Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 20 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Hollande propose, elle dispose : Angela Merkel assume-t-elle désormais sans faux semblants la domination allemande sur l’Europe ?

Alors que François Hollande veut voir le Brexit comme une opportunité pour relancer l'Europe, Angela Merkel semble s'y opposer en indiquant que plus d'Europe consisterait à faire le jeu des eurosceptiques.

Ce que femme veut

Publié le - Mis à jour le 8 Juillet 2016
Hollande propose, elle dispose : Angela Merkel assume-t-elle désormais sans faux semblants la domination allemande sur l’Europe ?

Alors que François Hollande veut voir le Brexit comme une opportunité pour relancer l'Europe, Angela Merkel semble s'opposer à une telle vision en indiquant que plus d'Europe serait faire le jeu des eurosceptiques. Dans le même temps, le Sunday Times révélait qu'un ministre allemand, anonyme, indiquait qu'Angela Merkel chercherait à obtenir la démission de Jean Claude Juncker. Selon ces derniers signes, peut-on en déduire que le "lead" allemand s'impose de plus en plus à l'Europe, et ce, avec de moins en moins de "discrétion" ?

Romaric Godin : Oui, cela fait six ans que l'Allemagne s'impose de plus en plus clairement sur la scène européenne. A chaque nouvelle crise, un palier est franchi, le dernier étant le Brexit. Mais ce qu'il est intéressant de comprendre, c'est ce que l'Allemagne souhaite faire de ce pouvoir acquis au fil des ans.

Se pose aujourd'hui la question de la réponse à apporter à la sortie du Royaume-Uni de l'Europe. Clairement, deux positions s'opposent côté européen, positions que l'on retrouve aussi en Allemagne. Celle tout d'abord d'une intégration plus forte des pays membres de l'Europe, et notamment ceux de la zone euro. Il est par exemple envisagé de créer un premier cercle d'intégration, très poussé, qui serait le pendant des règles budgétaires actuelles. C'est une position portée notamment par la France et l'Italie, mais aussi les sociaux-démocrates allemands puisqu'elle avait été appuyée par Jean-Marc Ayrault et Franck-Walter Steinmeier le dimanche qui a suivi le Brexit. Cette proposition, qui a été discutée pendant le sommet du 28 et 29 juin, est la première proposition.

La deuxième est celle de Wolfgang Schaüble, chantre de l'ordo-libéralisme, qui souhaite utiliser le Brexit pour renforcer le contrôle budgétaire au niveau central et ne rien faire d'autre. Il souhaite une réforme de la zone euro en renforçant la "stabilité" financière, notamment via un contrôle automatique : qu'un pays sorte des règles et il serait immédiatement sanctionné. Une vision logique du point de vue de l'ordo-libéralisme allemand, mais aussi un économisme très juridique.

Entre les deux visions, il y a Angela Merkel qui envoie des messages par rumeurs de presse, dont celle contre Jean-Claude Juncker. Et le démenti qu'elle a prononcé lundi 4 juillet au soir signifie qu'elle est davantage du côté de Wolfgang Schaüble, ou du moins qu'elle l'utilise pour envoyer un message aux pays du Sud : "si vous allez trop loin dans vos propositions d'intégration, j'aurais une contre-proposition. Le mieux serait donc d’aménager l'existant". Ce qui correspond à sauver le statu quo, et ne rien faire. Il faut bien comprendre que Mme Merkel considère aujourd'hui que la structure de l'Europe est optimale, qu'il n'y a pas de besoin de la réformer ou de l'améliorer, qu'il suffit juste de l'adapter au moment, c'est-à-dire à la sortie du Royaume-Uni.

Ce statu quo est d'ailleurs la position qu'elle défend depuis plusieurs années, on l'avait vu à l'occasion de la crise grecque alors que les sociaux-démocrates allemands, François Hollande et Matteo Renzi poussaient pour une plus grande intégration de la zone euro, et donc plus de solidarité. Proposition qui est devenue une ligne rouge dans les négociations. Dès le lendemain du Brexit, la CDU a d'ailleurs refusé toute avancée dans ce sens.

