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Et encore 8,8 milliards d’euros pour sauver les banques italiennes : l’intervention de la BCE suffira-t-elle à éteindre l’incendie ?

Alors que la situation de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena préoccupe sérieusement la BCE, qui demande la mise en place d'un plan de sauvetage, c'est tout le secteur bancaire transalpin qui inquiète les observateurs aujourd'hui. Pourtant, la situation de l'Italie ne ressemble en rien à celle de la Grèce.

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Et encore 8,8 milliards d’euros pour sauver les banques italiennes : l’intervention de la BCE suffira-t-elle à éteindre l’incendie ?

Atlantico : La BCE vient de demander la mise en place d'un plan de sauvetage de près de 8,8 milliards d'euros pour Monte dei Paschi di Siena (BMPS), la plus vieille banque italienne. Alors que le montant de 5 milliards d'euros était évoqué jusqu'à présent, la détérioration des liquidités de la banque italienne aurait changé la donne. Doit-on s'attendre à voir un plan de sauvetage mis en place rapidement ? Avec quel équilibre entre l'Etat italien et les institutions européennes ?

Francesco Saraceno : Il n'y a pas de contradiction entre les deux montants.

Les 5 milliards étaient le seuil minimal pour qu'une solution de marché soit envisageable. Le montant préconisé par la BCE est celui qui maximise les chances de réussite une fois des ressources publiques engagées. Dit autrement, si l'on veut minimiser le risque pour le contribuable qui est appelé à sauver BMPS, il faut aller au delà du seuil minimal.

Il faut par ailleurs remarquer que, contrairement à ce qu'on a fait par le passé, l'Etat a temporairement acquis la propriété de la banque. Donc, si l'assainissement a du succès, en remettant les actions sur le marché le trésor italien pourra récupérer la plupart des ressources engagées, voire faire un profit. C'est le modèle suivi en Suède dans les années 1990, qui avait plutôt bien marché. La nationalisation temporaire des banques en difficulté avait aussi été proposée (par exemple par Joseph Stiglitz) en 2008. Si on l'avait suivi ses conseils au lieu de simplement renflouer les banques, les finances publiques des pays concernés seraient aujourd'hui en bien meilleur état.

Quant à l'Europe, je ne vois pas de difficulté majeure. Premièrement, le ministre de l'Economie italien a travaillé en stricte coordination avec la Commission, et le plan de sauvetage est conforme à la directive européenne de 2014. En outre, une partie au moins de la dette additionnelle sera récupérée une fois les actions remises sur le marché.

Au-delà du cas de BMPS, l'ensemble du secteur bancaire italien serait actuellement miné par près de 360 milliards d'euros de créances douteuses, une fragilité mise sur la place publique lors du débat sur le récent référendum proposé par Matteo Renzi. Quel serait le risque d'un "effet domino" en cas de défaillance d'une banque italienne ? L'ensemble de l'édifice financier italien est-il exposé selon vous ?

Les banques italiennes ne vont pas très bien, tout comme les banques des autres pays européens. Mais je ne vois pas de risque majeur d'effet domino. La nationalisation de MPS a précisément pour but d'assainir un acteur clé pour la stabilité du système bancaire. L'Etat a en outre prévu 12 milliards additionnels au cas où d'autres banques se trouveraient dans la même condition. Ceci devrait réduire les risques de faillite, et donc d'instabilité. Il ne faut pas oublier, enfin, que le parapluie de la BCE pourrait être ouvert dès que nécessaire

>>>> A lire aussi : Le système bancaire italien est-il en passe de devenir la vraie première victime collatérale du Brexit ?

Une situation similaire à celle de la Grèce (toutes proportions gardées) pour l'Italie pourrait-elle menacer la survie de la zone euro d'après vous ?

Non, pour plusieurs raisons. L'Etat italien n'est pas en faillite comme l'était l'Etat grec en 2010. La mobilisation des 20 milliards nécessaires au sauvetage de BMPS et, si nécessaire d'autres banques, le prouve. En outre, le QE de la BCE maintient les taux bas, et empêche le cercle vicieux entre dette souveraine et fragilité des institutions financières de s'installer. Enfin, même si trop tardivement, et contre la volonté de l'Allemagne, les institutions européennes semblent avoir enfin adopté une approche pragmatique aux problèmes des différents pays. Pour toutes ces raisons, je ne crois pas qu'on reverra une crise comme celle qu'on a vécu en 2010-2011.

 
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  • Par vangog - 28/12/2016 - 11:03 - Signaler un abus Ah, si tout cet argent consacré à sauver les banques

    avait été consacré à investir dans les technologies d'avenir, dans l'indispensable Silicon Valley européenne qui devrait faire émerger les acteurs européens susceptibles de concurrencer les géants du Web, dans la recherche génétique, dans La Défense européenne...mais non! Les lobbys banquiers et ecolo-regressifs qui gouvernent l'UE préfèrent sauver leur construction bancale, tournée vers le passé, vers le capitalisme de connivence gauchiste et la dilution mondialiste...tout faux!

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Francesco Saraceno

Francesco Saraceno est économiste senior au sein du département Innovation et concurrence de l'OFCE. Il est également signataire de la tribune : The economist warningVous pouvez le suivre sur son compte twitter : Francesco Saraceno.

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