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Faut-il laisser tomber l'allemand, le chinois ou l'espagnol et faire code informatique seconde langue ?

La question de l’apprentissage de langages informatiques à l’école fait son chemin. C’est le sens du projet Code.org qui mobilise des stars du web et des nouvelles technologies pour inciter à l’enseignement de lignes de code aux têtes blondes outre-Atlantique. En France, le patron de Free, Xavier Niel, tenait des propos similaires lors de sa conférence annonçant son projet d’école informatique gratuite.

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Faut-il laisser tomber l'allemand, le chinois ou l'espagnol et faire code informatique seconde langue ?

Un récent rapport de l’Académie des sciences préconise l’enseignement de l’informatique en tant que matière à part entière dans l’Education nationale. Crédit Reuters

Atlantico : Un récent rapport de l’Académie des sciences (à lire ici) préconise l’enseignement de l’informatique en tant que matière à part entière dans l’Éducation nationale. Faut-il aller plus loin et enseigner les langages informatiques dans les écoles et établissements du secondaire ? Quels peuvent être les avantages pour les élèves d’apprendre à coder ?

Jean-Pierre Archambault : Les langages informatiques et la programmation sont l'un des domaines de la science informatique, avec l'algorithmique, la théorie de l'information et les machines (architecture, ordinateurs, réseaux...). A ce titre, ils ont nécessairement leur place dans un enseignement de l'informatique.

De plus, ils permettent de comprendre ce qu’est l’informatique, de percevoir sa "nature profonde", de s’en imprégner. Pour s’approprier des notions (fichier, protocole de communication, "verrou mortel"…), rien de tel que d’écrire des "petits" programmes.

Mais les vertus pédagogiques de l'activité de programmation et des langages valent également pour l'apprentissage des autres disciplines.  Encore faut-il que les élèves sachent programmer ! La programmation est un élément de cursus informatique apprécié des élèves, car elle les place dans une situation active et créative, dans laquelle ils peuvent eux-mêmes fabriquer un objet. On constate en effet avec l’ordinateur une transposition des comportements classiques que l’on observe dans le domaine de la fabrication des objets matériels. À la manière d’un artisan qui prolonge ses efforts tant que son ouvrage n’est pas effectivement terminé et qu’il fonctionne, un lycéen, qui par ailleurs se contentera d’avoir résolu neuf questions sur dix de son problème de mathématiques (ce qui n’est déjà pas si mal !), s’acharnera jusqu’à ce que "tourne" le programme de résolution de l’équation du second degré que son professeur lui a demandé d’écrire, pour qu’il cerne mieux les notions d’inconnue, de coefficient et de paramètre. Ces potentialités pédagogiques de la programmation, qui favorisent l’activité intellectuelle, sont parfois paradoxalement et curieusement oubliées par des pédagogues avertis (qui, par ailleurs apprécient les vertus de l’ordinateur et d’internet, outil pédagogique).

Enfin, la programmation est une excellente école de la rigueur, de la logique. Vraiment, pourquoi s’en priver ?

Rémi Boulle: L'école doit former le futur citoyen à la société du XXIe siècle donc oui, il est urgent d'agir. Nous faisons fausse route depuis trop longtemps. Après plus de 12 ans d'échec le B2i (brevet informatique et internet) a malheureusement conditionné le mode de représentation de l'informatique à l'école de nombreux décideurs : l'informatique ne serait qu'un simple outil. C'est depuis le début une mauvaise réponse à un vrai problème : faire acquérir à tous des connaissances en informatique.

Il faut vraiment être éloigné de la pratique ou suivre les intérêts d'entreprises privées pour ne pas le voir (voir à ce sujet le tour de France du numérique organisé par le café pédagogique soutenu par Microsoft qui fait la tournée des CRDP).

