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Risques spéculatifs : des baleines de Londres aux rois de Wall Street, rien n’a changé depuis 2008

La perte de deux milliards de dollars par JP Morgan le prouve : le modèle économique bancaire n'a pas appris de ses erreurs. Le système de rémunération pousse toujours au profit à court terme, qui conduit au fiasco.

Éternel retour

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La perte de 2 milliards de dollars de la banque américaine JP Morgan, révélée le 10 mai dernier, n’a rien de surprenant tant la crise financière de 2008 n’a rien changé au modèle économique des grandes banques. Il est probable que cette perte s’aggrave dans l’année car la position à l’origine de la perte n’est pas entièrement débouclée, de nombreuses sources évoquant le chiffre possible de 5 milliards de dollars. 

De manière plus intéressante, la capitalisation boursière de la banque a fondu de 25 %, soit 30 milliards depuis cette date, ce qui révèle qu’au-delà de cette perte colossale, c’est bien la confiance et la réputation de la banque qui est atteinte.

Car JP Morgan a toujours eu une réputation de banque sérieuse, maîtrisant ses risques. L’affaire est suffisamment grave pour que son dirigeant, James Dimon, considéré comme le « King of Wall Street », annonce lundi une interruption du programme de rachat d’actions de sa propre banque… tout en expliquant que cela ne doit pas envoyer un signal négatif quant à des pertes futures plus importantes (Wall Street Journal du 22 mai).

Même si les détails de cette nouvelle affaire bancaire ne sont pas entièrement dévoilés (et ne le seront jamais complètement), elle a clairement un goût de déjà vu. Revenons rapidement sur celle-ci.  JP Morgan abrite en son sein une entité chargée de gérer sa trésorerie excédentaire (environ 360 milliards de dollars), issue notamment des dépôts effectués par les clients de celle-ci.  

Cette entité, le "CIO",  est basée à Londres, place financière plus opaque et déréglementée que Wall Street, ce qui en dit déjà long sur son caractère spéculatif. Son but officiel est de gérer les risques de la banque au niveau international. Son but moins avoué est de générer des profits,  aussi importants que possible, comme elle l’a d’ailleurs fait de 2009 à 2011. L’opération à l’origine des pertes fut d’ailleurs défendue comme une opération de couverture d’un portefeuille de crédit de la banque (voir les déclarations de son directeur financier, Doug Braunstein, au Wall Street Journal du 13 avril).

Cette opération était en fait une opération spéculative où la banque pariait sur la dégradation d’un indice de dérivés de crédit à court terme et l’amélioration d’un indice à long terme. Les volumes étaient tellement énormes que le trader en charge, Bruno Iksil, (dit « la baleine de Londres ») pesait sur les prix par ses transactions.  Le retournement de conjoncture, doublé de la difficulté de déboucler la position compte tenu de sa taille, est à l’origine des pertes massives déjà annoncées par la banque.  Au-delà des risques  pris, la manière dont l’opération est conduite est « stupide » selon les termes même de Dimon car la banque est coincée dans une situation où elle pèse trop lourd, ce qui assèche la liquidité.

Ce que cette affaire nous enseigne, c’est que depuis la crise financière de 2008, qui a mis les économies à genoux, rien n’a changé. Cette affaire n’est pas un problème technique associé  à la difficulté de mesurer des risques (même si la mesure parfaite n’existe pas).  C’est un problème d’incitations perverses à tous les niveaux et de défense d’un « modèle économique » de banques devenu toxique. Les banques prennent des risques excessifs, c’est-à-dire des risques qui poussent à la performance à court terme mais au péril de leur valorisation de long terme et de leur survie. 

 
Commentaires

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  • Par Vonz - 24/05/2012 - 09:34 - Signaler un abus Thx

    Très bon article, clair et détaillé.

  • Par Darley - 24/05/2012 - 10:03 - Signaler un abus La bonne solution ?

    1) La perte envisagée est minime si on la rapporte au montant des fonds propres de JP Morgan (177 G$ au T1 2012). Cette banque est bien mieux gérée que toutes les banques européennes en général et françaises en particulier. Lire sur ce sujet le blog de Jean-Pierre Chevallier. 2) Définir des processus clairs de mise en faillite semble être une meilleure solution qu'interdire des activités. Encore une fois, JP Morgan est loin de la faillite! Sur ce thème des faillites bancaires, lire Vincent Bénard sur Objectif éco. 3) Salutations à Christophe Moussu dont j'ai été l'élève il y a 15 ans!

