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Revue de presse des hebdos

L’Express voit le RN à la mairie de Marseille et François Baroin candidat en 2022 ; Valeurs actuelles loue les héros de la République ; L’Obs pourfend les Ehpad

Publié le 11 juillet 2019
Mais aussi : Gauche et droite unies contre la privatisation d’ADP ; Anti-tout : les "nouveaux obscurantistes" ; Emmanuel Macron, sauveur du Conseil européen
Julie Mangematin est journaliste.
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Mais aussi : Gauche et droite unies contre la privatisation d’ADP ; Anti-tout : les "nouveaux obscurantistes" ; Emmanuel Macron, sauveur du Conseil européen

François Baroin, l’homme de 2022 ?

Pressenti comme sauveur pour remplacer François Fillon en 2017, désigné comme futur premier ministre par Nicolas Sarkozy en 2016 et encensé par ce dernier dans Passions… François Baroin apparaît aux yeux de L’Express comme l’homme idéal passé à côté de son destin.

L’hebdomadaire paraît aussi regretter qu’il ne soit pas décidé à prendre son destin en main : la présidentielle de 2022 ? "Très peu pour lui" : "’Il faut tout reconstruire, et je ne sais pas si c’est possible d’ici 2022.’ Un candidat de droite serait seulement à ce stade ‘un figurant, même pas un second rôle’".

C’est donc son ami Christian Jacob qu’il a encouragé à mettre les mains à la pâte pour briguer la tête du parti : "Si le favori l’emporte en octobre, Baroin pourra compter sur un ami, un vrai, à la tête du parti." Ils s’accordent sur bien des points, et non des moindres : Christian Jacob partage discrètement son rêve d’enterrer les primaires "à Bure" (avec les déchets radioactifs).

L’Express se rassure donc : "Au lendemain des municipales de mars 2020, le maire de Troyes étudiera la situation et décidera de son degré d’implication. Si un chemin peut conduire de figurant à second rôle qui deviendrait un premier rôle pendant la campagne présidentielle, alors il l'emprunta." Et de citer Jean de La Fontaine : "On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu'on prend pour l'éviter".

En attendant un retour à la politique, L’Express nous glisse un scoop et croit savoir qu’il envisagerait de défendre Nicolas Sarkozy "dans de son prochain procès pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire dite des écoutes". Il aurait même déjà un plan de bataille en ordre. Décidément, un bon ami.

 

Un maire RN à Marseille, et pourquoi pas ?

Ancien enfant des cités engagé au Front national dès 16 ans, Stéphane Ravier mise "sur le rejet par les Marseillais d’un système clientéliste à bout de souffle. Pauvreté, insécurité, saleté des rues, pollution...", explique L’Express.

"Lors des municipales de 2014, [...] l’ancien salarié de France Télécom a conquis le 7e secteur, qui regroupe les XIIIe et XIVe arrondissements", dont il a fait "son terrain d’entraînement". Ses adversaires le décrivent en campagne permanente et candidat à – presque – toutes les élections."

L’Express rappelle que "40% des habitants du XIVe arrondissement vivent sous le seuil de pauvreté. Au pied des barres d’immeubles règne souvent la loi des dealers, avec ses fréquents règlements de comptes à la kalachnikov." Une population clivée ou les plus pauvres ne votent pas. Le conseiller régional de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur veut les réconcilier avec la politique.

Tous partagent un sentiment de relégation : "A Marseille, la désespérance, la violence quotidienne, l’absence de services publics, la ghettoïsation alimentent le vote lepéniste", déplore le député LREM Saïd Ahamada. Et l’Express d’ajouter : "Il se montre à l’écoute d’une population qui ne croit plus les promesses des politiques mais demande avant tout de la considération."

Désormais, même dans les cités, le choix du RN n’est donc plus tabou. "La politique menée? ‘Rien de révolutionnaire, ni de facho’, glisse un élu LR."

