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Comment l'industrie financière
a réussi son OPA idéologique
sur le reste de l'économie

Après avoir bénéficié de la diffusion du dogme de l'indépendance des banques centrales dans les années 70, l'industrie financière a pu compter dans les années 80 et 90 sur un terreau intellectuel particulièrement favorable. 3ème partie de notre série sur les 40 ans qui ont permis à l'industrie de la finance de prendre le contrôle du monde réel.

40 ans pour en arriver là

Publié le - Mis à jour le 20 Janvier 2012

Pour lire la 1ère et la 2nde partie de notre série sur les 40 ans qui ont permis à l'industrie de la finance de prendre le contrôle du monde réel, voir ces articles :

Derrière l'enjeu du triple A, la question lancinante de l'indépendance de la BCE !

Mais pourquoi avait-on voté en 1973 cette loi imposant à l'Etat de passer par les banques privées ou les marchés pour financer sa dette ?

L'idée de permettre au système financier de s'affranchir des règles de fonctionnement fixées par le pouvoir politique agite les milieux financiers depuis déjà des décennies.

La City londonienne, conjointement avec les actionnaires de la Bank of New York furent ainsi les véritables inspirateurs de la nouvelle Banque Centrale des États-Unis (ou Fed) en 1913, dont la loi de 1973 s’inspira elle-même.

En effet, à partir de 1913, même si la Fed pouvait -à son initiative- acheter directement de la dette à l’émission de l’État fédéral – contrairement à la future Banque centrale européenne – l’État fédéral américain, lui, devait passer par le système privé des banques de marché pour faire cette opération. La Fed ne peut prêter à des taux nuls directement à l’État comme elle le fait actuellement pour les banques privées.

Dans cette organisation des banques centrales indépendantes, les Etats se trouvent de fait contraints de convaincre les banques privées de leurs bonnes politiques budgétaires tandis que les banques ont toute latitude pour fixer leurs taux d’intérêt en fonction de leur appétence pour les dettes souveraines.

Pendant les décennies de forte croissance américaine et ouest-européenne ayant suivi la deuxième guerre mondiale, ce nouveau dogme de l'indépendance des banques centrales construit sur une vision d'un monde politique trop souvent enclin au laxisme budgétaire fit le tour du monde occidental libéral. Le prestige de la Fed et le magistère exercé par le leader américain dans le contexte de la guerre froide y contribuèrent grandement, mais la promotion de ce nouveau système de régulation de la création monétaire fut également l'objet d’un lobbying intensif.

C’est là une évolution qui coïncide avec la mondialisation économique et financière. En effet, parallèlement à la nécessité de passer par le système privé pour financer les États, les grandes institutions financières nord-américaines, via leurs think-tanks, poussèrent à l'émergence d'un marché mondial totalement ouvert et non régulé. Si les années 70 virent l'extension progressive à travers l'Europe de ce système empêchant les Etats de se financer directement auprès de leurs banques centrales, les années 80 furent celles de la déréglementation financière. Aux Etats-Unis, Ronald Reagan imposait ses reaganomics et leur axiome premier de "l'Etat n'est pas une solution à nos problèmes, l'Etat est le problème" ; à Londres, Margaret Thatcher rendait pour sa part possible le basculement de la City d'un univers de gentlemen policés à un univers de traders décomplexés. 27 octobre 1986 : un "big bang" qui libéralisa en un jour le fonctionnement de l'industrie financière londonienne et fit exploser le volume des transactions de la place.

Sur le vieux continent, le projet européen se trouva profondément bouleversé par cette dynamique libérale qui boostait les économies anglo-saxonnes. Progressivement, l'idée de supprimer les frontières au profit d'un grand marché ouvert mondial s'imposa. En mettant en concurrence l'ouvrier occidental avec l'ouvrier chinois et en laissant les capitaux librement circuler, ce système contribua au creusement structurel des déficits commerciaux occidentaux au profit des pays émergents. On peut d'ailleurs noter que l'Allemagne, pourtant championne européenne de l'exportation est elle aussi confrontée au problème avec un déficit commercial vis à vis de la Chine de 19 milliards d'euros (contre 22 milliards pour la France).

La mondialisation, vecteur de pouvoir pour les banques

Ce système n’est toutefois pas perdant pour tout le monde ! Les multinationales ont en effet immédiatement perçu l’opportunité qu’il représentait pour elles. Il est en effet pour le moins intéressant, pour la rentabilité de leur capital (et les bonus de leurs dirigeants…) de pouvoir produire au coût chinois et de vendre aux riches consommateurs occidentaux tout en échappant à l’imposition fiscale grâce aux paradis fiscaux !

