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Made in Trump : mais quel intérêt les Etats Unis auraient-ils à voir l’euro "exploser" d’ici 12 à 18 mois comme le prévoit le (probable) futur ambassadeur américain auprès de l’Union européenne ?

Ted Malloch le probable futur ambassadeur américain pour l'Union Européenne est persuadé que l'euro va s'effondrer dans le 18 mois à venir. Si cette affirmation est relativement excessive, il est vrai que l'euro connait des difficultés contrairement à ce que Pierre Moscovici assène. Les Etats-Unis ont certainement un intérêt à voir une zone euro faible.

Prédictions auto-réalisatrices

Publié le
Made in Trump : mais quel intérêt les Etats Unis auraient-ils à voir l’euro "exploser" d’ici 12 à 18 mois comme le prévoit le (probable) futur ambassadeur américain auprès de l’Union européenne ?

Atlantico : ”L’euro peut s’effondrer d’ici 12 à 18 mois” a affirmé Ted Malloch probable futur ambassadeur des Etats-Unis à Bruxelles pour l’administration Trump. Pierre Moscovici a quand à lui répondu que si la zone euro avait besoin d’être plus unifiée la monnaie est solide. Quel est l'intérêt concret pour Donald Trump de déstabiliser la zone euro ?

Edouard Husson : Ce qui est frappant, c'est que M. Moscovici tombe dans le piège qui lui est tendu: il répond sur l'euro, au lieu de répondre sur le nécessaire respect des règles par la Grande-Bretagne tant qu'elle n'est pas sortie de l'Union Européenne; elle doit s'abstenir de négocier des traités commerciaux de manière unilatérale. La déclaration de M. Malloch est à replacer dans ce contexte. Madame May et M. Trump vont vraisemblablement se concerter longuement sur la stratégie de Brexit. Et les Etats-Unis promettront, par la bouche de leur Président, de garantir la Grande-Bretagne.

C'est le sens des propos tenus par M. Malloch à la BBC. Il envoie un message aux Européens: traitez bien la Grande-Bretagne, sinon vous vous trouverez face à un front anglo-américain uni. Evidemment, il pointe une des faiblesses de l'adversaire: la monnaie européenne est fragile, à la fois du fait des défauts de construction de l'euro mais aussi des crises à répétition déclenchées par la dette grecque depuis 2010. Ce propos relève d'une logique de dissuasion, pour forcer l'adversaire à venir à la table de négociation à un moment où beaucoup, à Bruxelles, continuent à penser que le Brexit ne se fera pas ou qu'il tournera mal pour Londres. On touche là du doigt la faiblesse des adversaires de Trump: ils le croient irrationnel et donc ils ne cherchent pas à décrypter son jeu. Ils pensent que la politique washingtonienne obéit à des impulsions erratiques, alors que tout est réfléchi. Malloch a évidemment été autorisé par Trump à faire une telle déclaration. À la veille de la rencontre que le président américain va avoir avec Madame May. Londres et Washington choisissent leurs positions en cas d'affrontement; et M. Moscovici montre que l'Europe continentale n'est pas très stratège. 

L’effondrement de l’euro dans l’année à venir est un scénario probable ? Quels sont ses points de fragilité, spécifiquement dans les 12-18 mois ? Quelles sont les fragilités de l’euro que Pierre Moscovici semble vouloir écarter et que Ted Malloch exacerbe ?

Je précise d'emblée que pour moi la notion de "souveraineté monétaire"  n'a aucun sens. La monnaie est une réalité internationale, mondiale, même. L'une de ses fonctions est de permettre l'échange entre les hommes, les entreprises, les groupes. Jusqu'en 1914, il y avait une monnaie unique mondiale, l'or, sur lequel étaient gagés la plupart des instruments de circulation monétaire dans le monde. Ce n'était sans doute pas le meilleur des systèmes car le système monétaire historique a été, jusque dans les années 1870, le plurimétallisme (dont l'or et l'argent). Même dans notre système de fiat currency, nous voyons bien que l'économie mondiale fonctionne avec un petit nombre de monnaies de réserve. Je ne fais donc pas partie de ceux qui défendent une monnaie nationale contre l'euro. Mais la monnaie européenne a été mal conçue: on a en gros étendu à l'Europe la conception allemande de la gestion des instruments de crédit ("monnaie unique") au lieu de créer un étalon monétaire assorti d'une décentralisation de la création de crédit pour être au plus près des besoisn de l'économie ("monnaie commune"). Le système est intenable parce qu'on ne gère pas un ensemble aussi immense que la zone euro, avec des sociétés aussi diverses et des besoins en crédit aussi hétérogènes. A part l'Allemagne, pour qui l'euro est un mark sous-évalué, la plupart des autres membres de la zone euro ont été soumis par la monnaie unique à des tensions économiques et sociales de plus en plus insupportables, débouchant sur du chômage, des délocalisations, un sous-investissement dramatique. La Grèce a été brisée par ce système. L'Italie est au bord de la rupture. La France connaît une lente et inexorable montée du Front National d'un côté et la radicalisation islamiste de l'autre etc....Depuis 2010, la zone euro tient grâce au quantitative easing (mais qui profite aux banques, non aux populations) et à la loi d'airain budgétaire imposée par les gouvernements de la zone euro à leurs sociétés. Ted Malloch n'a pas grand mérite à dire une évidence: la zone euro est fragile, plus fragile qu'elle n'en a l'air. 

