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Européennes : mieux comprendre les résultats grâce à la géographie du vote
Publié le 28 mai 2014
La lecture géographique des résultats aux élections européennes met en lumière des raisons et des causes souvent inexploitées. Contexte socio-économique, organisation du territoire, pôles industrialisés ou non sont autant de paramètres ayant une influence sur les gens et leurs problématiques au quotidien.
Damien Philippot est directeur des études politiques au Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'Ifop.
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Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.
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La lecture géographique des résultats aux élections européennes met en lumière des raisons et des causes souvent inexploitées. Contexte socio-économique, organisation du territoire, pôles industrialisés ou non sont autant de paramètres ayant une influence sur les gens et leurs problématiques au quotidien.

Atlantico : Au regard de la première infographie (ci-dessous), on constate des similitudes entre la carte du chômage et celle du vote FN. Dans quelle mesure le taux de chômage et le vote pour le parti frontiste sont-ils corrélés ? 

Laurent Chalard : Le FN se présente aujourd’hui comme le parti contestataire par excellence, comme ce fut le cas en son temps pour le parti communiste, il n’est donc pas surprenant que les territoires qui souffrent le plus de la mondialisation soient ceux où ce parti obtient ses meilleurs scores. Les partis de gouvernement ayant jusqu’ici échoué dans leurs politiques de rééquilibrage territorial, les populations désemparées se tournent logiquement vers le seul parti qui n’a pas exercé le pouvoir et ne peut donc être considéré comme responsable de la situation.

 

Crédits Corto/Spallian (cliquez ICI pour l'image en grand format)

Y a-t-il dans les régions qui ont subi une forte augmentation du FN un sentiment d'abandon des pouvoirs publics ?

 

Laurent Chalard : Effectivement, depuis la politique des "pôles de conversion" engagée en 1984 sous le gouvernement de Pierre Mauroy, toute une partie de la France industrielle a été complètement abandonnée à son sort par l’Etat, qui ne s’est guère occupé de son devenir, ce dernier étant totalement éclipsé par les problèmes des banlieues, qui semblaient plus urgent car ils se traduisaient par des violences faisant la Une des médias. A contrario, "la France du sous-sol" a souffert de manière relativement silencieuse une fois passés les soubresauts des premières crises de la fin des années 1970, qui s’étaient traduites par des émeutes à Denain ou Longwy par exemple. Depuis, ces territoires ne font plus parler d’eux. 

La deuxième infographie (voir ci-dessous) est une représentation croisée du pourcentage de voix FN en 2014, et de la perte des voix PS et UMP entre 2009 et 2014. Que pouvez-vous en déduire ?

Laurent Chalard : Par rapport à 2009, le Front national a plus mordu aux Européennes de 2014 sur l’électorat de l’UMP que sur celui du PS dans la quasi-totalité de la France, à une exception notable le nord-ouest. Concernant l’évolution du vote FN par rapport au vote UMP, il n’en ressort pas de logiques géographiques spécifiques. Manifestement, partout se constate une radicalisation d’une partie de l’électorat de droite, de plus en plus séduit par le discours de Marine Le Pen, en l’occurrence europhobe, d’autant que la ligne officielle de l’UMP était pro-européenne à cette élection, stratégie qui lui a couté de nombreuses voix. Concernant l’évolution par rapport au vote PS, une logique géographique marquée apparaît. En effet, c’est surtout à l’est de la ligne Le Havre-Marseille, à l’exclusion cependant de l’Ile de France, que le FN prend des voix au PS, soit dans les territoires les plus fortement touchés par la désindustrialisation, où une partie de la classe populaire qui votait traditionnellement à gauche est séduite par le discours frontiste. Le transfert d’électeurs apparaît beaucoup plus rare à l’ouest de cette ligne.