Avec la concurrence fiscale et les délocalisations, la dette a donc mécaniquement augmenté. Et de fait, même créateur d'emplois et de richesses en Occident grâce aux effets bénéfiques des échanges internationaux (les pays européens demeurent eux-mêmes de grands exportateurs), ce système aboutit au renforcement de l’emprise de l'industrie financière à mesure qu’il provoque les difficultés économiques et sociales des pays qui l’ont adopté. En effet, qui dit délocalisations et concurrence fiscale dit certes optimisation des coûts de production mais aussi inévitablement manque de recettes donc déficit et dette ; et qui dit dette, dit passage obligé par l'industrie de la finance privée et donc pouvoir accru des grands responsables financiers sur le système libéral occidental. Ainsi put se refermer un piège dont la crise de la dette souveraine européenne souligne le caractère toxique : à mesure que le système mis en place par les milieux financiers démontre sa capacité à se révéler nocif pour la société, il renforce simultanément l’emprise de ces mêmes milieux financiers et leur capacité à imposer leurs orientations aux décideurs politiques, aux véritables entrepreneurs et, in fine, à l’ensemble de la société.

 
Commentaires

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  • Par Mad - 19/01/2012 - 09:18 - Signaler un abus Salauds de préteurs

    Comme d'habitude, la question n'est jamais de savoir pourquoi la dette existe mais qui sont les salauds de préteurs. L'emprunteur lui est toujours un héros puisque c'est grâce à lui que la croissance s'est faite (du moins c'est ce qu'on nous vend ! ). Donc la solution n'est pas d'éviter la dette mais de trouver des préteurs nigauds (donc des contribuables) qui vont accepter de se faire spolier !

  • Par brennec - 19/01/2012 - 09:33 - Signaler un abus Propagande

    Voila un article qui ne manque pas d'oeillères, surtout la gauche a vrai dire. S'imaginer que tout cela s'est fait sans une complicité marquée entre états, grandes banques, et banques centrales c'est loucher d'un oeil et apporter sa contribution a nos gouvernants qui cherchent a ses défausser de leurs responsabilités, qu'ils soient de gauche, de droite, républicains et démocrates.

  • Par brennec - 19/01/2012 - 09:35 - Signaler un abus PS

    Il est possible de dire 'j'aime' pour un article, ne serait-il pas possible de dire 'je n'aime pas'? En vérité je n'aime pas du tout les articles qui donnent l'impression marquée que l'on cherche a vous enfumer.

  • Par tournesol - 19/01/2012 - 11:23 - Signaler un abus templiers

    historiquement, on pourrait faire un parallèle avec l'époque des templiers. quand philippe le bel s'est débarrassé d'eux, c'est parce qu'ils étaient devenus trop important sur le plan financier.mais phiilippe le bel s'est appuyé sur le pouvoir spirituel , c'est à dire la papauté pour ariver à ses fins, alors q'actuellement nous assistons à une accélération du tmps comme l'avait prévu le calendrier

  • Par tournesol - 19/01/2012 - 11:33 - Signaler un abus templiers

    maya, car le temps est acceléré par la venue de nouvelles techniques internet, twitter qui modifient la conscience humaine.le trader comme georges kerviel ne sait plus ce qu'il fait il est comme drogué et hypnotisisé par son écran d'ordinateur, ainsi la technique devient primordiale ( relire ellul) et on assiste en meme temps à un afaissement du spirituel

  • Par Rhytton - 19/01/2012 - 14:23 - Signaler un abus Selon "FIAT Empire", de Ron Paul

    La Fed n'a pas été conçu à Washington, mais sur Jekyll Island, dans l'État de Géorgie, dans un club de milliardaires ayant accueilli un cartel de puissants banquiers new-yorkais sous anonymat. En regardant de plus près, on constate que l'absence de Français peut expliquer l'animosité des conservateurs WASP à l'égard de l'approche économique des Français http://www.youtube.com/watch?v=8Xt5US8FUpw

  • Par Equilibre - 19/01/2012 - 15:12 - Signaler un abus Revanche du retour de la bataille idéologique. Sur la loi 1973

    http://www.lemonde.fr/idees/reactions/2011/12/29/la-loi-pompidou-giscard-rothschild-votee-en-1973-empecherait-l-etat-de-battre-monnaie_1623299_3232_2.html L'auteur fait preuve d'une malhonnêteté intellectuelle sur l'origine de la contestation et sur son abrogation. Réponse d'un blogueur de Marianne. http://www.marianne2.fr/Le-mauvais-proces-fait-a-la-critique-de-la-loi-de-1973_a214071.html

  • Par Aristote - 19/01/2012 - 15:23 - Signaler un abus Parano

    Bien sûr les banquiers cherchent à gagner de l'argent, ce n'est pas un scoop. Mai ce ne sont pas eux qui ont forcé tous les gouvernements depuis 1975 à voter un budget en déficit ou fait passer la dépense publique de 44 % à 56 % du PIB en 25 ans.

