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Canicule en vue : sommes-nous préparés à affronter la vague de chaleur qui fera de cet été le plus chaud depuis 40 ans en Grande-Bretagne et pourrait aussi toucher la France ?

De nombreux météorologues estiment que la Grande-Bretagne connaîtra son été le plus chaud de ces 40 dernières années. Elle connaît d'ailleurs en ce moment une période de forte chaleur, accompagnée de risques d'orages et de grêle.

C'est chaud

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Canicule en vue : sommes-nous préparés à affronter la vague de chaleur qui fera de cet été le plus chaud depuis 40 ans en Grande-Bretagne et pourrait aussi toucher la France ?

Atlantico : Quelles sont les températures en ce moment en Grande-Bretagne ? Quelles sont les températures prévues pour cet été en Grande Bretagne ?

Frédéric Decker : Comme en France, le week-end du 14 mai a été chaud en Grande-Bretagne, notamment en Angleterre avec un pic à 27°C dimanche à Londres. Depuis, les températures sont un peu redescendues, mais restent quelques degrés au-dessus des moyennes saisonnières, souvent autour de 20°C, jusqu'à 23 ou 24°C ce jeudi 20 mai. Cette récente douceur fait toutefois suite à des mois de mars et avril frisquets de l'autre côté de la Manche. De plus, les températures vont chuter ce week-end (21-22 mai), avec seulement 12 à 14°C de maximum seulement à Londres.

Concernant l'été à venir, la "vague de chaleur" annoncée par quelques météorologues ressemble plus à du buzz qu'à autre chose. Au même titre que ces effets d'annonces qui fleurissent tous les automnes ces dernières années, nous prédisant "l'hiver le plus froid des 100 dernières années" qui ne s'est jamais produit. Au contraire, le climat a bien contrarié ces annonces futiles puisque nos derniers hivers ont été très doux et peu neigeux en Europe. Le buzz météo fait malheureusement souvent la une des médias, qu'il s'agisse de tendances à plusieurs mois totalement farfelues ou de faux phénomènes météo comme je le dénonçais en janvier dernier. Plus sérieusement : sur la Grande-Bretagne, l'été 2016 s'annonce normal (40% de probabilité) à un peu plus chaud que la normale (40% de probabilité) selon les toutes dernières projections du MetOffice, service météo national du Royaume-Uni. Le risque d'été frais n'est que de 20% environ.

Cette vague de chaleur est-elle liée à un phénomène météorologique particulier ?

Les tendances saisonnières en Europe sont encore difficiles à établir de nos jours. Seuls quelques grands bouleversements permettent parfois de mieux prévoir qu'habituellement notamment ces derniers mois (80% de réussite entre décembre et avril) avec El Niño qui a des effets assez nets et récurrents lorsqu'il est en place et intense : hiver doux suivi de printemps frais. Ce qui s'est vérifié. En temps normal, les tendance saisonnières sont fiables à 60% "seulement". El Niño se termine, nous allons entrer en phase neutre d'ici peu avant la mise en place de la Niña, phénomène inverse d'El Niño, en fin d'année. La fin d'El Niño va probablement faire baisser la fiabilité des tendances saisonnières. En effet, les deux derniers étés suivant des El Niño intenses comme cette année ont été très différents : très chaud en 1983, mitigé et temporairement frais en 1998. Impossible donc de s'appuyer sur d'éventuels effets pour prévoir la tendance de l'été 2016. Quant à la chaleur annoncée par certains pour l'été prochain, elle ne s'appuie pas sur des faits scientifiques, aucun modèle saisonnier n'annonce de canicule pour les 3 à 4 prochains mois. Un blocage anticyclonique entre l'Espagne et l'Europe Centrale ou encore sur la Scandinavie pourrait nous apporter des fortes chaleurs... mais ce n'est pas prévu, en tous cas pas de façon durable.

Quelles peuvent être les conséquences météorologiques d'une forte vague de chaleur ?