Si "les compétences d’une mairie de secteur sont de toute façon limitées et ses moyens restreints", Stéphane Ravier "peste contre ces cités "où l’argent public coule à flots" pour financer tous les équipements imaginables, tandis que les trafics continuent de prospérer".

Mais "le "dictateur nord-phocéen" assume son goût du clivage". Et cela pourrait lui coûter cher. "A ses yeux, Marseille subirait déjà le "grand remplacement".

 

Les Ehpad, ou les profits privés subventionnés par l’argent public

L’Obs pointe d’un doigt accusateur les Ehpad et leur quête effrénée de rentabilité… subventionnée par l’Etat. L'hebdomadaire a enquêté sur leur modèle économique singulier : "Orpéa est le leader français du marché : en trente ans, ses fondateurs ont créé un empire présent dans quatorze pays avec 96 577 lits (dont un tiers en France). Coté en France, il n'est plus qu'à quelques encablures d'une entrée au CAC 40." A lire L’Obs, ces établissements sont gérés comme des usines capitalistes, leurs taux d'occupation scrutés à la loupe.

De fait, ils dégagent des marges dignes des multinationales de luxe - entre autres grâce aux subventions de l'assurance maladie et des conseils départementaux couvrant les dépenses dites de "soins" et de "dépendance". Pourtant, les Ehpad ne sont pas censés gagner de l'argent sur ces prestations. Ils réalisent donc leur marge sur les "60% de leur chiffre d'affaires correspondant à la partie "hébergement"".

Orpéa l’admet : "Si l'on met en rapport ses bénéfices aux seules recettes dites "d'hébergement", la marge nette est plutôt de l'ordre de 9% du chiffre d'affaires. Bien au-delà, donc, de la moyenne des groupes du CAC 40."

Conséquence logique : les fonds d'investissement se les disputent à coup de LBO (leveraged buy out), spéculant sur la propension de nos sociétés à ne jamais manquer de séniors...

Mais Florence Arnaiz-Maumé, directrice du Synerpa, se défend en affirmant que les Ehpad ont "rendus dignes des établissements publics délabrés", et pointant un parc public majoritaire toujours vétuste, l'Etat se montrant réticent à entretenir les infrastructures. Cela laisse peu de choix.

Maigre consolation : l’hebdo consacre deux pages à "comment bien choisir son Ehpad" en huit conseils pratiques…

 

Anti-tout : les "nouveaux obscurantistes"

L’Express, de son côté, s’attaque d’un même élan à tous les "anti". Anti-vaccins, antidarwinistes, climatosceptiques, collapsologues : le refus des faits établis est à la mode, et dès le plus jeune âge.

Car "l’école n’échappe pas à certains discours antiscience. Revendication religieuse ou identitaire, adhésion à diverses théories du complot, influence des fake news... De nombreux facteurs s’entremêlent." "Faire appel à l’esprit critique de ses élèves pour mieux les armer et les aider à déjouer les fameuses fake news" : voilà la réponse de Iannis Roder, professeur d’histoire en Seine-Saint-Denis.

 

Les héros français chez Valeurs actuelles

Valeurs actuelles met à l’honneur les "héros français" engagés sur les terrains de guerre. Si l’on peut regretter "la progression d’une société toujours plus individualiste", l’hebdomadaire souligne qu’"avec la montée de l’islamisme, la France redécouvre la valeur de ses soldats, prêts à mourir pour leur pays" : "Depuis les attentats commis au nom de l’islam à Paris, en 2015, les Français ont pris conscience de leur vulnérabilité" et "les responsables politiques ont [...] mesuré à quel point les armées jouent un rôle capital dans la défense physique du pays à l’intérieur et à l’extérieur, mais aussi dans l’armement moral des Français".

Valeurs actuelles rappelle que "Jamais, depuis les années 2000, les armées françaises n’ont été autant employées, en particulier en opérations extérieures."

