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Invasion totale de l’Ukraine par la Russie : et si l’alerte lancée par le Président Porochenko n’avait rien de fantaisiste ?

Alors que le président ukrainien Petro Porochenko a déclaré à la télévision ce jeudi ne pas écarter l'hypothèse d'une invasion "à grande échelle" de l'Ukraine par la Russie, la situation est effectivement tendue dans la région, dans un contexte international très particulier.

Russian Power

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Invasion totale de l’Ukraine par la Russie : et si l’alerte lancée par le Président Porochenko n’avait rien de fantaisiste ?

Atlantico : Ce jeudi, le président ukrainien Petro Porochenko a jugé "très signifiante" la probabilité d'une escalade dans le conflit avec la Russie, n'écartant pas la possibilité d'une invasion russe "à grande échelle" en Ukraine. Comment juger cette affirmation faite dans un discours télévisé ? Repose-t-elle sur une réelle augmentation des tensions russo-ukrainiennes ?

Florent Parmentier : Le président ukrainien a effectivement mis en exergue les risques d’escalade du conflit, considérant possible une attaque à grande échelle de la Russie, traduisant une réelle inquiétude existant en Ukraine, mais aussi dans les pays Baltes ou en Pologne. Hélas, il faut constater qu’en dépit des accords de Minsk 2 de février 2015, les tensions n’ont jamais véritablement cessé, chaque semaine voyant s’allonger la liste des victimes. Face à une société ukrainienne épidermique sur le sujet des relations avec la Russie, le président Petro Porochenko doit avoir le verbe haut s’il ne souhaite pas être dépassé par des groupes ultra-nationalistes, marginaux dans l’opinion mais influents.

Les escarmouches actuelles risquent fort de continuer, mais une invasion russe "à grande échelle", allant par exemple jusqu’à Odessa, n’est pas le scénario le plus probable. En effet, la Russie est déjà très fortement engagée militairement sur le front syrien, avec la coopération renforcée de l’Iran. Elle a entrepris un rapprochement diplomatique large avec la Turquie depuis le coup d’Etat, il est donc douteux qu’elle trouve à présent les ressources et l’envie de mobiliser de nouvelles troupes pour faire tomber le port de Marioupol et autres points critiques de l’Ukraine. Même dans les régions russophones, les troupes russes ne seront pas accueillies comme des libérateurs. En outre, même en l’absence d’action militaire, la Russie réussit à imposer son rapport de force à l’Ukraine : elle montre aux investisseurs étrangers et aux partenaires de cette dernière que la situation y reste fragile.

On peut donc imaginer que la victime collatérale des tensions actuelles ne sera pas la souveraineté de l’Ukraine, mais les négociations selon le format dit "Normandie", rassemblant la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie.

Alors que l'attention médiatique et politique des puissances occidentales s'est quelque peu détournée du conflit ukrainien depuis plusieurs mois et l'intensification de la lutte contre le terrorisme djihadiste, cet appel du Président Poroshenko peut-il susciter selon vous une réaction de la part des alliés de l'Ukraine (Etats-Unis, UE, Otan…), une réaction autre que de simples déclarations de principe ?

Il est évident que la situation en Ukraine est moins au centre de l’actualité que les conflits du Moyen-Orient, à tout le moins en ce qui concerne l’Europe de l’Ouest. Il faut en effet se souvenir que le ministre des Affaires étrangères polonais, voyant ses partenaires européens se désintéresser du sort de l’Ukraine, n’a pas hésité à dire lors d’une conférence sur la sécurité en avril 2016 que la Russie constituait une plus grande menace que Daech ou les migrants. L’attention ne s’est donc pas détournée de l’Ukraine de manière uniforme en Europe.

Aussi, la réaction du président ukrainien peut s’expliquer par le fait que la question de la pertinence des sanctions commence à se poser aujourd’hui de manière cruciale en Europe. Les retirer sans contreparties serait pour les Européens faire preuve de faiblesse aux yeux des dirigeants russes, et ne serait pas acceptée par la société ukrainienne. Mais en l’absence de perspectives de sortie des sanctions, le risque est de s’enfermer dans une posture d’hostilité et de confrontation qui n’a pas prouvé son efficacité. Après d’autres personnalités politiques de haut rang en Europe, le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson a récemment appelé à normaliser les relations du Royaume-Uni avec la Russie.

 
Commentaires

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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 19/08/2016 - 11:31 - Signaler un abus Et pourquoi pas..?

    Si les USA par l'intermédiaire de l'OTAN n'avaient pas inventé ce conflit pour isoler la Russie de l'Europe, le problème ne se poserait pas. L'Ukraine et ses dirigeants mafieux seraient toujours dans l'aire d'influence Russe et les relations entre Poutine et l'Europe ne s'en porteraient que mieux.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 19/08/2016 - 11:31 - Signaler un abus Et pourquoi pas..?