  • Par brennec - 24/05/2012 - 10:14 - Signaler un abus rien de nouveau sous le soleil

    Rien n'a changé a Wall Street parce que rien n'a changé au niveau des états, des banques centrales et des politiques monétaires. Notamment le TBTF (to big to fail) est toujours en vigueur, pourquoi alors avoir peur de risquer?

  • Par Ravidelacreche - 24/05/2012 - 11:27 - Signaler un abus "Éternel retour" Théorie de la cacahuète

    "J'adore les cacahuètes. Tu bois une bière et tu en as marre du goût. Alors tu manges des cacahuètes. Les cacahuètes, c'est doux et salé, fort et tendre, comme une femme. Manger des cacahuètes, "it's a really strong feeling". Et après tu as de nouveau envie de boire de la bière. Les cacahuètes c'est le mouvement perpétuel à la portée de l'homme."

  • Par Too - 24/05/2012 - 15:11 - Signaler un abus Comme l'a dit un grand homme

    "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme " On parle souvent de ceux qui perdent l'argent, mais ceux qui le gagnent restent muet étrangement :x

  • Par Manuman - 24/05/2012 - 15:11 - Signaler un abus Je trouve les gouvernements

    européens, anglo-saxons... très discrets en ce moment concernant cette bande de bandits. Les débâts en ce moment se résument à eurobonds ou pas eurobonds... Pourquoi donc a-t'on oublié les VRAIS responsables du marasme global. Ok c'est important ce qui se trame autour du sort de la Grèce, mais en attendant les criminels eux continuent de rigoler.... Qu'ils rigolent... Quand ce sera le chaos, on saura à qui s'en prendre en premier lieu, et çà sera pas les politiques... Ils rigolent et sans complexes nous montrent qu'ils sont encore en train de tout ratiboiser autant que possible avant de se tailler quand de nouveau çà va s'effondrer, pour de bon cette fois.... Mais on saura aller les chercher.. Ils feraient bien de se rappeler comment se passait la chasse aux sorcières de l'après-guerre, le peuple ne se trompera pas de cible.

  • Par Darley - 24/05/2012 - 15:40 - Signaler un abus Abus

    Pourquoi le commentaire de Manuman n'est-il pas modéré ? 1) Il appelle clairement à la violence. 2) Accessoirement, il manque l'essentiel, à savoir la très grande proximité entre les grandes banques et les gouvernements, aussi bien en France qu'aux US!

  • Par Manuman - 24/05/2012 - 16:13 - Signaler un abus @ Darley..

    Vous avez raison, je me laisse parfois aller à l'émotion... qui est sur ce sujet à la hauteur de ce que je crois être la gravité de ce qu'on a laissé faire.

  • Par Darley - 24/05/2012 - 16:25 - Signaler un abus @Manuman

    Sans rancune. Maintenant, vous devriez être autant en colère contre les gouvernements et les technocrates européens que contre les banquiers! Le secteur financier s'est développé outre mesure avec l'incitation des Etats qui y ont trouvé un allié dans leur laxisme en matière de gestion. Les subprime sont un très bon exemple, ils ont été initiés par l'administration Carter et fortement développés avec l'encouragement de l'administration Clinton. On en le dit pas assez. Quant à l'euro, c'est d'abord une création française, obtenue par les Mitterrand, Delors, Trichet & co contre l'avis des Allemands. Ces derniers ont cédé parce qu'on leur a vendu qu'on acceptait la réunification.

  • Par Manuman - 24/05/2012 - 16:32 - Signaler un abus Pour autant,

    Je suis content de savoir qu'il existe comme notre narrateur des gens responsables dans ce milieu, et qui sont conscients que des pratiques étalées aux yeux de tous, sont implacablement à l'origine de dommages humains, sociaux et économiques gigantesques en bout de chaîne, ce qui je réitère, range ceux qui y prennent part dans la catégorie des grands criminels. Mais vous avez raison Mr. Darley, lorsqu'un crime est étalé publiquement et que rien n'est fait pour le contrer, cela signifie bien qu'il y a des intérêts troubles qui dissuadent la classe politique d'y mettre un terme.

  • Par Manuman - 24/05/2012 - 16:37 - Signaler un abus Et d'ailleurs,

    c'est pour çà que j'ai dit dans un autre post que je m'inquiète du soutien de Cameron aux propositions Hollande,;.... Tout en sachant que ce dernier a abondé à l'époque aux diverses mesures dérégulatrices qui nous mettent là,.... mais çà pouvait être du domaine de l'erreur (qui est humaine), ou de l'accompagnement d'une mode. Aujourd'hui, ils n'ont plus ce genre d'excuse maintenant que les résultats 30 ans plus tard sont connus... Alors, je me demande... qu'est ce qui a rendu Hollande et Cameron si "copains" récemment, quand il y a quelques mois il disait vouloir assainir ce milieu.