Au-delà des langages informatiques et dans l'idée de former le futur citoyen, il faut aussi un enseignement qui permette aux élèves de comprendre les enjeux de l'informatique dans notre société : neutralité des réseaux, licences libres, fonctionnement de l'Internet, droit d'auteur, problèmes liés aux DRM, dangers des brevets logiciels, libération des données publiques, Wikipédia, travail collaboratif…

Il y a un prérequis fondamental à un enseignement de l'informatique au service de tous : se débarrasser complètement des logiciels privateurs et des formats propriétaires et fermés. Ce sont des freins à tout cela, ils parasitent le système éducatif et brident les innovations.

N’est-ce pas trop ambitieux de vouloir aborder d’autres langages, alors même que le niveau général des élèves en français (orthographe, grammaire) tendrait à s’effondrer ? Y a-t-il des résistances doctrinales face à l’enseignement du code informatique ?

Jean-Pierre Archambault : Une réponse pragmatique : dans les années 1980, des instituteurs enseignaient la programmation Logo à leurs élèves avec la fameuse tortue. Et cela marchait très bien. A mon sens, aborder d'autres langages est plutôt de nature à aider l'enseignement du français. Un peu comme la connaissance d'une langue étrangère facilite l'apprentissage d'une nouvelle langue et renforce la maîtrise que l'on a de sa langue maternelle.

 
Commentaires

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  • Par manuaudierne - 03/06/2013 - 09:11 - Signaler un abus informatique

    Oui, l'informatique et internet deviendront de plus en plus important dans l'avenir. En conséquence de quoi, il me paraît pertinent de l'enseigner dans les écoles.

  • Par Peter6809 - 03/06/2013 - 10:11 - Signaler un abus Bien sur

    Il est évident qu'il faut enseigner des langages informatiques. Peu importe lequel, d'ailleurs. L'essentiel est de donner la tournure d'esprit nécessaire à comprendre les langages. J'ai fait du Fortran dans les années 65/70 (oui, on apprenait ça dans les écoles de chimie, de même que des notions d'électricité et de mécanique!), puis du Basic, puis de l'assembleur, puis du pascal, puis du html...Le tout est d'avoir la curiosité intellectuelle, et la philosophie est la même (en gros...) Par contre, à l'instar de nos prof de math en prépa, que l'on en profite pour apprendre le français! Les page de code avec des commentaires truffés de fautes d’orthographe et de français sont une catastrophe.

  • Par pemmore - 03/06/2013 - 11:28 - Signaler un abus Et puis une matière qui se prolonge à la maison, c'est top,

    personne en dehors de l'école ne va s'amuser à résoudre une équation au 2ème degré; Mais ouvrir un terminal. Faire des choses simples genre free -m. trouver le lieu d'origine d'ou vient un traqueur . Se lancer dans des gifs animés. Puis écrire des petits scripts sous mozilla firefox et greasemonkey. Aller plus loin avec symfony2, trouver un vieux serveur sun à 50 euro et se monter son petit site internet. Bien sur il y aura pas beaucoup de visites, mais trop drôle. Et évidement se balader dans le monde du libre, pourquoi se contenter de ce qui est maché, sortir de la boîte de conserve, prendre son tablier et cuisiner.

  • Par fascicule - 03/06/2013 - 12:46 - Signaler un abus informatique

    L'informatique devrait être enseigné dès le plus jeune âge. Cela permet d'être opérationnel de chez soi, sur n'importe quel poste de travail et de créer son activité qu'elle soit ludique ou professionnelle. Les implications en termes d'emplois sont exponentielles. Comme l'on dit "la France n'a pas de pétrôle mais elle a des idées" alors donnons aux jeunes les bases pour s'en sortir.

  • Par cubrad - 03/06/2013 - 13:28 - Signaler un abus ouais bof

    tout les esprits ne sont pas fait pour la programmation. On va encore faire des générations d’angoissés persuadés de leur nullité — comme on a fait avec les maths — alors qu’ils sont destinés à d’autre type d’activité.