Crédits Corto/Spallian (cliquez ICI pour l'image en grand format)

Damien Philippot : Il est compliqué de vouloir expliquer l’augmentation du vote FN et l’intensité de cette augmentation par la seule évolution du vote UMP ou du vote PS. En effet, plusieurs facteurs expliquent la hausse du FN dans ces élections européennes de 2014. Sa capacité à mobiliser son électorat doit déjà être relevée : en comparaison avec le scrutin de 2009, le FN est parvenu à amener aux urnes une part nettement plus importante de son électorat potentiel. Quelques chiffres permettent de bien comprendre cela : en 2007, à l’élection présidentielle, le FN rassemblait 3,8 millions de voix, et deux ans plus tard, aux européennes de 2009, seuls un peu plus de 1 million de Français votaient pour le FN, soit une déperdition d’environ 75% (cela ne veut pas dire que 25% des électeurs FN de 2007 ont revoté FN en 2009, les choses sont bien plus compliquées que cela, mais il s’agit de comparer un vote effectif à un potentiel théorique de vote sur la base d’une élection récente et plus participative) ; en 2014, on compte 4,7 millions d’électeurs FN contre 6,4 à la présidentielle de 2012, soit une déperdition de seulement 27%. Viennent ensuite les transferts de voix en provenance d’autres électorats, de gauche ou de droite. Ils ne concernent pas que le PS ou l’UMP. Ainsi, d’après nos enquêtes "jour du vote", le FN a capté entre 6 et 9% des votes Front de Gauche, Modem ou Europe Ecologie les Verts de 2009. S’agissant plus précisément de l’évolution des votes PS et UMP, ces cartes montrent surtout que c’est dans les régions où le vote PS recule le moins entre les deux élections (Ile-de-France, où le PS gagne même quelques dixièmes de points entre les deux scrutins, et Ouest où il ne perd que 1,5 point) que le FN progresse le moins, alors qu’il explose les compteurs dans les régions où le PS baisse le plus (+23,5 points entre 2009 et 2014 dans la circonscription Nord-Ouest où le PS perd 6,5 points, et +21,5 points dans la circonscription est où le PS perd 4 points). Cela semble confirmer nos enquêtes montrant qu’une fraction non négligeable des électeurs PS de 2009 (5%) se sont tournés vers le FN cette fois. Il faut aussi noter que le PS a été victime d’une abstention différentielle forte : une part significative de son électorat traditionnel a choisi cette année de ne pas voter, sans se reporter sur une autre liste de gauche (comme ça avait été le cas en 2009 avec les listes Europe Ecologie les Verts qui avaient fait de très bons scores au détriment du PS), ce qui gonfle mécaniquement le score des autres listes.

Crédit Corto/Spallian (cliquez ICI pour l'image en grand format)

L'infographie suivante, elle, fait un rapport entre le taux d'abstention d'un pays et l'importance du vote eurosceptique. Pourtant, on avait tendance à mettre en avant l'équation selon laquelle plus il y a de participation, moins on devait s'attendre à un score du FN important, alors que ça n'a pas été le cas. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Laurent Chalard : Contrairement à ce qui fut le cas par le passé, où le FN effectuait de meilleures performances lorsque l’abstention était forte car c’était un électorat plus âgé que la moyenne, il n’existe aujourd’hui plus de lien entre abstention et vote FN, conséquence logique du rajeunissement de sa base électorale, les jeunes votant moins. L’abstention différentielle n’est donc plus spécifiquement plus forte dans les autres partis qu’au FN. C’est pour cela qu’il ne faut pas prendre les résultats des européennes à la légère. Même si l’électorat de gauche s’est manifestement peu déplacé, ce serait une erreur de croire que le FN a fait le plein de voix.

D'une manière générale, est-il possible d'appréhender les résultats des élections européennes de 2014 en France avec une lecture géographique ?