    Si les USA par l'intermédiaire de l'OTAN n'avaient pas inventé ce conflit pour isoler la Russie de l'Europe, le problème ne se poserait pas. L'Ukraine et ses dirigeants mafieux seraient toujours dans l'aire d'influence Russe et les relations entre Poutine et l'Europe ne s'en porteraient que mieux.

  • Par J'accuse - 19/08/2016 - 11:50 - Signaler un abus Lâchons (du) l'Est.

    Qu'un dirigeant de l'Est affirme que la Russie est plus dangereuse que Daech, montre à quel point ces pays sont déconnectés du réel et des peuples de l'Ouest. J'attends avec impatience que l'UE et les États-Unis lâchent l'Ukraine, qui n'est qu'un boulet, et si ça ne plaît pas aux Polonais, hé bien ... tant mieux.

  • Par cloette - 19/08/2016 - 14:42 - Signaler un abus Porchenko

    Est il crédible ? Il peut dire ce qu'il veut ou ce " qu'on veut " ....

  • Par zouk - 19/08/2016 - 16:46 - Signaler un abus invasion russe de l'UKraine ou pays baltes ou Pologne

    Probablement pas tous à la fois, mais technique du salami, et bien sûr l'Otan se contentera de tapes sur les doigts. J'accuse a parfaitement tort: c'est une vraie menace même pour les pays de l'Ouest européen.... plus tard

  • Par Anguerrand - 19/08/2016 - 17:09 - Signaler un abus Poutine veut reconstituer l'empire russe

    L'ex URSS, apres la Crimée envahie en pour avoir accès à la mer noire, il a tenté d'envahir la Géorgie, et sans l'intervention de NS ( àlors president de l'UE) ce pays serait déjà annexé. De même pour l'Ukraine, sans réaction de l'Europe elle le serait egalement il doit meme s'unir avec Erdogan ( il déteste pourtant l'islam ) . Quand à la Pologne et les états Baltes, ils ne se laisseront pas faire avec l'aide de L'OTAN que Poutine déteste du fait de sa puissance de frappe. Les Polonais n'oublieront jamais la boucherie que Staline a ordonné contre l'armée polonaise. Idem pour les pays Baltes qui ne veulent absolument pas des Russes même si une part de leur population est d'origine russe. L'Ukraine mafieuses, que l'on me cite les pays non mafieux dans le monde y compris l'équipe Hollande.

  • Par A M A - 19/08/2016 - 17:41 - Signaler un abus Et si les Russes

    Et si les Russes envahissaient l'Ukraine, que ferait l'OTAN? S'arrêteraient-ils avant Lublin? La meilleure réponse US pour l'Europe de l'Ouest : Trump ou Clinton?

  • Par cloette - 19/08/2016 - 18:59 - Signaler un abus Poutine

    Â certainement autre chose à foutre que d'envahir des pays comme l'Ukraine , cela ne vient semble t il a l'idée de personne !

  • Par Deudeuche - 19/08/2016 - 19:06 - Signaler un abus Poutine veut son corridor

    vers la Crimée, et Merkel en bonne disciple de l'apaisement moyennant finance le lui achètera. L'Ukraine de Porochenko est ruinée.

  • Par cloette - 19/08/2016 - 21:24 - Signaler un abus En effet

    J'ai regardé un atlas mais un tout petit bout de mer seulement sépare la Crimèe de la frontière russe

  • Par Eolian - 20/08/2016 - 16:02 - Signaler un abus C'est pas

    bientôt fini la propagande amerloque et otanesque? mélangée à un poil de "bhlien"?

  • Par Anguerrand - 20/08/2016 - 16:29 - Signaler un abus A Eolian

    Connaissez vus vraiment l'OTAN ? Vous ne ne connaissez pas les armes et les armées qu'elle peut mobiliser, meme Poutine les redoutent. Un jour nous en auront peut être besoin avec une armée très bien formée mais du matériel usé jusqu'a la corde. Nous avons déjà eu besoin 2 fois des forces allées durant le siècle passé. Nous n'avons qu'un porte avion qui doit régulièrement passer en révision pour des mois. Meme pas un second pour suppléer au Charles de Gaulle. Si l'OTAN n'était pas en mer de Chine, il y a longtemps que la Chine aurait envahi les pays autour en créant des îles artificielles pour y creer des bases et agrandir ses eaux territoriales .sans l'OTAN nous n'aurions pas un bouclier militaire solide. Longue vie à l'OTAN !

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Florent Parmentier

Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective et est vice-président de Global Variations, un think tank travaillant sur les effets géostratégiques des innovations disruptives.

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

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