Du point de vue du rapport de force entre nations, et entre grands ensembles, quels seraient les effets à terme d'une telle explosion?

L'Hôpital se moque de la Charité. Le système monétaire mondial instauré par Nixon en août 1971, celui du dollar comme monnaie de réserve du monde, a eu des effets profondément délétères sur les Etats-Unis. Ils ont vécu pendant 45 ans à crédit, et même à crédit illimité car le monde entier avait besoin de l'émission de bons du Trésor américain pour garantir la création internationale de moyens de paiement. L'Amérique désindustrialisée, rongée par les inégalités sociales, la criminalité et le racisme, parasitée par son complexe militaro-industriel, placée sous surveillance par un oligopole des entreprises du numérique est largement l'enfant de ce système monétaire destructeur. Si l'on veut défendre une économie ouverte face au néo-protectionnisme de Trump, il faut plaider pour la reconstitution d'un ordre monétaire international, les grandes régions du monde acceptant soit un étalon monétaire universel soit une limitation des fluctuations des grandes monnaies les unes par rapport aux autres. Sans doute la meilleure politique économique est-elle à un point d'équilibre entre régulation du commerce mondial pour corriger les distorisions de concurrence et ordre monétaire universel. Mais le monde dans lequel nous entrons semble devolir être caractérisé par un protectionnisme fort et un grand désordre monétaire international. On voit bien que face à la Chine - et ses réserves abondantes en or, en euros et en dollars - Trump pourrait avoir intérêt à jouer l'éclatement de l'euro pour que les Européens rachètent massivement du dollar et aident à stabiliser la monnaie américaine. Faire éclater la zone euro c'est aussi provoquer, mécaniquement, le renchérissement de la monnaie pour les Allemands et rendre leurs exportations moins compétitives. Mais, plus profondément, Trump va jouer la consolidation du dollar en même temps que la reconstitution d'une entente avec Moscou. Entre les trois puissances (USA, Royaume-Uni et Russie), l'Europe continentale éclatée rebasculerait de facto dans la zone dollar.  Trump joue l'Euramérique face au projet chinlois d'Eurasie. 

 
Commentaires

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  • Par ocean5 - 27/01/2017 - 08:41 - Signaler un abus Annoncer

    Annoncer n'est pas souhaiter !!!

  • Par moneo - 27/01/2017 - 10:07 - Signaler un abus simple

    les USA ne veulent pas de monnaie concurrente au dollar ,seule monnaie de réserve ; comme disait, Kissinger, le dollar c'est notre monnaie et c'est votre problème ... des "complotistes " ont émis l'idée que DSK n'était pas tombé par hasard et que le directeur de Total non plus ;Tous deux avaient émis l'idée de pouvoir avoir l'euro en substitution du dollar dans les échange internationaux . Personne ne peut le prouver mais il faut avouer que quand on a la seule imprimante mondiale à monnaie universelle forcément ça aide/Ainsi Obama aurait provoqué une hausse de la richesse produite de 3000 milliards avec un endettement de;..9000 milliards....

  • Par J'accuse - 27/01/2017 - 11:35 - Signaler un abus L'UE est déjà morte, mais elle ne le sait pas encore

    Il n'y a pas que l'euro qui soit faible dans UE: tout l'est. L'Union n'existe plus que par des traités et des règles de moins en moins respectés, et sa gouvernance est déconnectée des réalités. La mise en œuvre effective du Brexit sonnera le glas de cet assemblage hétéroclite sans fondation solide et sans légitimité populaire.

  • Par vangog - 27/01/2017 - 12:14 - Signaler un abus Excepté les éternelles fatwas anti-partis-souverainistes...

    tout le reste est juste, et a été dénoncé, dès le début de l'Euro, par la plupart de ces partis souverainistes que vous haïssez! ces lanceurs d'alerte ont dénoncé le danger d'un Euromark surévalué pour les pays moins compétitifs d'Europe, le danger de manipulation de leurs monnaies par Américains et asiatiques, face à un euro rigide et bêtement vertueux, le danger de l'abandon de l'ECU, monnaie d'échange-étalon fluctuante, qui était parfaitement adaptée à l'UE, et aurait permis le ai rien des monnaies nationales, des souverainetés budgétaires et monétaires, indispensables pour amortir les différences de compétitivité...

  • Par Citoyen Ordinaire - 27/01/2017 - 23:27 - Signaler un abus Espérons !

    Qu'on en sorte ainsi que les pays en difficultés comme la Grèce ou l'Italie. L'Euro ne sert que l'Allemagne, drôle d'union européenne.... Et une même monnaie pour 28 pays si différents, même un enfant de CM2 peut comprendre que cela ne peut fonctionner.

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Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

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