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Celui qui éructe mais négocie…et l'autre : pourquoi les postures de Donald Trump et d'Emmanuel Macron sont encore beaucoup plus inversées qu'il n'y paraît de prime abord

Entre le mot et l'action, il y a un décalage que Trump et Macron ont su bien saisir. Le premier menace avant de passer aux négociations. Le second prône le dialogue mais claque des portes une fois les discussions venues.

Double Janus

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Celui qui éructe mais négocie…et l'autre : pourquoi les postures de Donald Trump et d'Emmanuel Macron sont encore beaucoup plus inversées qu'il n'y paraît de prime abord

Atlantico : Ce mardi 19 septembre a été marqué par les discours Donald Trump et d’Emmanuel Macron à l'occasion de l'Assemblée générale de l’ONU. En quoi peut on voir une opposition de forme entre les deux présidents, l'un semblant brandir la menace avant de négocier, le second prônant le respect et le dialogue tout en pouvant arriver au "clash" comme cela a pu être le cas avec la Pologne? 

Rémi Bourgeot : Ces deux discours semblent effectivement traduire deux approches diamétralement opposées. Commençons toutefois par noter la contradiction inhérente au discours de Donald Trump, centré d’un côté sur la souveraineté des Etats-nations et de l’autre sur la menace d’intervention tous azimuts. Dans certains cas, la menace précède effectivement une démarche de négociation, mais en ce qui concerne les cas cités dans ce discours, il semble davantage s’agir de gages donnés à la composante la plus interventionniste de son parti, proche du néoconservatisme.

Le cas iranien est particulièrement marquant, l’approche de Donald Trump sur le sujet renvoyant à la fixation d’une large frange du parti, viscéralement hostile à l’ouverture pourtant prudente de Barack Obama en la matière et restant comme figée en 1979. Ces fixations ne correspondent probablement pas à l’approche personnelle de Trump, mais son apparence d’adhésion à ces thèmes indique une volonté de ménager l’orthodoxie républicaine en matière géopolitique. 

Il ne s’agit pas d’opposer deux visions absolues, d’un côté celle de la souveraineté absolue et de l’autre celle de gendarme du monde. Tout en semblant satisfaire cette aile du parti républicain, avec une rhétorique agressive, Trump indique une approche quasiment contraire aux parties en apparence les plus fortes et interventionnistes de son discours. La question de la souveraineté, sur laquelle il a longuement insisté,  ne concerne pas que la question récurrente de l’opposition entre interventionnisme et non-interventionnisme. Elle indique, plus en profondeur, une vision politique radicalement opposée aux thèmes de la mondialisation heureuse et de la « gouvernance mondiale », et un recentrement sur l’enjeu de la responsabilité politique dans le cadre démocratique. Les incohérences du discours montrent que Donald Trump n’est lui-même, d’une certaine façon, qu’une dimension de cette réorientation, qu’il s’inscrit dans une logique historique qui dépasse sa personne et les choix particuliers liés à sa stratégie électorale, notamment en ce qui concerne le recours récurrent à la xénophobie.

Emmanuel Macron a voulu développer une approche lyrique dans la forme, en embrassant la thématique générale de l’avenir de l’humanité. Sur la question géopolitique il a manifesté sa volonté personnelle de réalisme, non seulement face aux blocages américains persistants mais surtout face aux dérives de ses deux prédécesseurs, dont le point d’orgue avait été atteint avec l’intervention calamiteuse en Libye. Comme sur de nombreux fronts, Emmanuel Macron s’avère plus perspicace que ses prédécesseurs. Il est capable d’un côté de surprendre en recentrant le débat (géopolitique et éducation en particulier) et de l’autre, de s’enfermer dans des cadres politiques déjà caduques, comme ceux relevant de la gouvernance mondiale ou d’une gouvernance européenne en réalité profondément déséquilibrée et instable. L’opposition entre les discours de Trump et Macron est donc assez fascinante. Trump a en apparence enchaîné les énormités sur le plan géopolitique, mais tout en actant, sur le fond avec son insistance sur la question de la souveraineté, le caractère caduque du cadre même qui régit ces erreurs. Macron a enchaîné pour sa part des jugements pour la plupart très censés, mais tout en s’enfermant précisément dans un cadre politique caduc qui le condamne politiquement et économiquement s’il ne le dépasse pas.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 20/09/2017 - 09:48 - Signaler un abus "Négocier en position de force"...

