est intéressant de se demander comment auraient réagi les grandes puissances voisines de la Turquie si ce coup d'état avait réussi.

Et si...

Publié le - Mis à jour le 22 Juillet 2016
Mais au fait, qu'auraient fait l'Europe, l’Otan et la Russie en cas de réussite du coup d'Etat en Turquie : la question qui en dit long sur les lignes de fractures du vieux continent

Atlantico : Dans le cas où la tentative de coup d'état survenue dans la nuit de vendredi à samedi en Turquie aurait réussi, comment auraient réagi...

1) L'Union européenne ?

Alexandre del Valle : Bien que les relations avec Erdogan se soient quelque peu dégradées, je pense que l'UE aurait fermement condamné le coup d'Etat. Ce dernier aurait menacé définitivement l'adhésion de la Turquie à l'UE. Peut-être aurait-elle même envisagé des sanctions, comme cela a été le cas pour la Russie. Elle aurait appelé au rétablissement du régime élu d'Erdogan, et aurait vraisemblablement exercé de fortes pressions de nature économique, ou autres, pour essayer de faire revenir le pouvoir légalement élu.

Lorsque les négociations d'adhésion de la Turquie ont été ouvertes, la condition première de l'UE a été que la Turquie renonce au pouvoir militaire-kémaliste, notamment en exigeant l'abolition des prérogatives du MGK, le Conseil national de sécurité turc, qui perpétra le dernier coup d'Etat réussi de 1997 contre l'ancien premier ministre islamiste et mentor d'Erdogan Necmettin Erbakan. Cela constituait le 4ème paquet de réformes dans lequel était demandé à la Turquie de réformer le pouvoir des militaires qui était jusqu'alors consacré légalement et constitutionnellement, puisque le MGK, présidé par un chef d'Etat major de l'armée, pouvait démettre un chef de gouvernement et abolir des lois jugées anti-kémalistes et anti-laïques. C'est donc l'UE qui a exigé et obtenu la fin du pouvoir militaire en Turquie, pourtant jadis seul frein à l'avancée des islamistes revanchards qui furent écrasés par Atätürk lorsqu'il gagna la guerre civile contre les grandes confréries islamistes qui n'avaient pas accepté l'abolition du Califat-Sultanat et de la charià. C'est pourquoi une reprise directe du pouvoir par les militaires anti-AKP est tout à fait inacceptable pour l'UE. A ce titre, les Occidentaux sont les alliés objectifs d'Erdogan et des islamistes turcs depuis le départ car ce sont eux qui ont demandé aux militaires de rentrer dans leurs casernes et qui ont aidé Erdogan à dékémaliser-démilitariser la Turquie. C'est ce que j'ai montré, dans mon premier livre sur l'AKP et Erdogan, La Turquie dans l'Europe, un cheval de Troie islamiste (Les Syrtes, 2003), dans lequel j'annonçais la fin du kémalisme et la stratégie « par étapes » de démantèlement de la laïcité turque par le néo-sultan autoritaire Erdogan que tous les médias et responsables occidentaux béas comparaient à un chrétien-démocrate, un adepte d'un « islam modéré ». Aujourd'hui, tous ceux qui se sont trompés depuis 15 ans sur la Turquie et l'AKP d'Erdogan feignent d'avoir toujours su qu'il s'agit d'un islamiste autoritaire. Et si nous étions diabolisés il y a encore 5 ans en refusant l'adhésion turque à l'UE, les ardeurs des partisans de cette adhésion au sein de la Commission et des chancelleries européennes est bien moins forte maintenant. Je pense toutefois que ce coup d'Etat manqué, qu'Erdogan aurait presque eu intérêt à laisser faire au début pour justifier et renforcer son autocratie, est une véritable aubaine pour lui, car il n'a jamais autant eu de marge de manoeuvre et de cautions internationale et occidentale pour réprimer ses ennemis militaires anti-AKP, ses ennemis jurés kémalistes-laïques et même d'autres adversaires acharnés comme les fettulah.

Une réussite de ce coup d'Etat aurait au contraire remis en question tous les accords liant l'UE à la Turquie, y compris le récent accord sur les migrants. Avant un retour de dialogue avec le nouveau régime militaire ou post militaire, l'UE aurait passé des mois, voire au moins un an ou plus, à réclamer le retour du pouvoir légalement élu. On voit mal l'UE critiquer le moindre régime populiste en Europe et dialoguer avec un régime militaire en Turquie, quand bien même les militaires sont anti-islamistes.  

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 18/07/2016 - 10:39 - Signaler un abus Juste une question

    Erdogan n'aurait il pas initié cet attentat pour se débarrasser définitivement de son opposition, il parle de peine de mort et son pouvoir etait affaibli. Ce dictateur sera renforcé par ce coup d'état raté et il semble que tout était prêt pour le contrecarrer. Il faut se poser la question " à qui profite le crime" pour moi sans en être certain à 100% que c'est bien à Erdogan. Il en profitera pour se débarrasser de Kurdes qu'il accusera par la même occasion

  • Par moneo - 18/07/2016 - 11:16 - Signaler un abus 2 questions

    1/ qui a coordonné le putsch? le "khominet" américain ressorti par Erdogan? Erdogan lui même des officiers khemalistes? La bonne réponde permettrait une analyse correcte 2/ oui ou non sont ce les forces aériennes de l'Otan qui ont brisé le putsch car essayez donc d'arrêter des chars à mains nus ;ça prouverait que le turcs sont plus forts que les chinois... qu'est que Erdogan avait de mieux que le putschistes cessez de contempler le doigt que l'on vous montre et essayer de regarder la lune-;)

  • Par Oyentin - 18/07/2016 - 12:05 - Signaler un abus Seul un niais

    peut croire que cette pantomime n'a pas été organisée par le calife.

  • Par abracadarixelle - 18/07/2016 - 13:32 - Signaler un abus Putsch réussi ou pas....

    La Turquie n'a rien à faire en Europe, point barre .

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 18/07/2016 - 13:57 - Signaler un abus @abracadarixelle

    Ni dans l'OTAN qui devrait profiter de la situation pour se séparer de ce membre trop encombrant, et calquer ses limites sur celles des 27........ Ce qui reviendrait à demander à la GB d'en sortir, on pourrait ainsi commencer à parler de défense Européenne en attendant la diplomatie qui va avec........juste avant que les Américains n'en sortent volontairement pour laisser la place aux Russes................ Bon....!! Faut quand même pas rêver....

  • Par valencia77 - 18/07/2016 - 14:08 - Signaler un abus Les militaires Turcs

    Ils ont jamais entendu parler de Pinochet? Comment reussir un coup d'etat et se debarasser de l'opposition par son emigration volontaire. Et comment convaincre l'opposition d'emigrer volontairement.

  • Par Yves3531 - 18/07/2016 - 15:40 - Signaler un abus Très très fort le Erdogan...

    en quelques heures il a entre autres réussi à découvrir que pas moins de 2000 juges étaient des complotistes et les a fait arrêter. Ça va vite très vite les enquêtes en Turquie... Incidemment il faudrait qu'il nous indique sa martingale pour nos juges rouges...

  • Par Eolian - 18/07/2016 - 17:26 - Signaler un abus Bien joué

    Que Erdogan ait ou non trempé dans un coup d'état bien mal ficelé, le résultat est qu'il en sort bien sérieusement installé pour durer....hélas! J'espère simplement que l'Union européenne ne sera pas assez idiote pour l'accueillir les bras ouverts.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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