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Emmanuel Macron et l’Europe : un volontarisme sans dessein ni méthode

Alors que les difficultés s’accumulent pour Emmanuel Macron sur le front intérieur et que sa popularité s’est effondrée au cours de l’été, il conserve un crédit important, dans l’opinion, chez les experts et dans les chancelleries, sur les questions internationales comme sur les dossiers européens. Pourtant, à y regarder de près, sa stratégie européenne manque tout à la fois de hauteur, de nouveauté et de méthode. Il est à craindre qu’il n’aille pas beaucoup plus loin que le « volontarisme » tournant à vide, qui a tenu de politique européenne à ses prédécesseurs…

Quelle Europe ?

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Emmanuel Macron et l’Europe : un volontarisme sans dessein ni méthode

Le discours prononcé par Emmanuel Macron lors de la conférence des ambassadeurs, le 29 août 2017, n’a pas donné de vraies réponses au défi que constitue la formation d’une Europe unie et puissante, capable de tenir son rang et de partager le « fardeau » des responsabilités internationales avec les États-Unis, c’est-à-dire de codiriger le monde libre, menacé par le révisionnisme géopolitique des puissances tierces, les assauts d’États-voyous et d’acteurs anomiques ainsi que la décomposition des périphéries

En lieu et place d’une « Grande Idée », un projet de relance incertain, limité à la zone Euro, avec de possibles effets pervers dans les relations avec les autres États membres de l’Union européenne, et un slogan régressif, « L’Europe qui protège », quand il faudrait en appeler à un patriotisme de civilisation et à la volonté de persévérer dans l’être.

On ne voit pas se dégager de tout cela beaucoup plus qu’un « volontarisme » sans dessein, ni méthode, qui rappelle assez banalement les quinquennats précédents.

L’improbable « noyau dur » européen

A juste titre, le président français a exprimé sa conviction que « le lieu de notre souveraineté aujourd’hui, c’est l’Europe ». Il a une nouvelle fois insisté sur l’importance de la relation franco-allemande et mis en exergue sa volonté de travailler à la transformation de la zone Euro en un ensemble politiquement intégré, au cœur d’une Europe à géométrie variable : une « Union refondée », « à plusieurs formats », aiguillonnée par des pays voulant aller plus loin. On retrouve en fait le projet d’une Europe organisée autour d’un « noyau dur », exposé dès 1994 par les députés chrétiens-démocrates allemands Karl Lamers et Wolfgang Schäuble, mais dédaigné alors par les responsables politiques français. Un quart de siècle plus tard, ou presque, ce projet appelle plusieurs remarques.

Tout d’abord, le décalage de puissance entre la France et l’Allemagne s’est considérablement accru sur le plan économique et financier. La reconstitution d’un axe franco-allemand exigera de profondes réformes en France, réformes dont les ordonnances sur le Code du travail ne constituent qu’un « hors-d’œuvre » sans grande consistance [1]. Il faudra un effort de longue haleine et d’une autre ampleur pour convaincre les dirigeants allemands du sérieux et de la crédibilité du nouveau pouvoir. Un simple toilettage des finances publiques, avec des coupes budgétaires sans logique d’ensemble et même en contradiction avec les ambitions affichées par ailleurs (on pense à la baisse du budget militaire), n’y suffira pas.

En outre, la mise en avant du projet d’une défense européenne ne doit pas dissimuler le fait que pour Paris, Berlin et toutes les capitales européennes, l’OTAN demeure l’instance principale pour l’organisation de la défense de l’Europe et le couplage géostratégique entre les deux rives de l’Atlantique Nord. Les Nord-Américains et les Britanniques contribuent de manière décisive à la posture de défense et de dissuasion sur l’axe Baltique-mer Noire, dans ces espaces où, insensiblement, on passe de l’Europe à l’Eurasie. Plus au nord, la Norvège est une vigie sur le front arctique, avec les États-Unis et le Canada comme alliés de premier plan dans une zone géostratégique appelée à gagner en importance. Au sud-est de l’Europe, l’OTAN présente l’avantage de compter parmi ses membres la Turquie, un allié incertain et de plus en plus difficile avec lequel il importe pourtant de conserver des canaux et des liens, alors même que la candidature de ce pays à l’Union européenne s’avère chaque jour plus compromise – la chancelière Angela Merkel, en campagne électorale, vient d’affirmer clairement, le 3 septembre dernier, l’impossibilité pour la Turquie d’entrer dans l’Union européenne.

 
Commentaires

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  • Par Poussard Gérard - 08/09/2017 - 14:22 - Signaler un abus merci pour votre article czr beaucoup partagent

    Votre analyse..ainsi macron fait de la démagogie, des mots, du vent, de la fumée. .mais rien de concret...

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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Institut Thomas More

Fondé en 2004, l'Institut Thomas More est un think tank d'opinion, européen et indépendant basé à Bruxelles et Paris. Il diffuse auprès des décideurs politiques et économiques et des médias internationaux des notes, des rapports, des recommandations et des études réalisés par les meilleurs spécialistes et organise des conférences, des rencontres et des séminaires sur ses thèmes d'études.

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