Les étés 2003 et 2015, très chauds, ou encore les étés 83 et 76, nous apprennent que ces périodes caniculaires s'accompagnent très fréquemment de sécheresses. Il s'agit de la principale conséquence, souvent grave d'ailleurs pour l'agriculture puisque le manque d'eau se fait cruellement ressentir. Les viticulteurs sont plus avantagés puisque les étés chauds et secs permettent de faire des très bons vins ! Les périodes très chaudes se terminent assez souvent par des violents épisode orageux, mais pas toujours. Le risque est néanmoins assez élevé, avec parfois des phénomènes violents : pluies diluviennes, inondations après la sécheresse, grêle... Le mois de juillet 1983, un des plus chauds, était particulièrement orageux au nord de la Loire, 10 à 15 jours d'orages dans le mois, parfois puissants et dévastateurs.

Quelles peuvent être les conséquences sur la santé d'une forte vague de chaleur ?

Les canicules ont de nombreux effets néfastes sur la santé, en particulier sur les personnes fragiles, telles que personnes âgées, nourrissons et enfants en bas âge, femmes enceintes, malades, personnes cardiaques, travailleurs en extérieur... La hausse de température corporelle et la déshydratation sont alors à surveiller, y compris parfois chez des jeunes en plein santé lors des canicules exceptionnelles comme celle d'août 2003. Le coup de chaleur menace et peut malheureusement mener dans certains cas jusqu'à la mort.

L'Angleterre est-t-elle prête à subir cette vague de chaleur (infrastructure, hôpitaux, aide aux personnes âgées etc...) ? Et la France, si cette vague de chaleur venait à la toucher également ?

Les précédents nous ont appris à mieux anticiper ces fortes chaleurs. Tout le monde se souvient de la catastrophe silencieuse de l'été 2003 et plus particulièrement de la première quinzaine d'août. Le thermomètre atteignait alors 35 à 44 degrés en France durant 10 à 15 jours selon les régions. Personne n'y était préparé, ni le gouvernement, ni les services de santé, d'autant que nous étions au cœur des grandes vacances d'été. Et la "vigilance canicule" n'existait pas encore. Le bilan fut extrêmement lourd avec 15.000 morts en France, en majorité des personnes âgées, et plus de 30.000 morts en Europe. La catastrophe météo a provoqué une catastrophe sanitaire. Nous avons appris de cette canicule. En effet, les canicules de 2006 et 2015 n'ont pas provoqué de pics de surmortalité, ou à peine mesurables, contrairement à 2003. Dès que la canicule fut annoncée par les services météo par exemple l'an dernier, des messages de conseils ont été diffusés dans les médias, le personnel a été renforcé dans les services médicaux, la population s'est mieux préparée à ces très fortes chaleurs, évitant de répéter le "carnage" de l'été 2003. Et nul doute qu'une nouvelle canicule, aussi forte et longue soit-elle, serait mieux appréhendée que celle de 2003. Encore faudrait-il qu'elle se produise, nos modèles climatiques saisonniers ne vont pas dans ce sens.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

 
Commentaires

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  • Par ISABLEUE - 21/05/2016 - 14:26 - Signaler un abus Bla bla bla

    et on attend avec impatience le réchauffement de la planète en France.

  • Par ISABLEUE - 21/05/2016 - 14:26 - Signaler un abus Bla bla bla

    et on attend avec impatience le réchauffement de la planète en France.

  • Par patamoto - 22/05/2016 - 08:13 - Signaler un abus L'automne dernier on nous

    L'automne dernier on nous avait annoncé un hiver rigoureux... Même pas lu l'article...

  • Par Borgowrio - 22/05/2016 - 17:54 - Signaler un abus Personne n'en sait rien

    Un prophète de plus qui nous promet l'inversion de la courbe des températures. Comme l'autre petit gros prophète, il prend un risque ... Il pourrait y avoir un été pourri ...

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Frédéric Decker

Météorologue - Climatologue à MeteoNews et Lameteo.org

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