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Comment - malgré les belles paroles - l’Élysée assassine les lanceurs d’alerte

Les lanceurs d’alerte défrayent l’actualité depuis une dizaine d’années. À travers des exemples concrets en France et à l’étranger, l’auteur détaille la vie d’une cinquantaine de lanceurs d’alerte et les raisons pour lesquelles les États, hommes et femmes politiques, l’institution judiciaire, l’Europe et les entreprises veulent leur peau. Extrait du livre "La traque des lanceurs d’alerte" de Stéphanie Gibaud aux éditions Max Milo (2/2).

Bonnes feuilles

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Comment - malgré les belles paroles - l’Élysée assassine les lanceurs d’alerte

Noël 2016, me voici pour la première fois de ma vie à Moscou et je rencontre plusieurs médias russes. Je prends alors conscience du rayonnement de la France, vue de Russie. En voyage en Belgique, en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne voire aux États-Unis ou même à l’Île Maurice, au Brésil, chacun de mes interlocuteurs se montre stupéfait de la violence et de la durée de mon « affaire ». À Moscou, je m’attendais à ce que mon histoire n’intéresse absolument personne. À ma grande surprise, la communauté française, tout comme les journalistes francophones rencontrés sur place, s’interroge sur l’image véhiculée par l’histoire que je traverse au « pays des droits de l’homme ».

La crédibilité de la France est en jeu. Cela me donne l’impression que toute l’image de notre pays est à reconstruire.

Comment l’Élysée assassine les lanceurs d’alerte

Le président François Hollande a déclaré le 4 avril 2017, au lendemain de la publication des Panama Papers qu’« il faut protéger les lanceurs d’alerte, ils prennent des risques et sont utiles pour la société »[1]. Est-il utile de rappeler que personne ne connaît le nom, le visage ni la nationalité des lanceurs d’alerte du dossier en question ? Si notre président avait été jusqu’au bout de sa logique, ses mots de soutien se seraient alors traduits par des actes. Il aurait pu, par exemple, décorer publiquement des lanceurs d’alerte français de premier plan – je pense ici à Irène Frachon ou Antoine Deltour, entre autres – et insister pour que nos dossiers avancent plus vite, éviter que les lanceurs d’alerte continuent d’être traînés en justice, qu’ils soient encore contraints, pour certains, à vivre dans la précarité et dans l’oubli.

Tous les courriers de réponse reçus de l’Élysée depuis 2012 insistent sur le fait que la protection des lanceurs d’alerte est importante pour notre président, que tout est fait pour que leur situation complexe soit prise en compte. Comment croire ces paroles quand on regarde la France depuis Moscou ? Edward Snowden, réfugié en Russie, a demandé l’asile politique à notre pays. Asile refusé. Julian Assange, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis six années, a demandé l’asile au président Hollande par un courrier du 3 juillet 2015. Asile refusé également. Ces deux hommes ont pourtant révélé, entre autres, des informations qui concernent l’écoute de nos deux derniers présidents français[2], ce que WikiLeaks n’a pas oublié de rappeler sur Twitter juste avant le premier tour de l’élection présidentielle française du printemps 2017. La stratégie de communication de l’Élysée est contradictoire, voire hypocrite : les déclarations d’intention ne sont pas des engagements, encore moins des actes.

 
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  • Par vangog - 26/12/2017 - 11:59 - Signaler un abus Le Front National est un lanceur d’alerte

    qui prend des risques et est utile à la société. Il dénonce le clientélisme politique et la corruption des institutions et médias. Voilà pourquoi il doit être assassiné par les dogmatiques, adorateurs de la pensée unique et de l’unifomisation des cultures...mais il résiste, le bougre! Il va falloir redoubler d’efforts...

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Stéphanie Gibaud

En poste chez UBS France à Paris, Stéphanie Gibaud a joué un rôle décisif en dénonçant dès 2008 les pratiques de blanchiment de fraude fiscale en bande organisée de son entreprise. Elle reçoit le prix « Anticor » et est nominée pour le prix Sakharov en 2015. 

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