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Islamo-fascisme et complaisance occidentale

Pourquoi l’Occident se montre-t-il si faible vis-à-vis de l’islamo-fascisme? Cette question taboue mérite quand même d’être posée à l’issue des dernières déclarations du président turc Erdogan à propos de Hitler.

Faiblesse occidentale

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Islamo-fascisme et complaisance occidentale

Ce texte a été publié initialement sur le site d'Eric Verhaeghe

Le président islamiste Erdogan ne s’embarrasse plus de fioritures et jette les masques: il vante les vertus du nazisme comme modèle d’inspiration politique durant ses conférences de presse.

"Dans un système unitaire [comme la Turquie], un système présidentiel peut parfaitement exister. Il y a actuellement des exemples dans le monde et aussi des exemples dans l’Histoire. Vous en verrez l’exemple dans l’Allemagne nazie."

Une phrase de ce type mise dans la bouche de n’importe quel homme politique français, et spécialement d’un responsable du Front national, vaudrait à son auteur des procès en cascade, des amendes colossales et des stigmatisations éternelles de la part des médias.

On se souvient ici des propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz comme "détails" de l’Histoire: des années après, le bonhomme est toujours sommé de s’expliquer sur le sujet.

Paradoxalement, quand un président islamiste adopte un discours directement "nazi", l’Occident se tait.

L’islamo-fascisme et les Etats-Unis

Dans le registre des silences, celui des dirigeants européens tient une place de choix. Ceux-ci viennent d’annoncer une reprise des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, et ont prévu de débloquer 7 milliards d’euros d’aide à la Turquie pour créer des camps où les réfugiés seront triés avant de pouvoir rentrer dans l’Union. Cette idée, largement poussée par l’Allemagne qui peut se revendiquer d’un grand savoir-faire traditionnel dans ce domaine, transforme de fait Erdogan en garde-frontières de l’Union et lui donne tous pouvoirs pour déclencher une nouvelle marée humaine vers l’Europe. Il est évidemment difficile d’avouer qu’un tel pacte est noué avec un admirateur d’Hitler.

Mais le silence le plus amusant reste celui de la presse américaine, qui a peu relayé les propos d’Erdogan et a surtout relayé les démentis de la présidence turque après ce dérapage verbal. C’est ainsi que le New York Times a directement titré :

"La Turquie dit que le commentaire d’Erdogan sur Hitler a été déformé!" Malheureusement, pour ce quotidien de référence, l’adresse URL de l’article montre bien que le titre d’origine était: "turkeys-erdogan-seeking-a-more-powerful-presidency-cites-hitlers-system" (La Turquie d’Erdogan à la recherche d’une présidence plus puissante se réfère au système hitlérien).

Le directeur de la publication sera passé par là pour adoucir un titre qui pourrait froisser l’allié turc.

L’islamo-fascisme en Turquie

Cette volonté occidentale de ne pas regarder en face la menace géopolitique qu’Erdogan fait peser sur l’Occident ne manque pas de surprendre. Le Président turc a beau enchaîner les pires méfaits, ses alliés de l’Otan ne disent rien, et même applaudissent des deux mains.

Depuis plusieurs mois, Erdogan a pourtant joué la carte de la provocation ouverte: arrestations de journalistes, voire emprisonnement ou assassinat d’opposants, attentat suspect durant une manifestation organisée par un parti kurde, répressions sévères de manifestations démocratiques, attaques en règle contre les symboles laïques du pays, rien n’y fait. Nous ne voulons rien voir, et nous refusons d’admettre que le dragon Erdogan est bien plus dangereux pour nos libertés que Bachar El-Assad.

Pire: la Turquie s’est récemment lancée dans une politique de répression farouche contre ses minorités kurdes que les médias subventionnés, en France, passent totalement sous silence. 50 civils en seraient morts pour le seul mois de décembre, mais ce bilan est sans doute plus lourd puisque ces villes sont sous couvre-feu depuis plusieurs semaines.

Pourquoi l’indignation de l’Occident est-elle forte lorsque le laïc Bachar El-Assad est accusé de bombarder des civils syriens, et quasi-nulle lorsque l’islamiste Erdogan pratique la même politique sur son propre peuple?

L’Occident est-il l’allié volontaire d’un bloc islamo-fasciste?

Les dangers présentés par Erdogan sont bien pires encore pour l’Occident. Tout laisse en effet à penser que la Turquie apporte un soutien logistique, voire beaucoup plus, aux terroristes de l’Etat Islamique qui combattent en Syrie.

Ce soutien est apparu à deux reprises.

D’une part, la Turquie abrite probablement les camps d’entraînement de Daesh et favorise ainsi l’efficacité militaire de l’Etat Islamique. Sur ce point, des propos régulièrement rapportés par des journalistes européens en reportage en Turquie laissent peu de doutes.

D’autre part, la Russie n’a jusqu’ici jamais été démentie lorsqu’elle a affirmé de façon répétée que laTurquie favorisait la vente et l’exportation du pétrole de Daesh. Cette protection accordée à l’Etat Islamique constitue un atout important pour la persistance de la menace terroriste.

Sur tous ces points, les dirigeants occidentaux se taisent et font semblant de ne rien voir. Quelques arrestations de terroristes donnent le change et permettent de dissimuler le double jeu d’Erdogan.

