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Benalla/Macron : comment l’Elysée tente de réécrire complètement les manuels de com’ de crise

Dans l'affaire Benalla, Emmanuel Macron s'est clairement levé contre une tradition très élaborée du fusible, où chaque affaire entrainait jusque-là son lot de démissions ou remplacements.

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Benalla/Macron : comment l’Elysée tente de réécrire complètement les manuels de com’ de crise

Atlantico : La stratégie de communication mise en place par l'Elysée pour gérer l'épisode Benalla a de quoi surprendre. Au lieu de faire « sauter un fusible » pour désamorcer la bombe, le président semble assumer d'inverser tous les préceptes de la communication de crise. En tant qu'expert de la communication de crise, que pensez vous de la gestion de cette affaire ?

Didier Heiderich : Je pense qu'ils se sont trompé de crise. Ils n'ont pas imaginé que cette crise pourrait aller aussi loin et sur une durée aussi longue. Beaucoup de non réponse ont contribué au fait que tout cela sous-alimente car finalement, qu'on le veuille ou pas c'est une affaire d’État malgré tout vu qu'elle remonte jusqu'au plus haut sommet de l’État. Le but pour les services de communication en charge de l'affaire aurait été d'en faire un non-événement mais force est de constater que c'est l'inverse qui s'est produit.

D'autant plus que tous les éléments sont réunis pour qu'on cela fasse un feuilleton médiatique. Un jeune homme, lieutenant colonel de l'armée qui va avec les forces de l'ordre commettre les actes que l'on a vu en vidéo, puis toutes les révélations qui ont suivi... Ce qui est incroyable c'est que tout cela aurait vu être tué dans l’œuf dès la sortie de l'affaire dans la presse en faisant sauter un fusible. Que ce soit Alexandre Benalla ou le directeur de cabinet lui-même.

Ce n'est pas ce qu'il s'est passé. D'abord ils ont assumé les faits mais sans s'en excuser, puis un ton plus provocant avec un Emmanuel Macron qui lance un « qu'ils viennent me chercher » ou qui qualifie l'affaire de « tempête dans un verre d'eau » (chose, que, en communication de crise il ne faut jamais dire mais faire comprendre, c'est une vraie erreur de communication). Puis l'Elysée a récusé les accusations. Des politiques ont parlé de Fake News ou ont essayé de noyer le poisson en essayant de semer le doute avec les sanctions qui ont été appliquées.

C'est très étonnant comme approche car elle n'est pas conventionnelle du tout alors qu'ils ont le personnel habilité à gérer ce genre de problèmes. Nous avons été habitués à plus de professionnalisme dans la communication d'Emmanuel Macron. La question en communication de crise est toujours la même c'est « qu'est ce que l'on a à protéger ». Le problème c'est qu'avec cette méthode qu'ils ont adopté, cela donne le sentiment qu'ils ont quelque chose à protéger que le public ne connaît pas encore aujourd'hui. Ce n'est que de la spéculation évidemment mais cette série d'erreur masque quelque chose de mon point de vue.

Dans un sondage réalisé par l'IFOP en exclusivité pour Atlantico, on apprenait que 49% des Français pensent que les médias en ont « trop fait » sur l'affaire Benalla. Mais n'est-ce pas l'objectif recherché par le gouvernement ?

L'Elysée compte là dessus mais il n'y aura pas de retournement de situation pour autant. Ce n'est pas parce que les Français pensent entendre trop parler de cette affaire qu'ils vont l'oublier. Aujourd'hui on voit clairement qu'en promenant Alexandre Benalla dans tous les médias, du 20h de TF1 à l'interview dans le JDD, il y a une tentative de faire un effet de saturation de sorte que l'opinion publique finisse par se lasser. La stratégie est discutable dans le sens où elle n'était pas nécessaire vu que nous sommes en plein été, que les gens partent en vacances... Mais la stratégie est là. D'un autre côté c'est un stratagème risqué car on voit que des journaux comme Libération continuent de sortir de nouveaux éléments dans cette affaire. Le risque serait que les éléments de langage utilisés comme défense seraient contredits à l'avenir par de nouvelles révélations.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 30/07/2018 - 08:52 - Signaler un abus l'Elysée

    se trompe dans sa prétention à manipuler l'opinion sans l'accord des médias, car les médias SONT le pouvoir . Macron se prend pour le pouvoir, quelle erreur !!

