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Fractures internes liées au putsch turc, attaque à la hache, viols de Cologne : quel est réellement le niveau de tension de la société allemande ?

Crise migratoire, agressions à Cologne lors du Nouvel An, attaque djihadiste dans un train... La société allemande est aujourd'hui en proie à une certaine tension depuis plusieurs mois. Par ailleurs, alors qu'une forte minorité turque vit dans le pays, la tentative de coup d'Etat contre le président Erdogan pourrait également avoir des répercussions outre-Rhin.

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Fractures internes liées au putsch turc, attaque à la hache, viols de Cologne : quel est réellement le niveau de tension de la société allemande ?

Atlantico : L'Allemagne est en proie à de multiples tensions. La crise migratoire, les agressions à Cologne, l'attaque revendiquée par l'Etat Islamique d'un jeune Afghan dans un train… Autant d'événements qui ont des incidences sur la société allemande. Face à ces multiples défis, quel est le niveau de tension de la société allemande ?

Stephan Martens : Il faut d’abord se rappeler du mantra de la chancelière Angela Merkel sur l’intégration des réfugiés : "Wir schaffen das !" (Nous allons y arriver !). C’était il y a près d’un an et malgré les manifestations du mouvement Pegida (acronyme allemand de "Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident"), créé en 2014 à Dresde, la population, dans son ensemble, était confiante, car l’Allemagne est un pays d’immigration – ce principe n’est plus remis en cause par aucun parti politique, à l’exception de mouvements extrémistes de droite.

Depuis les agressions de Cologne, dans la nuit du 31 décembre 2015, les Allemands ont cependant pris acte des limites de cette Willkommenskultur (politique d’accueil) à l’égard du 1,1 million de demandeurs d’asile (2015). Même pour un intellectuel comme l’historien Heinrich August Winkler, le Sonderweg (voie spécifique) de la chancelière en matière de politique des réfugiés est un échec. Selon lui, dans un article paru dans Die Zeit du 24 avril dernier, il n’y a pas de monopole moral allemand, faisant allusion ici à cette maladie allemande, ce besoin de triturer l’Histoire, parce qu’au fond les Allemands pensent qu’ils peuvent aller plus loin que tout le monde pour le meilleur et pour le pire. Selon un sondage publié par la Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 19 juillet dernier, près de 62% des élites politiques et économiques allemandes, très favorables à la politique d’ouverture en septembre 2015, veulent désormais une politique migratoire plus restrictive.

Il reste que des sondages récents font apparaître qu’il n’y a pas de positionnement hostile a priori de la part d’une large majorité d’Allemands vis-à-vis des réfugiés politiques musulmans. Il ne faut pas oublier qu’économiquement, à l’inverse de la France et d’autres pays du Sud ou de l’Est, l’Allemagne va bien et les Allemands veulent surtout que cet état perdure : en fait, ils ne veulent pas de changements majeurs, ni à travers une européanisation trop poussée, ni à travers des immigrés qui refuseraient les fondements politico-culturels de cette nouvelle Allemagne décomplexée et plus détendue.

Depuis le début de la crise migratoire, plusieurs actes hostiles ainsi que des manifestations anti-immigrés ont éclaté en Allemagne. Malgré ces actes malveillants, comment l'Allemagne peut-elle parvenir à assurer une cohésion nationale ? Quel pourrait être son seuil de tolérance ?

La police criminelle (BKA) a enregistré, au premier trimestre 2016, 347 délits, dont trois tentatives de meurtre, 37 incendies et 23 agressions corporelles. Des bénévoles, des responsables politiques et des journalistes ont aussi été pris pour cibles. Mais le nombre d’extrémistes de droite (au sein du NPD, Dritter Weg ou Die Rechte) est passé de 50 000 en 2000 à 22 000 en 2016. Le parti AfD (Alternative pour l’Allemagne), créé en 2013, perçu comme un parti national-populiste, n’est pas classé parmi les partis d’extrême-droite et il n’est donc pas surveillé par l’Office fédéral de protection de la Constitution.

Il faut bien savoir que l’histoire récente est un levier essentiel et puissant pour contrer toute velléité de dérive extrémiste. L’AfD pourrait se discréditer dans le débat public en recourant à des messages à connotation xénophobe et à des déclarations provocatrices, comme l’ont fait des partis d’extrême-droite dans le passé (NPD, DVU ou Die Republikaner). Les propos à caractère raciste tenus par un dirigeant de l’AfD contre le joueur de football noir allemand Jérôme Boadeng, juste avant le début du championnat d’Europe en France, ont été vivement critiqués par l’ensemble de la classe politique et de l’opinion publique. Tout un symbole : le 11 mai dernier c’est Mutherem Aras, du parti Les Verts, d’origine turque et musulmane, qui a été élue dans le Bade-Wurtemberg présidente du parlement régional, une première. Alors que cette fonction devait normalement revenir à un membre de l’AfD, tous les autres partis représentés au parlement régional s’y sont opposés. Il y a eu un réflexe "front républicain" marqué.