Tout ceux qui pensent donc que le Brexit sera l'occasion d'aller vers plus de fédéralisme se trompent car l'Allemagne n'est pas du tout prête à aller dans ce sens.

Christophe Bouillaud : On peut en tout cas dire que la diffusion de ce genre de rumeurs autour de la stratégie allemande au lendemain du Brexit traduit l’importance qu’a prise au fil des années l’exécutif allemand dans le dispositif décisionnel européen. Je reste toutefois très dubitatif face à cette source anonyme du Sunday Times. En effet, Angela Merkel n’a pas fait obstacle à la candidature de Juncker à la tête de la Commission européenne, loin de là, et surtout, même si Angela Merkel et Jean-Claude Juncker peuvent avoir des divergences de stratégie, je vois mal Merkel ouvrir de sa propre volonté une crise de succession à la tête de la Commission. Cela serait assez incohérent avec sa bien visible volonté de temporiser, de laisser du temps au temps, de voir comment les choses vont évoluer outre-Manche.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par toupoilu - 05/07/2016 - 06:56 - Signaler un abus A mon avis, pour les français,

    Il n'y a que deux options, plus d'intégration, ou le frexit (ou une solution approchante). Angela est, elle, pour le statu quo, et on comprend bien pourquoi: elle ne veut pas payer. Elle joue la clairement sa partition nationale. Pourtant (en tout cas du point de vue des fédéralistes), la contrepartie naturel de ce qu'elle gagne en partageant une monnaie avec des pays plus faibles, serait qu'un budget fédéral compense l'hémorragie humaine et industrielle qu'ils subissent. Pour nous, le statu quo est clairement néfaste, sans compter qu'il ne résout pas le statut bâtard de la monnaie (une monnaie unique pour des économies divergentes), et donc que les crises reviendront. Malgré la crise (réelle) que ça provoquera, il est temps de sortir (au moins de l'euro) et de jouer à nouveau notre jeux propre.

  • Par sapiensse - 05/07/2016 - 07:22 - Signaler un abus je me demande

    En regardant la photo de Hollande discutant avec Merkel de façon improvisée, je me demande en quelle langue ils discutent.. je n'ai pas le sentiment que Hollande parle Allemand, donc c'est Merkel qui parle Français... Ah oui , c'est ça, ça fait partie de la stratégie de domination de l'Allemagne sur l'Europe. C'est le Grand Complot des Allemands contre l'Europe ( bon je précise tout de même que c'est du second degré...)

  • Par Anguerrand - 05/07/2016 - 07:41 - Signaler un abus Énarques peut être mais

    Cette école " d'excellence" n'apprend même pas l'anglais langue que tous les politiques étrangers connaît. C'est la première question que l'on devrait poser aux candidats. Hollande aurait pu apprendre cette langue durant les 4 ans. J'ai une vidéo, dans une réunion, où un chef d'état sort une blague et tout le monde ( une trentaine) éclate de rire, sauf ...Hollande bien sûr qui attend la traduction. Ce type c'est la honte de la France, et s'il n'y avait que ça ! L'ena ne devrait pas accepter les sortants qui ne parlent pas anglais couramment.

  • Par Ganesha - 05/07/2016 - 08:38 - Signaler un abus Ceinture d'explosifs

    Une fois de plus, comme depuis le début de son mandat, François Hollande se conduit comme un pantin écervelé qui défend les positions les plus absurdes. L'erreur, c'est de le prendre au premier degré, de croire que notre président pense vraiment ce qu'il dit. En fait, Hollande nous joue un rôle : celui du djihadiste qui, avec sa ceinture d'explosifs, va hurler AllahuAkbar, appuyer sur le bouton du 49.3, et enfin détruire l'Europe et le Capitalisme libéral qui oppressent notre continent depuis 35 ans. Ce qui est inquiétant, ce sont les lecteurs d'Atlantico qui écrivent : en 2017, nous allons élire François Fillon et c'est ce chef génial et visionnaire qui va reconstruire une Europe nouvelle avec Angela Merkel !

