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Le discours de la Sorbonne sur l’Europe : plus ça change, et moins ça change

Le Président de la République française a présenté à la Sorbonne un programme portant sur l’approfondissement de la construction européenne. Dans ce cadre, des propositions ont été formulées, portant pêle-mêle sur l’éducation, la défense, la convergence fiscale, le fonctionnement de la zone euro, la politique agricole commune etc.

Europe et stagnation

Publié le - Mis à jour le 5 Octobre 2017
Le discours de la Sorbonne sur l’Europe : plus ça change, et moins ça change

Disons-le tout net : cet inventaire à la Prévert tient plus de la copie d’un étudiant en Sciences Politiques – même doué – que de la vision articulée d’un Chef d’Etat conscient de l’état de l’Europe. Au regard de l’histoire européenne, le discours de la Sorbonne restera bien pale comparé, entre autres, au discours de Bruges de Margaret Thatcher du 20 septembre 1988.
Certes, tout n’est pas faux dans l’analyse proposée par le Président français. L’Europe est en effet largement malade, et, si l’on ose paraphraser Paul Valery, elle est mortelle. De même, en dépit des incertitudes qui caractérisent la situation politique allemande depuis l’élection au Bundestag, alors que les autorités allemandes ne se sont pas privées de faire acte d’ingérence dans les élections françaises du printemps, il n’y a rien de scandaleux à ce que la France dise ce qu’elle souhaite pour l’Europe, au moment qu’elle a choisi.

Dans ce contexte, que penser d’un tel discours ? Hélas, qu’il n’est que poudre aux yeux, tant la réalité européenne, hélas, ne change pas. Qu’il soit permis ici d’en rappeler quelques maux. 

Premièrement, l’Europe impuissante. Hormis quelques domaines spécifiques (concurrence, monnaie) les Institutions européennes, faute de moyens, sont impuissantes. C’est l’un des malentendus essentiels de la construction européenne. Les détracteurs féroces de l’Europe et ceux qui voient en elle la seule planche de salut passent à coté de l’essentiel : les Etats n’ont délégué aux Institutions européennes que très peu de pouvoirs, y compris dans le domaine économique. L’Europe, ivre d’arrogance, l’ignore elle-même, à l’image de Manuel Barroso, incapable de comprendre en 2008 que la Commission ne disposait nullement des moyens de répondre à la crise Lehmann. L’Europe est impuissante à contrôler ses flux migratoires, incapable de se défendre autrement qu’en se réfugiant sous le parapluie otanien c’est-à-dire américain, incapable de définir une stratégie vis-à-vis des grands émergents à commencer par la Chine. On pourrait continuer.

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Deuxièmement, l’Europe logorrhée. L’Europe, ses institutions, ceux qui dans les Etats l’évoquent, ont fait leur jusqu’à la caricature le mot du Cardinal de Retz selon lequel un politique est plus jugé à ce qu’il a dit qu’a ce qu’il a fait. Le discours de la Sorbonne ne fait pas exception. Les européens n’en peuvent plus de ces propos creux, sans colonne vertébrale, déconnectés de la réalité, construits autour de pétitions de principes et de bon sentiments, dispensateurs de culpabilité pour tous ceux qui seraient tentés de formuler des objections. Ils perçoivent bien que l’amoncellement des discours cache la vacuité des mesures prises, la médiocrité des résultats obtenus, et, disons-le, un projet politique sans vision mais avec ses gagnants et ses perdants. Ainsi, en matière de défense, la plupart des annonces faites à la Sorbonne portent sur la création d’instances qui existent déjà ! Dès lors comment s’étonner que, de loin en loin, lorsque l’occasion leur en est donnée, les peuples aient la tentation derestaurer la force de la parole, généralement pour dire « non » à l’Europe (référendum de 2005 en France et aux Pays-Bas, Brexit etc.).

 
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Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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