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Jeu du foulard, jeu de la mort

Le jeu du foulard compte sans doute une nouvelle victime. Le garçon de 11 ans, retrouvé pendu dans les couloirs de son école à Arles le 26 mai, est décédé le 30. Les enquêteurs ont écarté la thèse du suicide. Perçu chez les jeunes comme une expérience ludique, le jeu du foulard a pourtant des conséquences désastreuses. Il tue en moyenne 10 à 15 personnes par an.

Jeu du foulard

Publié le - Mis à jour le 7 Juin 2011

Atlantico : Qu'est-ce que le jeu du foulard ?

Françoise Cochet : Le jeu du foulard, c’est une dénomination générique. Il s’agit d’un jeu d’évanouissement, une expérience perçue comme marante par les jeunes qui s’y adonnent. Cela consiste à appuyer sur une partie du corps pour provoquer le malaise. On se fait tomber sans avoir conscience du danger. Ce n’est pas une pratique récente, certains grands-pères le faisaient déjà… Le problème, c’est que peu de monde a vent de la pratique. Les surveillants dans les cours de récréation, sans être au courant, ne peuvent pas détecter le jeu du foulard.

Car ce n’est pas un jeu violent. C’est présenté comme ludique, expérimental pour le jeune. Il existe même des bouquins pour enfant, écrits par des adultes, qui proposent le jeu du foulard. Et certains enfants tentent cette expérience sur leurs pères…

Pourquoi les jeunes ont-ils l’envie ou le besoin de pratiquer le jeu du foulard ?

Ils recherchent un effet, certains veulent planer, d’autres se relaxer. Le jeune, curieux ou précoce intellectuellement qui joue à cela, souhaitent comprendre ce jeu. Or, parfois, il y a des conséquences négatives, telle une syncope, une asphyxie, un évanouissement. Et l’arrêt du cœur qui peut engendrer la destruction d’une partie de cerveau. Résultat pour les plus malchanceux : un handicap parfois végétatif. Pourquoi avoir interdit l’apnée dans les piscines, par exemple ? Pour la même raison : éviter tout accident… 

Peut-on expliquer cette pratique par une certaine banalisation de la mort, voire une violence chez les jeunes ?

Les enfants n’ont pas conscience des dangers, encore moins de la mort. Quand je vais discuter avec des élèves sur les conséquences du jeu du foulard, ils me regardent avec les yeux ouverts, ébahis. Que leur dis-je ? J’explique comment fonctionne la respiration, entre autres. Il n’y a pas encore de statistique officielle mais nous avons réalisé une enquête avec Ipsos en mai 2007 qui indique que 5 % de la population connaissait un enfant décédé ou accidenté en raison de ce jeu du foulard. En 2011, on note déjà 5 morts d’enfants liées à la pratique.

Qu’en est-il des jeux plus violents comme le "petit pont massacreur" ?

Notre association APEAS, qui regroupe une cinquantaine de membres actifs, des parents d'enfants accidentés par strangulation, des associations, des médecins, des membres de l’Education nationale, s’y intéresse aussi au petit pont massacreur. De quoi parle-t-on ? Des jeunes qui regardent à la télévision du catch et qui veulent reproduire la même chose le lendemain à l’école. Cela, c’est surtout des écoliers du primaire. Mais aussi dans les collèges. Et ceux des ZEP ne sont pas forcément les plus dangereux. Le souci ? Ces enfants n’ont souvent pas conscience des conséquences légales. Les parents des victimes peuvent porter plainte après l'accident et les enfants ne le savent pas.

Ce qu’il faut faire, c’est réfléchir avec ces jeunes pour détourner le côté violent des jeux, changer les règles, prendre conscience des risques et des limites. Et responsabiliser les adultes. Après l’accident, c’est trop tard… J’attends une mobilisation plus importante. Il arrive parfois qu’à l’école, les directeurs n’en aient cure, de ce problème…

 

 
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Françoise Cochet

Françoise Cochet est présidente de l’association de parents d’enfants accidentés par strangulation (APEAS). En septembre 2000, un de ses trois fils, âgé de 14 ans, meurt dans sa chambre.

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