  • Par Deudeuche - 05/07/2016 - 08:57 - Signaler un abus @Ganesha

    c'est dur la contradiction, et tellement mieux lorsque tout le monde est d'accord avec sois même! Le rêve serait donc un Hollande bien socialiste-grand soir votre solution préférée, socialiste trotskiste un jour, anarchiste toujours. Pas la peine de se déguiser en fronteux national par pure conviction arc-en-ciel!

  • Par Deneziere - 05/07/2016 - 08:59 - Signaler un abus Merkel ? Vous feriez la même chose à sa place...

    Sa position est de bon sens. 1 - Une seule crise à la fois. Ce n'est pas la peine de débattre sur une réforme de l'UE et démarrer une crise sur le continent quand on rentre à peine dans celle du Brexit et 2 - Pourquoi prendre un risque politique intérieur en faisant plaisir aux présidents français et italiens, sachant qu'il faudra tout recommencer avec leurs successeurs dans un an, voire avant ? Les questions de fond sur l'Europe seront de toute façon posées par les négo anglaises, lesquelles dépendront de leur nouveau premier ministre. Ce n'est pas Merkel qui domine, ce sont les agendas intérieurs combinés de l'Angleterre, de la France, de l'Italie et de l'Allemagne. Donc, arrêtons la merkelo-phobie. C'est le seul chef d'état européen actuel qui tienne la route.

  • Par Ganesha - 05/07/2016 - 09:44 - Signaler un abus Alternatives et Progrès

    Deudeuche, il faut vous ouvrir l'esprit, reprendre confiance dans le progrès, l'intelligence de l'espèce humaine. Il y a d'autres alternatives que la Peste ou le Choléra. Lorsque le Capitalisme aura rejoint le Communisme dans les poubelles de l'Histoire, un système entièrement nouveau apparaitra ! Ce ne sera pas encore la perfection absolue, il y aura encore des inconvénients, mais je crois que nos enfants vivront nettement mieux que les ''Trente Cinq Piteuses'' que nous venons de subir. L'imprimerie a remplacé les scribes. La révolte des canuts de Lyon a échoué. Les bateaux à voile et les chevaux de poste ont été remplacés par d'autres moyens de transport. Dois-je continuer ? Sortez de votre réfrigérateur, Néandertal, les mammouths et l’Ère glacière, c'est terminé !

  • Par vangog - 05/07/2016 - 09:52 - Signaler un abus Lorsqu'arrivera Marine Le Pen, ça va changer...vraiment!

    et la chancelière et son chancelier du vice Flamby ne se répartiront plus les taches, comme ils le font actuellement, la suggestion molle pour flamby, la décision pour Merkel...

  • Par ikaris - 05/07/2016 - 10:38 - Signaler un abus Assez bonne interview

    on ne parle pas trop d'idéologie et ça me semble plutôt pas mal pour résumer les points en présence. Par contre à chaque fois que l'on parle du "plus d'intégration" qui serait voulu par le Hollande on n'explique jamais vraiment ce que que c'est : on en reste à la séduction des jolis mots creux et séduisants mais ça serait bien qu'on nous donne des exemple concrets

  • Par zouk - 05/07/2016 - 12:26 - Signaler un abus Futur européen

    Fr. Hollande est et reste l'adepte convaincu de double langage voire du double jeu. Quant aux intentions réelles de A. Merkel, qui peut fonder une conviction sur des rumeurs? Ceci dit nous ferions bien de mettre notre budget en ordre, cela faciliterait certainement nos rapports avec l'Allemagne, surtout si nous sommes alors rejoints par l'Italie, la Belgique et le Luxembourg. Les Pays bas semblent pencher plus du côté allemand, il n'en rets pas moins qu'un renforcement de la gouvernance européenne est indispensable, dont le premier pas serait la mise en ordre de nos finances publiques. C'est un point charnière pour l'Allemagne.

  • Par chamouton - 05/07/2016 - 12:58 - Signaler un abus Réconcilier UE et peuples

    Pour réconcilier projet et peuples européens, Fillon propose 2 pistes d'action : Tout d'abord finaliser la création de l'euro par une harmonisation et une gouvernance, ce qui fera de cette monnaie, une référence, au même titre que le dollar. Ensuite recentrer l'Union Européenne sur les priorités stratégiques et laisser le reste sous la responsabilité de chaque nation. Je suis d'accord avec Deneziere qui dit " Une seule crise à la fois. Ce n'est pas la peine de débattre sur une réforme de l'UE et démarrer une crise sur le continent quand on rentre à peine dans celle du Brexit".