Le gouvernement fédéral n’a pas seulement durci la politique à l’égard de l’arrivée massive de réfugiés sur le territoire. Sur sa proposition, le Bundestag a également adopté le 7 juillet dernier une loi sans précédent dans le pays encadrant l’intégration des réfugiés, leurs droits et leurs devoirs. L’Allemagne n’attribuera pas de droit de séjour durable aux réfugiés qui ne feraient pas suffisamment d’efforts pour s’intégrer, notamment par l’apprentissage de la langue allemande. Le texte comporte aussi un volet dédié à l’emploi des réfugiés pour faciliter leur embauche. C’est un texte indispensable, car pendant des décennies les responsables politiques, conservateurs de la CDU/CSU (chrétiens-démocrates et chrétiens-sociaux bavarois) en premier lieu, ne percevant pas l’Allemagne comme terre d’immigration, accueillaient les immigrés en tant que Gastarbeiter (travailleurs invités), censés repartir un jour, sans développer une quelconque politique d’intégration. Il s’agit désormais pour les acteurs politiques et économiques allemands de signifier l’intérêt de l’arrivée d’immigrés ou de réfugiés pour un pays où la démographie déclinante et vieillissante constitue le principal défi socio-économique pour les années à venir.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 22/07/2016 - 10:04 - Signaler un abus Discrimination positive?

    "Le texte comporte aussi un volet dédié à l’emploi des réfugiés pour faciliter leur embauche"... Pour l'Allemagne, tout va très vite et ce qu'elle vit ressemble à un condensé en quelques années des quarante années d'immigrationnisme français. Le retour de bâton sera d'autant plus rapide. Car les Allemands prétextent les mêmes mauvaises raisons que les Francais pour pomper les forces vives de ces pays qui auraient besoin plus que tout de les conserver... Et le fait pour l'Allemagne, d'avoir privilégié une immigration Turco-Syrienne, moins avide d'aides sociales, plus laborieuse et plus respectueuse du droit que notre immigration maroco-algerienne, ne changera rien au problème de fond: le choc mortel de deux civilisations musulmanes et occidentales qui se produira fatalement sur le sol de la plus aveugle des institutions, l'UE!

  • Par Pig - 22/07/2016 - 10:47 - Signaler un abus Putsch

    Je ne comprends pas pourquoi on parle sans cesse de putsch raté en Turquie alors que le putsch qu'est en train de réaliser Erdogan est particulièrement réussi !

  • Par langue de pivert - 22/07/2016 - 11:30 - Signaler un abus La crème et la lie !

    §§§ L’Allemagne n’attribuera pas de droit de séjour durable aux réfugiés qui ne feraient pas suffisamment d’efforts pour s’intégrer, notamment par l’apprentissage de la langue allemande. §§§ J’évoquais déjà l'efficacité des "équipes de recruteurs" Allemands il y a un an ! Quand l’Allemagne aura fait le plein de ses besoins avec des réfugiés biens formés et à forte capacité d'intégration où ira la merde ? Là aussi j'avais ma petite idée !

  • Par Camtom - 22/07/2016 - 13:34 - Signaler un abus Ça va leur peter à la face

    Ça va leur peter à la face aussi! Ce qui est dingue c'est qu'elle ait, toute seule, laissé le sort de l'Europe face aux migrants dans les mains d'Erdogan, c'est lui qui tient le robinet...

  • Par winnie - 22/07/2016 - 15:04 - Signaler un abus C'est evident....

    que ce n est pas le toutou Hollande qui contredira Merckel,puisqu'iln'a aucune conviction et aucune vision politique.

  • Par vangog - 22/07/2016 - 21:34 - Signaler un abus Six morts dans un centre commercial à Munich!

    Apres un atteint à la hache revendiqué par le groupe EI en Bavière, l'Allemagne affronte finalement les conséquences de l'immigration d'un million de réfugiés, contenant une "certaine" proportion de jihadistes. Ceci était prévisible, mais Merkel fait partie de ces bécasses droidelhommistes qui accueillent les clandestins avec des bonbons et des bisous...les réfugiés les leurs rendent bien! Mortelles pour un pays, ces bécasses!

  • Par emem - 22/07/2016 - 22:13 - Signaler un abus Ça y est !

    Ça y est. Çà leur a pété à la face.

  • Par emem - 22/07/2016 - 22:13 - Signaler un abus Ça y est !

    Ça y est. Çà leur a pété à la face.

  • Par nosbrasvengeurs - 23/07/2016 - 22:50 - Signaler un abus Martens, francophile ? Laissez-moi rire !

    En 2002, dans la conclusion de son ouvrage « Allemagne, la nouvelle puissance européenne », il écrivait que « le pilier franco-allemand reste la pièce maîtresse d’un dispositif visant à réussir à la fois l’approfondissement et l’élargissement de l’UE, et qui ne pourra se passer de la mise en place de structures exécutives à coloration fédérale ». Mais la moitié allemande veut le pilier pour elle seule. Martens : « L’Allemagne est prête à couper le cordon ombilical qui la lie aux Etats-Unis, à condition que la France se défasse du mythe (sic) d’une voix française particulière dans le monde. » (p184-185). Les mots ont un sens. Couper le cordon ombilical, c’est vivre de sa vie à soi. Ne plus avoir de voix particulière, c’est être mort. Pour que l’Allemagne puisse vivre, la France devrait donc mourir.

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Stephan Martens

Stephan Martens est professeur de civilisation allemande à l'université de Cergy-Pontoise. Il enseigne la culture et l’histoire germaniques aux étudiants français depuis près de vingt ans. Il a été recteur de l’académie de la Guadeloupe entre 2011 et 2014 et a fondé l’Académie franco-allemande des relations internationales de Bordeaux, qu'il préside depuis 2010. Il a publié près de 70 publications académiques et écrit ou dirigé un dizaine d’ouvrages au cours de sa carrière. Francophone et francophile, il a publié avec son ami et ancien ambassadeur de France Philippe Gustin, France-Allemagne. Relancer le moteur de l’Europe (Paris, Éditions Lemieux, 2016).

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