  • Par Darley - 24/05/2012 - 16:48 - Signaler un abus @Manuman

    On n'est pas d'accord : la finance est l'un des métiers les plus régulés et c'est précisément la régulation qui encourage certains comportements pervers comme acheter des obligations d'États devenus insolvables mais dont le régulateur et les agences de notation nous ont dit jusqu'au dernier moment qu'ils ne risquaient pas de faire défaut. Mieux vaudrait dé-réguler réellement, mais s'assurer que les établissements mal gérés soient mis en faillite plutôt que maintenus en vie artificiellement avec le soutien des États.

  • Par Manuman - 24/05/2012 - 19:33 - Signaler un abus Pas d'accord, mais peut-être uniquement sur les mots?

    Je suppose que c'est en rapport aux règles et cadres juridiques;..Mais régulé, chez ceux comme moi qui ne sont ni dans la finance, le juridique ou le politique, mais dans la physique et l'ingénierie et qui certes ne comprenons pas tout, régulé par exemple pour un processus physique veut dire stabilisé artificiellement, c'est-à-dire que le système régulé réagira à une perturbation par son amortissement pour reconverger rapidement... et de ce point de vue j'ai tout de même la sensation que les règles en vigueur sont tout-à-fait inefficaces...

  • Par Racletteauski - 24/05/2012 - 19:33 - Signaler un abus Iglesias de la finance!!!

    Yé né pas chaaanchééé, yé suis touyours un enfoirééééé!!!

  • Par Manuman - 24/05/2012 - 19:43 - Signaler un abus Les paris à la baisse,

    tout comme les CDS à nus si j'ai bien compris ce qu'on m'a dit sont l'équivalent d'amplificateurs de perturbations négatives et en ce sens totalement hostiles à la convergence et la stabilité... L'utilisation des dépôts de tout le monde pour garantir les valeurs mises en jeu (d'après ce que j'ai compris XX fois plus grandes) sont plus ou moins l'équivalent de dire "je mets le signal que je veux en entrée car j'ai une puissance infinie disponible", et d'ailleurs je crois que les paris à la baisse contribuent aussi à la création spontanée... ceci quand çà arrive en physique engage urgemment à rajouter des protections et garde-fous en regard de ces valeurs d'entrée si volatiles.... Je ne pense pas que le HFT soit déstabilisateur, mais au contraire amortisseur, mais dans le sens d'une ponction haute fréquence sur les montées du signal, en plus court du parasitage... mais je me trompe peut-être, faudra qu'on m'explique tout de même l'utilité pour l'humanité de ces transactions algorithmées rapides... Je suppose qu'une taxe Tobin introduira l'hystérésis naturel suffisant pour dégager çà, mais encore une fois, ce n'est que l'interprétation d'un ignorant.

  • Par Manuman - 24/05/2012 - 19:49 - Signaler un abus Bref Darley, ce que j'entendais par non régulé,

    c'était le côté auto divergent encouragé par la disponibilité d'outils qu'on n'aurait jamais dû autorisé, autorisations auxquelles les socialistes ont d'après ce que j'ai compris aussi mis leur contribution... Malheureusement... Que pouvez-vous me dire sur le niveau d'endettement des instituts financiers anglais, Morgan Stanley publiait il y a quelques mois sur Atlantico des chiffres tout-à-fait abyssaux.?

  • Par Darley - 24/05/2012 - 21:47 - Signaler un abus @Manuman

    Lisez le blog de Jean-Pierre Chevallier. Vous verrez que les banques US se portent bien. C'est une autre histoire pour les banques anglaises, à l'exception d'HSBC dont une grande partie de l'activité est dans des pays émergents. Par ailleurs, l'expérience montre que les interdictions et taxations en tout genre sont systématiquement contreproductives. Si vous voulez réduire le rôle de la finance, alors il faut réduire les dettes et donc diminuer drastiquement le rôle de l'État dans l'économie pour relancer la création de richesses! Ce n'est pas exactement ce que prônent tous ceux qui dénoncent la finance!

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Christophe Moussu

Christophe Moussu est professeur de finance à l’ESCP Europe et professeur visitant au Collège d’Europe et à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Il a toujours promu une finance de long terme au service de l’économie réelle.

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