  • Par Rhytton - 19/01/2012 - 16:09 - Signaler un abus Relisons Topaze de Marcel Pagnol! (ou le film avec Fernandel)

    Ceux qui ont le pouvoir peuvent succomber à la prévarication. Pour les organismes de crédit, quel pain béni! Aristote, vous défendez le serpent en pointant celui qui a croqué la pomme saveur ciguë. @Equilibre, j'ai lu Pinsolle: oui à un crédit taux zéro via la BCE pour financer des infrastructures (hôpitaux, écoles, routes), et via les banques pour du conjoncturel (renflouements, aide sociale)

  • Par Rhytton - 19/01/2012 - 16:58 - Signaler un abus Aristote: prenez vos sources, il n'y a pas de complot!

    "Le Monstre de l'île Jekyll" de Griffin nous amène qqs années après la panique bancaire de 1907, s'appuie notamment sur le témoignage ÉCRITS de Forbes et Warburg (cf Federal Reserve System: Its Origin and Growth, 1930). "this most interesting conference concerning which Senator Aldrich pledged all participants to secrecy" http://books.google.ca/books?hl=fr&id=NO7SAAAAMAAJ&q=secrecy#search_anchor

  • Par Mérovingien - 19/01/2012 - 18:20 - Signaler un abus ANANDA

    Ce grand complot dévoilé que faire ? Retour à la planification d'état ? Nationalisation des actifs financiers et des grandes fortunes dont Hollande ?

  • Par brennec - 19/01/2012 - 18:50 - Signaler un abus Confession de Woodrow wilson 2

    “Je suis l’homme le plus malheureux du monde. J’ai involontairement ruiné mon pays”. Une grande nation Industrielle est contrôlée par son système de crédit. Notre système de crédit est concentré. La croissance d’une nation, en conséquence, et de toutes nos activités sont entre les mains d’un petit nombre de personnes.

  • Par brennec - 19/01/2012 - 18:51 - Signaler un abus Confession de Woodrow wilson 1

    Nous en sommes arrivés à être l’un des pays les moins bien gouvernés et les plus complètement contrôlés et dominés par le gouvernement de notre monde civilisé, nous n’avons plus un gouvernement d’opinion libre, plus un gouvernement de conviction et de vote à la majorité mais un gouvernement conduit par l’opinion et la coercition d’un petit nombre. Woodrow Wilson, Président des Etats Unis Se réfé

  • Par brennec - 19/01/2012 - 18:53 - Signaler un abus Confession de Woodrow wilson 0

    Woodrow Wilson, Président des Etats Unis Se référant au Federal Reserve Act du 23 Décembre 1913 créant la Réserve Fédérale

  • Par Rhytton - 19/01/2012 - 21:42 - Signaler un abus Si le nid est douillet, préoccupons-nous de conquérir le monde!

    @Merov: Louis Even fuit la France en 1905 vers le Canada où il découvre les thèses du Crédit Social. cf chap. 16 et 17 pour une des solutions: l'application d'un "impôt négatif" http://www.prolognet.qc.ca/clyde/idn.htm 2ème solution: un fonds pour la mobilité internationale plutot qu'un fonds souverain de stabilité... Puisqu'on dit que l'argent se trouve ailleurs, allons le chercher là où il est!

  • Par Lepongiste - 20/01/2012 - 07:40 - Signaler un abus C'est la seconde partie de cet article

    la plus intéressante !

  • Par MONEO98 - 21/01/2012 - 11:51 - Signaler un abus sans issue

    le souverain c'est l'Etat cad les fonctionnaires et on a vu ce qu'ils ont été capable de faire de notre pays ,plus nous dépensons publiquement plus le privé décline la France s'est reconstruite avec le plan Marshall et la ruine des épargnants et français moyen :c'est c e que veulent les nationalistes aujourd'hui si vous ne voulez pas donner de pouvoir à la finance gérer convenablement l'Etat

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Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser, Consultant international est Président de l’Académie européenne, ancien Délégué Général du Fonds Capec, Secrétaire Général du Forum démocratique qui vient de de se constituer en France et qui regroupe des intellectuels de gauche et de droite ainsi que des responsables de la société civile.

Il est également député européen du Rassemblement Bleu Marine. 

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