La Turquie, épine islamiste dans le pied occidental

On notera que le site Politico a consacré un article aux risques que la Turquie représente pour l’Occident. L’article examine les risques d’un conflit armé entre l’Otan et la Russie à cause de la Turquie. Il pose notamment cette question:

"Why are EU leaders tolerating the Turkish government going to war against the one group that has been successful at fighting ISIL on the ground?" (Pourquoi les leaders européens tolèrent-ils que le gouvernement turc fasse la guerre au seul groupe victorieux au sol dans la lutte contre DAESH?)

Voici une excellente question que nous pouvons, nous aussi, nous poser…

 
Commentaires

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  • Par lasenorita - 03/01/2016 - 14:09 - Signaler un abus Les ''têtes bien-pensantes'' de gauche.

    Les gauchistes qui s'exclamaient sur les propos de Le Pen trouvent ceux d'Erdogan et les actes des islamistes... ''normaux''...Nos ''têtes bien-pensantes'' tels B.H.L. etc ...qui criaient au scandale quand les Serbes ont voulu chasser de leur pays les musulmans...restent silencieuses quand ce sont des musulmans qui martyrisent des chrétiens et les chassent du pays où ces chrétiens sont installés depuis de très nombreuses générations...voir https://fr.news.yahoo.com/letat-islamique-%C3%A0-t%C3%AAte-v%C3%A9ritable-trafic-d-053502705.html

  • Par OLYTTEUS - 03/01/2016 - 17:24 - Signaler un abus Négation du risque.

    Il y a malheureusement une similitude entre l'entre deux guerres avec les pacifistes qui refusaient de voir la nocivité des nazis et nos gouvernants actuels dans le déni des menées d'Erdogan (qui arrivait en plein conseil européen avec un coran pour chaque participant!!!!). Leur christianophobie,corollaire à leur tolérance de l'islamisme, est effarante.Sarkozy,avec tous ses défauts,avait su prendre partie pour ces chrétiens d'Orient persécutés.

  • Par vangog - 04/01/2016 - 01:33 - Signaler un abus Les socialistes sont en plein syndrome munichois!

    Incapables de combattre ceux qui présentent les dangers fascistes les plus préoccupants pour l'avenir de l'Europe, ils favorisent la prise de pouvoir d'Erdogan, comme ils favorisaient l'ascension d'Hitler, par opportunisme et lâcheté. L'histoire est vouée à se répéter, lorsque les mêmes erreurs sont répétées... A propos, la Turquie abrite des camps de Daesch depuis longtemps et ce n'est pas "probablement". Si Flamby avait un minimum de suite dans les idees, il devrait bombarder les camps de son faux-allié car il sait où se trouvent ces camps...mais la dhimmitude est le quotidien de notre lâché Président!

  • Par Le gorille - 04/01/2016 - 01:34 - Signaler un abus La Turquie est bel et bien l'ennemie de l'Europe

    Merci Mr Verhaeghe de le rappeler à ceux qui ne l'ont pas encore compris... Mais ces derniers ne sont pas lecteurs d'Atlantico.

  • Par Olivier62 - 04/01/2016 - 10:29 - Signaler un abus La réponse à votre question

    Vous vous interrogez sur la complaisance, si ce n'est la complicité des politiciens occidentaux envers l'islamisme. Il y a deux raisons à cela : 1) une accessoire, liée à la corruption des politiciens par les monarchies pétrolières; 2) une fondamentale, et qui est que l'islamisation est utilisée comme moyen de destruction des identités des populations européennes de souche, dans le cadre des projets du mondialisme et du "grand remplacement". La complaisance totale envers l'Islam malgré les innombrables atrocités et actes terroristes qu'il suscite s'explique également par ces phénomènes. La "laïcité" tant vantée par la propagande en France, n'est qu'une arme de guerre contre la catholicisme, et nullement contre l'Islam, dont les autorités locales financent à tour de bras les mosquées.

  • Par Liberte1776 - 04/01/2016 - 20:02 - Signaler un abus Forcement, avec les Armeniens...

    Depuis le temps que l on s époumone a dénoncer le sultan islamiste, President d un pays qui nie toujours le genocide commis sur les Armeniens... Quand je pense a Chirac qui d un cote fait la repentance de la France suite au Vel d Hiv, mais militait activement pour l entree de la négationniste Turquie dans l Europe. Ont-ils un cerveau ces gens-la ? Leurs contradictions flagrantes sont difficilement explicables. A moins que le lobby économique, Renault en tete, mais aussi nombre de sociétés allemandes, tirent les véritables ficelles. Révoltant.

  • Par Gré - 04/01/2016 - 20:20 - Signaler un abus A la question : "Pourquoi

    A la question : "Pourquoi les leaders européens tolèrent-ils que le gouvernement turc fasse la guerre au seul groupe victorieux au sol dans la lutte contre DAESH?", je pense que l'on peut répondre : parce qu'Obama l'exige. Cet homme joue un rôle très trouble. Il semble bien qu'il veuille affaiblir la Russie en forçant l'Europe à entrer en guerre avec elle, et donc à nous empêcher de nous'unir contre l'EI. Ceci au profit de la Turquie qui continuerait à laisser passer les "réfugiés" de manière à encore plus nous affaiblir et nous islamiser, à soutenir l'EI contre Bachar Al-Assad, à écraser les Kurdes et à prendre le contrôle de la région. Nous avons oublié que le second prénom d'Obama est Hussein. J'ai bien peur que lui ne l'ait pas oublié.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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