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Fin du gagnant-gagnant : comment le capitalisme des sociopathes en est venu à régner sur le monde

La vision du capitalisme portée par des personnalités comme Donald Trump, selon laquelle chaque négociation se fait au détriment d'une des parties, est aujourd'hui prédominante. En rupture avec celle qui prévalait jusqu'à Milton Friedmann, elle répond aux craintes exprimées par les peuples.

Victoire par KO

Publié le - Mis à jour le 9 Décembre 2016
Fin du gagnant-gagnant : comment le capitalisme des sociopathes en est venu à régner sur le monde

Peut-on tous gagner gagner au grand jeu du capitalisme débridé ? Crédit Reuters

Atlantico : La récente élection de Donald Trump marque l'entrée, pour la diplomatie et l'économie des Etats-Unis au moins, dans une nouvelle perception du commerce international et national : les échanges ne se font plus tant avec les partenaires qu'à leur détriment. Dans quelle mesure l'avènement du candidat républicain à la présidence peut-il cimenter cette nouvelle vision du capitalisme selon-vous ? Les résistances que rencontrent les différents traités de libre-échange au sein des populations ne participent-elles pas de ce phénomène ?

Jean-Marc Siröen : Donald Trump reprend le vieux discours mercantiliste du nationalisme économique selon lequel le commerce est nécessairement un jeu gagnant-perdant. Déjà, au début du XVIIème siècle, le poète et économiste français, Antoine de Montchrestien, considérait que dans le commerce "Nous faisons autant de perte que l’étranger fait de gain". C’est contre cette vision qu’ont réagi les philosophes des Lumières et les économistes qualifiés par la suite de "libéraux" comme David Hume, Adam Smith ou David Ricardo qui considéraient, au contraire, que l’échange profitait à l’ensemble des parties dès lors qu’il était librement consenti.

Le slogan de campagne "Make America Great Again" propose moins un objectif qu’une condition pour imposer aux autres pays un commerce qui ne serait favorable qu’aux Etats-Unis dans une forme d’impérialisme qui, l’Histoire l’a montré, n’est pas incompatible avec l’isolationnisme. Le principal obstacle que rencontrera Donald Trump sera … le Parti républicain qui est devenu très majoritairement favorable au libre-échange, sans pour autant, il est vrai, avoir totalement éradiqué la tradition protectionniste qui fut la sienne jusqu’au milieu du XXème siècle, et que Donald Trump pourrait tenter de réanimer. Il reprend, en effet, une conception du commerce certes assez simpliste mais qui donne les apparences du bon sens, surtout quand pèse la menace du chômage. Les contre-arguments sont solides, mais plus sophistiqués et rejetés comme des sophismes véhiculés par le "système" et les élites pour embobiner le peuple.

Mais les théories libérales démontrent le caractère "gagnant-gagnant" de l’échange, ce qui ne signifie pas que dans un pays, les gains des gagnants sont plus élevés que les pertes des perdants à qui il ne resterait que les mouchoirs pour pleurer. Non seulement, les pays développés s’intégrant dans la mondialisation n’ont pas donné de réponse satisfaisante aux perdants de la mondialisation, mais ils ont même organisé une redistribution à rebours au profit des gagnants, notamment par des politiques fiscales. Ils ont ainsi ouvert une large brèche dans laquelle s’engouffrent tous les populismes. D’autant plus que sociologiquement, l’ouverture crée une incertitude sur le sort futur des individus qui s’identifient plus facilement aux perdants qu’aux gagnants…

Quelles sont les conséquences concrètes d'une telle vision du commerce sur l'économie mondiale et sur les économies nationales ? Faut-il craindre un recul des processus de négociations ? Si oui, au profit de quelles interactions ? 

Plus personne n’osera défendre la vision idéaliste et très idéologique d’une "mondialisation heureuse". Cela n’exclut pas le risque d’une "dé-mondialisation" malheureuse qui se traduirait non seulement par un recours massif au protectionnisme, mais par une agressivité croissante dans les relations internationales. On ne détricotera pas sans coût la trame des réseaux commerciaux qui s’est tissée depuis vingt ans et qui a rendu la production mondiale de plus en plus intégrée et interdépendante. Apple a besoin des disques durs japonais, des composants coréens et allemands, des puces malaisiennes et… des usines d’assemblage chinoises. On voit mal les Etats-Unis relever les droits de douane des iPhones assemblés en Chine mais qui contiennent plus de travail américain que de travail chinois. Les Etats-Unis ont besoin des excédents allemands ou chinois pour financer un déficit budgétaire qui va s’accroître….

Mais entre la poursuite du processus de mondialisation et la dé-mondialisation, il y a le statu quo qui est l’hypothèse la plus probable. Il n’a pas fallu l’élection de Trump pour comprendre, sinon pour reconnaitre, que le cycle de Doha mené à l’OMC était en mort clinique et que la stratégie americano-européenne de méga-accords censée couvrir les trois quarts du commerce mondial avec des  normes qui s’imposeraient aux pays récalcitrants, dont la Chine, ne pouvait réussir. Ces intitaives négligeaient trop les craintes des opinions, qu’elles soient réelles ou fantasmées. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 05/12/2016 - 09:57 - Signaler un abus QE ? Késeksa ?

    Voilà un bel article qui se consacre à la question que je pose et re-pose inlassablement aux quelques débiles, adorateurs d'Angela Merkel, et qui utilisent l'Allemagne comme l'exemple incontestable de la réussite du Capitalisme Libéral et de l'Austérité thatcherienne, réduisant les pauvres à la famine. ''Tous les pays du monde peuvent-ils, au même moment, être en excédent commercial les uns vis-à-vis des autres ?''. En fait, la réponse est : dans les circonstances actuelles, oui ! Comment ? Grâce à ''l'Assouplissement Quantitatif'' ! Le seul problème, c'est que la quasi totalité des vieux croûtons qui viennent ici radoter et nous présenter leurs brillantes théories économiques, n'ont pas la plus petite idée de ce qu'est le ''QE'' !

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 05/12/2016 - 17:33 - Signaler un abus @ganesha

    Pas la peine de savoir ce qu'est le Q.E. il suffit de savoir que ganesha avec son petit Q.I. le sait...... Ça prend alors tout son sens et on se dit.... Bof....encore une connerie de ganesha....!

  • Par Anouman - 05/12/2016 - 20:58 - Signaler un abus Excédent

    J'ai du mal à suivre Ganesha car si tout les pays du monde peuvent être en excédent commercial, alors il y en a un paquet qui sont les rois des cons (y compris la France mais là ce n'est peut-être pas si bizarre) car ils sont en déficit. Mais là où il y a des plus il y a forcément des moins, avec ou sans QE., c'est juste de l'arithmétique. Quant à réduire les pauvres à la famine c'est aussi dans la logique du système à condition de veiller à ce qu'ils ne se révoltent pas en leur donnant des aides sociales. Maintenant croire que le capitalisme a vocation à créer des relations gagnant-gagnant c'est d'une confondante naïveté. Quand ça arrive c'est vraiment par hasard. Avec des relations gagnant-gagnant il n'y a pas d'enrichissement possible c'est aussi de l'arithmétique. Et ne pas s'enrichir ce n'est pas un concept capitaliste. (sauf les capitaliste incompétents qui vont de faillite en faillite).

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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