  • Par Deudeuche - 05/07/2016 - 14:17 - Signaler un abus @Ganesha

    les poubelles de l'histoire sont pleines de visionnaires hurluberlus, franchement il faut sortir de sa ville et de ses copains post-modernes et parler avec ceux qui votent comme vous! Progrès n'est pas synonyme de décadence. Le paganisme antique a bien été remplacé par le judéo-christianisme! Néanderthal a même été remplacé par Homo Sapiens! Un peu d'effort vers le sens moral et non que le nombril ou la zone adjacente.

  • Par lasenorita - 05/07/2016 - 14:18 - Signaler un abus Le toutou de Merkel.

    TOUMOU est incapable de prendre une décision: il fait ''un pas en arrière et un pas en avant''...Merkel le ''mène par le bout du nez''..et TOUT le peuple français doit subir les conséquences néfastes d'avoir un président qui ne sait pas se qu'il veut, qui n'a pas de courage et pas d'idée...Hollandouille se dépêche de caser tous ses ''copains'' dans des postes-clés,telle Agnès Saal, avant la débâcle de 2017...il dépense ''sans compter'' les sous des contribuables français...voir http://challenges.fr/challenges-soir/20160628.CHA1245/la-facture-des-cadeaux-de-hollande-inquiete-la-cour-des-comptes.html?utm_source=outbrain&utm_medium=widget&utm_campaign=obclick&obref=obinsource et voir http://fr.finance.yahoo.com/actualites/agn%C3%A8s-saal-r%C3%A9int%C3%A8gre-minist%C3%A8re-culture-123541300.html Les gauchistes se disent: ''Après moi, le déluge''...celui qui succèdera à Hollande en 2017,sera obligé, lui, de SAVOIR COMPTER..et ce sera ''l'austérité'' pour les ''vrais'' Français de la classe moyenne... encore une fois!...

  • Par toupoilu - 05/07/2016 - 20:30 - Signaler un abus "Il faut bien comprendre

    Que Mme Merkel considère aujourd'hui que la structure de l'Europe est optimale" est la phrase principale de cet article. Sauf qu'elle n'est pas optimale pour nous. Le probleme ce n'est pas Hollande, c'est elle. Si on se met dans la peau d'un fédéraliste, l'euro serait une monnaie viable pour tous, s'il y avait des transferts compensatoires via un budget européen (c'est ça, un pays). Sans, c'est juste une punition. Le milieu du gué, c'est la continuation du pompage des ressources humaines et industrielles des pays du sud au profit de l'Allemagne. Comme rien n’empêche jamais le mouvement, et que Merkel bloque égoïstement la sortie fédéraliste, la route va se dégager pour un désengagement de l'euro.

  • Par clint - 05/07/2016 - 21:30 - Signaler un abus TIME dossier sur le Brexit : édifiant sur le rôle de la France !

    A part l'avenir du RU il est clair que les négociations sur le sujet de la commission européenne se feront avec Merkel, seul chef de gouvernement cité. Si ils parlent aussi de MLP qui mobilise en Europe contre l' Europe : au moins ça permettra aux entreprises étrangères de connaitre ce qui les attend si elles viennent en France ! Hollande a complètement abandonné le leadership de la France en Europe !

  • Par Gré - 05/07/2016 - 22:18 - Signaler un abus Une des raisons du Brexit, et

    Une des raisons du Brexit, et spécialement du vote des personnes âgées, c'est justement la domination allemande sur l'UE. Ceux qui ont fait la guerre n'apprécient pas de voir l'Allemagne mener la danse en UE et imposer avec arrogance sa politique, notamment migratoire vue par beaucoup comme une invasion. On peut comprendre !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Romaric Godin

Romaric Godin est journaliste financier. Ancien correspondant à Francfort pour La Tribune, il en est actuellement le rédacteur en chef adjoint.

Voir la bio en entier

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€