    C'est le souhait de n'importe quel état, de n'importe quelle entreprise, de n'importe quel homme simple...et c'est l'expérience qui nous apprend que ça "marche"! Donald est un homme simple, qui fait confiance à l'expérience. Ça paraît certes un peu rugueux aux bobos, mais ça marche! Macron est un socialiste complexe, qui a attendu que la France soit affaiblie par quarante années de gauchisme immigrationniste pour croire qu'elle peut négocier quelquechos, en faisant mine de se réformer...de la diplomatie de phoques, nous sommes passés à la diplomatie du claquage de portes...et ça énerve tout le monde!

  • Par adroitetoutemaintenant - 20/09/2017 - 13:11 - Signaler un abus Quel verbiage inutile !

    Pour comparer il faut se pencher sur leurs intentions. Trump veut améliorer l’Amérique. L’autre saltimbanque n’est intéressé que par lui-même et sa fortune personnelle. Si cela veut dire être le dhimmi de la Merguez, pas de problème pour lui.

  • Par Ganesha - 20/09/2017 - 13:55 - Signaler un abus Menace

    Trump a été élu avec un programme. Malheureusement, il fait face à deux partis politiques qui l'empêchent de le mettre en œuvre. Il voulait sortir les USA du désastre de décennies d'aventures militaires extérieures, mais je l'ai entendu dire : ''il faut détruire l'Iran, parce que ce pays représente une menace pour Israël''.

  • Par Ganesha - 20/09/2017 - 14:58 - Signaler un abus Godillots

    Emmanuel Macron se trouve dans la situation exactement inverse : il a été élu avec un programme criminel, suicidaire pour notre pays, mais il dispose d'un parlement de ''godillots'' ! Quant à ses projets internationaux, ils ne méritent qu'un haussement d'épaules !

  • Par Liberte5 - 20/09/2017 - 15:27 - Signaler un abus D. TRUMP le discours d'un chef d'Etat qui va marquer!!

    Un discours solide, taillant dans le vif, sans langue de bois. Le discours d'un chef D’état qui met son pays au centre de ses préoccupations et qui n'hésite pas à dire les chose comme il les pense, sans les enrober dans dans des phrases creuses. La Corée du Nord, l'Iran et le Vénézuéla, Cuba et B. Assad en ont pris pour leur grade. Les représentants de ces pays faisaient la gueule car peu habitués à se faire ainsi traiter en public,et devoir écouter sans broncher. Pour moi c'était jubilatoire. Un discours qui fera date. Il fallait écouter les commentaires sur les médias français : canal+, LCI, BFM , e-télé p etc, ils étaient déchaînés. A les voir comme cela je me suis dit , qu'ils venaient d'en prendre plein la gueule. Cela m'a fait plaisir. Ah!!, ils le regrettent ce bon socialiste d'Obama.

  • Par Ganesha - 20/09/2017 - 18:36 - Signaler un abus Casse-pipe

    Depuis les débuts de l'humanité, les vieillards se divisent entre ceux qui ont trouvé la sagesse, et les égoïstes remplis d'amertume, qui rêvent d'envoyer les jeunes au casse-pipe !

  • Par adroitetoutemaintenant - 20/09/2017 - 19:13 - Signaler un abus Continence

    Depuis les débuts de l'humanité, les trous du cul se divisent entre les incontinents comme le dieu elephant (le fameux shia dans son froc) et ceux qui se controlent !

  • Par gerard JOURDAIN - 20/09/2017 - 19:44 - Signaler un abus pas photo...

    un est déjà riche, l'autre veut l'être.... vous choisissez qui pour défendre votre pays?

  • Par gerint - 20/09/2017 - 19:48 - Signaler un abus Macron glose

    mais ne peut pas envoyer de patrouilles motorisées fiables sans panne ni de maintenir au long cours des troupes bien équipées et bien ravitaillées sans l'aide des USA par exemple. Il a la position du faible.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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