Le magazine rend hommage au colonel Arnaud Beltrame ainsi qu’aux "chemins de vie hors norme" des commandos marine Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello qui "avant de périr en sauvant deux otages français après avoir été parachutés à haute altitude au-dessus du Burkina Faso", "ont franchi toutes les étapes ultra-sélectives d’un “parcours du combattant” quasi inaccessible. Le goût du dépassement de soi, sans doute."

L’hebdomadaire tente d’analyser les causes de ses actes exceptionnels et leur réception dans l’opinion. Pour Camille Pascal, historien et ancienne plume de Nicolas Sarkozy, "la notion de sacrifice est devenue tellement incongrue dans nos sociétés individualistes que ceux qui prennent le risque d’aller au sacrifice paraissent surhumains. La société célèbre le courage qu’elle n’a pas".

Une fois n’est pas coutume, c’est un sujet sur lequel Valeurs actuelles et L’Elysée se rejoignent : ""Oui, la France mérite qu'on lui donne le meilleur de soi. Oui, l'engagement de servir et de protéger peut aller jusqu'au sacrifice suprême. Oui, cela a du sens et donne sens à notre vie", lançait le président de la République dans son discours d’hommage à Arnaud Beltrame rédigé par Sylvain Fort.

Celui qui fut conseiller discours et mémoire d’Emmanuel Macron revient sur l’importance des héros pour le président de la République dans les colonnes de l’hebdomadaire.

 

Gauche et droite unies contre la privatisation d’ADP

S’il y a un domaine dont l’Etat souhaite se désengager, c’est Aéroports de Paris, rappelle L’Obs. Mais gauche et (une partie de la) droite font front commun contre le projet gouvernemental prévu par la loi Pacte.

En chefs de file, la députée PS Valérie Rabault et le Républicain Gilles Carrez, complices de longue date, espèrent saisir cette occasion de marquer l’histoire avec le premier référendum d'initiative partagée.

Dans l'incrédulité générale, ils ont déjà remporté deux batailles : "convaincre plus d'un cinquième des députés et des sénateurs" et obtenu validation du Conseil constitutionnel. Objectif cet été : atteindre cet été le cap symbolique du million de signataires.

L'Obs explique aussi : "François Ruffin a imaginé la campagne 'Signez comme vous êtes' avant les élections européennes, dont il avait compris qu'elles seraient "déprimantes à gauche". Du coup, 'il fallait trouver une autre bataille'."

En face, le pouvoir reste circonspect et joue la politique de l'autruche : "L'exécutif n'avait pas anticipé ce RIP, puis a cru que le Conseil constitutionnel ne le validerait pas. Il ne croit toujours pas que le processus ira à son terme. 'ADP, ce n'est pas Renault, les gens ne savent pas ce que c'est, ils n'en parlent pas', affirme un pilier de la majorité. Lequel explique qu'il n'y aura pas non plus de campagne contre le référendum : 'Le risque, c'est de monter le sujet en épingle et de donner envie à nos détracteurs d'aller voter.'"

 

Christine Lagarde : la BCE, cadeau empoisonné ?

Le Point et L'Express s'interrogent sur l'avenir de Christine Lagarde à la tête de la BCE. Une nomination "problématique" pour Le Point, pour qui cela n'a pour autant "rien à voir avec ses compétences, irréfutables".

Si ce poste prestigieux fait honneur à la France, il représente aussi un pouvoir démesuré associé à des enjeux colossaux : "Christine Lagarde va devenir  [...] l'une des très rares personnes au monde [...] capables de faire se déplacer en quelques secondes des milliers de milliards de dollars de capitaux."

Le Point s'interroge sur sa capacité à manier "la langue de bois, de coton et d'acier" si particulière de la communication des banques centrales et à laisser de côté son célèbre franc-parler. L'hebdomadaire se demande aussi si son passé de femme politique ne viendra pas l'entraver, à une époque de défiance extrême à l'égard des politiques.

