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Europe : les espoirs affichés par Emmanuel Macron risquent d'être rapidement douchés

Le projet européen d'Emmanuel Macron semble être la clé de voûte de son programme présidentiel, et justifie notamment les efforts réalisés en termes de réduction des dépenses publiques. Mais les obstacles à ce projet sont nombreux.

De la théorie... à la pratique

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Europe : les espoirs affichés par Emmanuel Macron risquent d'être rapidement douchés

"Je souhaite notamment  une capacité budgétaire de la zone euro, un exécutif et un Parlement pour en assurer le contrôle démocratique" (...) "à mes yeux, c'est un budget qui représente plusieurs points de PIB de la zone euro et qui marque d'abord une capacité à lever de l'argent sur les marchés et à l'allouer avec une force de frappe suffisante". Le projet européen d'Emmanuel Macron semble être la clé de voûte de son programme présidentiel, et justifie notamment les efforts réalisés en termes de réduction des dépenses publiques.

Au regard du projet avancé, quels sont les avantages, et les inconvénients, que la France, et l'Europe pourraient en tirer ? Que pouvons-nous en espérer ?

Dans l’idéal, il s’agirait de doter la zone Euro de la capacité de mener une politique budgétaire. Pour l’instant, il existe une politique monétaire fédéralisée avec l’existence de l’Euro et de la Banque centrale européenne. Cette politique budgétaire fédéralisée aurait deux buts classiques : d’une part, assurer une capacité de réaction contra-cyclique à la zone Euro face à un choc économique ou géopolitique, en complément de la politique monétaire ; d’autre part, permettre de financer des dépenses qu’un Etat ne peut plus assumer seul dans tous les domaines jugés pertinents ou de redistribuer à bon escient de la richesse pour permettre aux pays les moins bien dotés en capital productif de rejoindre les autres en tête de peloton. Cette seconde fonction est déjà assumée par les fonds structurels européens et la politique de cohésion qu’ils financent depuis les années 1980. C’est donc surtout la première fonction de stabilité macroéconomique dont il est ici question. On a ainsi beaucoup parlé ces dernières années d’une assurance-chômage européenne. Elle permettrait aux Etats à l’économie en difficulté de surmonter les crises avec l’aide des autres, sans l’amener à trop aggraver son endettement ou à entrer dans une spirale d’austérité.

Cela, c’est bien sûr la théorie. C’est aussi l’idée qu’avec un contrôle démocratique il y aura une meilleure réactivité des décisions européennes face à une crise économique et sociale dans un ou plusieurs pays de la zone Euro.

Après, tout dépend de l’ordre institutionnel qu’on choisit à la fin. Les déclarations des uns et des autres restent vagues et sont bien loin de régler tous les problèmes pratiques qui se poseraient au cas où l’on voudrait mettre en place un tel dispositif.  Surtout un tel dispositif qui vise à disposer pour la zone Euro d’une politique budgétaire contra-cyclique pour appuyer ou compléter la politique monétaire de la BCE ne donnera des grands résultats que s’il existe pour tous les pays concernés une évidence de la crise économique à combattre ainsi. Actuellement, dans certains pays, comme l’Allemagne ou l’Autriche, tout va plutôt bien, voire très bien, en tout cas, pas assez mal pour qu’on se préoccupe de ce qui se passe ailleurs. Ce dispositif risquerait donc de donner des résultats décevants par temps presque calme comme aujourd’hui. Le grand inconvénient, c’est de plus qu’il aurait tendance par temps calme à renforcer encore la prévalence au sein de l’Union européenne d’une idéologie du budget équilibré ou du déficit structurel nul au niveau des Etats.  Par contre, en cas de tempête, de nouveaux grands paroxysmes économiques ou géopolitiques, cela pourrait être bien utile de disposer de telles institutions. Un rapport de force pourrait alors s’établir en faveur d’une intervention massive de la politique budgétaire. Cela n’est pas sûr, mais pourrait se produire. Après tout, la BCE avait été construite pour lutter contre l’inflation, et elle a fini en pratique par faire comme les autres grandes banques centrales une politique monétaire inédite de relance de l’économie.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 01/09/2017 - 14:55 - Signaler un abus La dictature europeiste, on y est!

    "contrôle budgétaire restrictif par des instances non élues...le socialiste Hitler avait rêvé de sa mainmise totale sur l'Europe...avec l'aide du collabo socialiste Macron, la führerin Merkel est en train de le réaliser, petit à petit et sans panzers!

  • Par Deudeuche - 01/09/2017 - 15:17 - Signaler un abus @vangog

    Pouvez dire La même chose sans Adolf Godwin toutes les deux lignes. Laaaangweilig!

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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