  • Par jean-paul - 03/06/2013 - 13:46 - Signaler un abus faut laisser tomber l'anglais aussi alors

    ou bien l'espagnol

  • Par Tan - 03/06/2013 - 14:56 - Signaler un abus Vue la manière

    dont différentes disciplines sont abordées à l'école, je crois que ce nouvel enseignement sera une très bonne méthode pour dégouter des générations d'écoliers de l'informatique. Le langage informatique n'est qu'un outil qui peut être maitrisé et utilisé par tout individu, non débile, qui a appris à raisonner que ce soit en javanais ou en serbo croate. La priorité est donc d'apprendre aux élèves les bonnes bases en Français, mathématiques et musique. Le reste suivra, le français leur permettant d'exprimer leurs pensées, les mathématiques pour la logique et la musique pour former l'oreille au sonorités propres aux langues étrangères. Tout le reste est du pipeau pour la masturbation intellectuelle de fonctionnaires de L'EN en manque de promotion.

  • Par autodidacte.info - 03/06/2013 - 17:22 - Signaler un abus Ne pas en faire une nécessité mais proposer en option

    C'est vrai que de très nombreux pays industrialisés ne jurent que par l'économie numérique, et que la France est à la traîne. De là à imposer le code à l'école, bof. D'autant plus que, comme le disent certains dans leurs commentaires, apprendre à lire n'enseigne pas à réfléchir... S'il s'agit de "pondre du code" (expression du milieu informatique dont je fais partie) sans comprendre le pourquoi du comment, cela ne donnera qu'une armée de perroquets. Et quel code, d'abord ? Attention à l'enfermement et aux lobbys de grosses entreprises qui vont forcément chercher à mettre en avant leur technologie. "Code is poetry" dit l'Autre (le code c'est de la poésie). Et c'est vrai qu'il est bon d'en apprendre plusieurs (Lisp, Fortran, C, Python...) pour se faire son idée du langage en tant que concept. Tout comme il est bon de comprendre le concept intellectuel de l'Allemand, de l'Anglais, etc... Car lire "dans le texte" n'a pas son pareil : on s'approprie l'Autre au travers de sa propre histoire. L'éducation à la programmation pourrait se faire de façon ludique et créative, mais en gardant en tête un impératif : l'apprentissage de la réflexion par soi-même, pas de la consommation !

  • Par cdg - 03/06/2013 - 17:44 - Signaler un abus au fou

    etant personellement informaticien et codant tous les jours, il est stupide de voir ce type de proposition. une des rare chose que j ai appris al ecole et qui me sert, c est justement les langues etrangeres Les langauge pour coder changent regulierement, les pllus commun maintenant sont java et C#, et ils ont a peine 10 ans. Pire encore, il ne s agit pas seulement d un changement de syntaxe mais aussi de logique (passage de la programmation structuree de type C/pascal a l oriente objet) a quoi ca sert a 99 % de la population d ecrire quelque lignes de code (qui plus est de faible qualite)

  • Par Bernard Mitjavile - 03/06/2013 - 19:17 - Signaler un abus Mieux définir ce que l'on entend par informatique

    A cdg. D'accord avec votre critique sur les langages informatiques mais il y a quand même une façon de raisonner derrière, de faire preuve d'un peu de créativité en mettant au point des programmes simples qui me semble importante. Le problème quand on parle d'informatique à l'école, c'est l'absence de créativité, pour beaucoup, il s'agit de savoir utiliser la suite office (word excel et autres). L'école n'est pas souvent un lieu où l'on développe la créativité mais plutôt où l'on parle de l'avenir avec des idées du passé.

  • Par eliante94 - 05/06/2013 - 19:24 - Signaler un abus Libre

    @JPA: L'informatique a été définie comme science de l'information. Réduire son enseignement à celui de la programmation en donnerait une vision bien limitée. @RB: aussi respectable que soit l'option "libre", c'est un choix idéologique (au sens noble du terme), et indépendant des contenus scientifiques de l'informatique.

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Jean-Pierre Archambault et Rémi Boulle

Jean-Pierre Archambault est président de l'association Enseignement Public & Informatique (EPI) dont l'objectif est de promouvoir l'enseignement de l'informatique en France.

Rémi Boulle est vice-président de l'April (Association de promotion et de défense du logiciel libre) en charge des questions d'éducation.

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