  • Par vangog - 30/07/2018 - 09:03 - Signaler un abus L’histoire du copinage socialiste et de la corruption d’etat

    Macrouille veut en faire une non-événement, lui qui a manipulé la presse pour se faire élire par une poignée de naïfs...« Emmanuel, je peux aller récupérer la voiture que j’ai encore laissée mal garée? »... »oui, bien-sûr, tu peux recommencer à fonctionner comme avant, maintenant que tout est oublié par le bas-peuple....passe prendre un chèque au secrétariat de l’Elysée! »

  • Par J'accuse - 30/07/2018 - 09:03 - Signaler un abus Aucune gestion de crise

    Il n'y a rien de voulu et de géré dans cette affaire Benalla-Macron: chacun a réagi d'instinct, mentant, accusant, se protégeant. Macron a joué son rôle de Jupiter, avec arrogance, et défiant puérilement l'opposition et la presse en sachant que la Constitution le rend intouchable: quoi qu'il arrive, il restera jusqu'en 2022, et ça le fait jubiler. Le mépris que Macron ressent pour autrui est encore monté d'un cran.

  • Par Citoyen-libre - 30/07/2018 - 12:19 - Signaler un abus Une immense déception

    Le cas Benalla est dérisoire. Le plus inquiétant est le cas Macron : son arrogance, ses propos plus proches d'un adulte immature que d'un chef d'Etat : "qu'ils viennent me chercher". On n'imagine pas un patron du Cac 40, du style Bernard Arnault par exemple, s'abaisser à ces propos de cour d'école et en public. Dans la fonction qui est la sienne, ce n'est pas une attitude de jeune coq qu'on attend de lui, mais une attitude faite de hauteur et de distance. Son rôle, celui d'un serviteur au service de son pays. Et sur le plan international, il n'a rien obtenu, et quelque part, s'est ridiculisé. Autre point, l'expression d'une certaine fragilité de sa personnalité contrarie quelque peu cet air de grand chef qu'il veut se donner. Désormais plane autour de sa personne, un esprit trouble, peu fiable, que l'on retrouve dans sa politique : un mélange de droite dure, et une politique sociale socialiste très immigrationniste. Sans doute pour la classe intermédiaire - celle qui paie pour tous les autres - le pire des scénarios que la cinquième république a élaboré. A vouloir satisfaire les extrêmes (les riches et les pauvres) la frustration légitime de ce pays va perdurer et s'aggraver.

  • Par aristide41 - 30/07/2018 - 12:24 - Signaler un abus Peut-être que sous des dehors brouillons

    la gestion de crise de Macron est bien plus intelligente que ce que vous pensez. La preuve, il s'en sort quasiment indemne. S'il avait sorti les fusibles, ça n'aurait pas marché.

  • Par Labarthe - 30/07/2018 - 13:40 - Signaler un abus Pas de fusible possible

    Il y’a des situations de crise ou l’on ne peut utiliser de fusible car cela aurait abouti à ajouter un scandale à la crise. Par ailleurs il faut que quelqu’un accepte de jouer au fusible. Cela n’a pas été le cas. Macron ne pouvait réagir autrement qu’en tentant d’ecraser la crise pat tout le poids de sa fonction. Apparemment il n’a pas vraiment réussi.

  • Par Bobby Watson - 30/07/2018 - 16:30 - Signaler un abus @aristide41

    Ce que vous dites, c'est ce que veulent nous faire accroire les macronistes et les médias bsui leur sont inféodés, comme Le Figaro. Mais les sondages révèlent au contraire que l'image de Jupiter est brouillée chez les électeurs de droite depuis la scène des travestis sur les marches de l'Elysée, et sa défense d'une petite frappe comme Benalla.

  • Par Poussard Gérard - 30/07/2018 - 19:20 - Signaler un abus Coĺolb ne peut pas sauter malgré des mensonges et

    Le parjure car il a permis au nazillon d'accéder au pouvoir avec son réseau franc mac et ses dossiers.. Un président banquier énarque qui nous nargue provoque, taxe insulte et méprise, montre son vrai visage et tout comme son mentor hollande il a déshonoré la fonction.. .

  • Par gerint - 30/07/2018 - 22:50 - Signaler un abus Aristide41

    Macron est un sinistre conard non pas parce qu’il n’a pas de neurones mais parce qu’il lui manque l’intelligence du cœur et l’amour de son pays

  • Par pc85 - 31/07/2018 - 11:58 - Signaler un abus Benalla : un mensonge de plus.

    Dans sa première interview sur TF1 il dit ne pas avoir de voiture de fonction et utiliser les voitures de la flotte de l'Élysée. Récemment, j'ai lu (malheureusement je ne sais plus où) qu'il était allé récupérer SA voiture de fonction qui avait été embarquée à la fourrière ...

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Didier Heiderich

Didier Heiderich est président de l’Observatoire International des Crises et directeur général d’un cabinet international spécialisé dans la gestion des enjeux sensibles.

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