Pour L'Express, le défi consistera à remplacer l’Italien Mario Draghi : "Car 'Super Mario' est quasiment devenu une icône pour sa gestion de la crise des dettes souveraines en Europe en 2011 et 2012." Mais sa politique de l’argent facile "s’est traduite par une augmentation de la dette des ménages, des entreprises et de la plupart des Etats de la zone euro". Un écueil que la française devrait savoir éviter : au FMI, Christine Lagarde n’avait cessé de "pointer du doigt les risques du surendettement".

...Mais si l’ancienne ministre de l'Économie devait tout cela à Emmanuel Macron ? Le Point nous raconte les coulisses de cette nomination : si Christine Lagarde a eu la BCE, c'est que l'Allemagne a eu la Commission européenne.

 

Emmanuel Macron, sauveur du Conseil européen pour Le Point

Et pour le magazine, Emmanuel Macron donne le ton au Conseil européen. Le Point décrit la séance de mercato sous forme d'épuisant marathon pour les leaders européens chargés de définir le casting des "tops jobs" européens, y compris la présidence de la commission après le départ de Jean-Claude Juncker.

La magazine dépeint le président français en surhomme capable de cesser de s'alimenter et de dormir pendant 24 heures, dévoué corps et âme à la quête d'une solution de génie susceptible de débloquer l'impasse des négociations qui patinent dans le dissensus. Bingo : Ursula von der Leyen, ministre de la défense d'Angela Merkel, pourrait faire l'affaire. Appréciée de la France, c'est une "européenne convaincue, fédéraliste même".

Le président français aurait ainsi arraché "une épine de pied" à la chancelière allemande, pieds et poings liés et empêtrée dans un "martyre diplomatique", les aléas de la politique intérieure allemande lui barrant la route des négociations.

Pour convaincre les pays récalcitrants, Emmanuel Macron "rationalise l'équation" grâce à sa si fameuse pédagogie - et tant qu'à faire, à l'aide cette fois d'un "chevalet" et de "feutres de couleur". Le Point est en sûr, c'est Macron le patron : "Rapide, mobile, disponible, Macron a démontré de remarquables dispositions de négociateur en sauvant la mise à une Merkel un peu perdue".

 

Le sulfureux Randall Schwerdorffer : franc maçon et futur député LREM ?

L’Express consacre un portrait au médiatique Randall Schwerdorffer, avocat défenseur de tueurs. Ce “ténor local” (mais il n’apprécie pas l’euphémisme) aussi brillant que controversé qui ne cache pas sa proximité avec La République En Marche s’était pourtant mis à dos un membre de la majorité en la personne de Marlène Schiappa. Suite aux aveux de son client Jonathann Daval reconnaissant avoir tué sa femme, il avait semblé excuser son geste : "Alexia avait une personnalité écrasante, [...] il se sentait rabaissé". De quoi soulever l’ire de la secrétaire au droit des femmes, criant au "#féminicide".

Le défenseur, dont l’ambition dépasse les tribunaux, n’a pas la langue dans sa poche. Soupçonné dans une autre affaire d'avoir fait jouer ses relations avec le président de la chambre d'instruction sous forme de "collusion maçonnique", il rétorque qu'il y a "erreur sur la personne" dans l’interprétation de ses écoutes téléphoniques : "Je ne me suis jamais servi de mes relations chez les francs-maçons ; [...] le président en question était Emmanuel Macron."

C’est que l’homme se rêve un avenir en politique (aux législatives de 2022). S’il accédait aux responsabilités, le juriste à la "mèche de rockeur" compte promouvoir une justice à l’américaine : une réforme de "’suppression du juge d’instruction’, pour privilégier un face-à-face entre l’accusation et la défense, à condition que les avocats puissent diligenter des contre-enquêtes."

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jurgio
- 11/07/2019 - 17:25
L'Express au bout du rouleau de papier
vaticine pour se rendre intéressant.