Damien Philippot : Si l’on s’en tient à une lecture globale, on remarque que 71 départements ont mis le FN en tête, principalement à l’est d’une ligne allant du Havre à Perpignan, ligne de découpage traditionnelle de la France électorale (à l’est les bons scores du FN, à l’ouest ses mauvais scores), mais pas uniquement, ce qui constitue une nouveauté pour cette élection. Ainsi, des départements, et même des régions, à l’ouest du territoire ont placé le FN en tête : c’est le cas du Morbihan en Bretagne, ou bien encore de la région Aquitaine. Ces contrées, traditionnellement plus europhiles et moins sensibles aux thématiques portées par le Front National (dénonciation de l’immigration, de la mondialisation sauvage et de l’Europe spoliatrice des prérogatives des Etats), semblent avoir été gagnées par une sensibilité nouvelle aux thèses de ce parti. On observe par ailleurs, si l’on regarde les résultats commune par commune, que l’effet "distance aux agglomérations" joue à nouveau beaucoup dans l’explication du vote. Ainsi, plus on s’éloigne du cœur des agglomérations, plus le score du FN monte. A l’inverse, les grandes agglomérations continuent de moins voter FN et d’attribuer une large part des voix au PS ou à l’UMP, ou aux formations centristes. Ceci s’explique par un phénomène que l’on a commencé à décrypter à l’élection présidentielle : les habitants des zones périphériques (ni totalement rurales, ni intégrées aux cœurs des agglomérations) survotent pour le FN, principalement du fait d’un sentiment de relégation sociale et économique. C’est vrai par exemple dans la région parisienne, où les scores du FN deviennent véritablement importants à partir de la périphérie de la petite couronne et dans la grande couronne, alors qu’ils sont très faibles à Paris intra muros ou dans la proche banlieue, très fortement connectée à la capitale. C’est vrai aussi autour d’agglomérations comme Strasbourg ou Grenoble. On est à l’inverse frappé par quelques exceptions notables comme la ville de Lille qui a placé le FN en tête, comme sa périphérie. Enfin, les bastions traditionnels du PS ou de l’UMP, ont tant bien que mal résisté : le vote PS reste dominant dans un nombre important de communes du Sud-Ouest et du Limousin, et le vote UMP fonctionne encore dans ses fiefs du Massif Central, des Pays-de-la-Loire ou de Savoie, même si pour ces deux partis, là aussi, les scores sont en baisse.

Laurent Chalard: Comme les élections précédentes, il est possible d’appréhender les résultats des européennes de 2014 selon une lecture géographique, étant donné l’existence de spécificités certaines de la répartition du vote pour les différents partis. A structure sociale et démographique identique, les choix de vote apparaissent très variables selon les territoires. Cependant, il convient de faire attention à ne pas vouloir associer à un type de territoire (la "grande ville", le "périurbain"…) systématiquement un type de vote car les différenciations régionales jouent un rôle toujours important. Si les campagnes votent plus à droite ou à l’extrême-droite, il n’en demeure pas moins que dans une région de tradition socialiste comme le Limousin, elles votent à gauche, car la tendance régionale héritée d’une longue histoire politique locale l’emporte sur le caractère rural de cette région.

Quelle explication socio-économique peut-on donner à la perte du vote PS et au gain FN dans certaines régions comme dans le Nord ?

Damien Philippot : Dans l’ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et dans l’ancien bassin houiller de Lorraine, on connaissait une tradition industrielle forte liée à l’extraction du charbon, et marquée par une prédominance des industries lourdes (comme la sidérurgie). Ces territoires ont particulièrement souffert des épisodes successifs de "reconversion" dès les années 1980, puis de désindustrialisation, phénomène fortement accentué ces dernières années du fait de la concurrence internationale des pays à  bas coûts. Les enquêtes qualitatives qui ont pu être menées dans ces régions confirment le lien entre ces difficultés économiques et la progression du Front National qu’on a pu d’ailleurs mesurée bien avant les élections européennes de 2014 (déjà au cours des scrutins de la fin des années 1980 et des années 1990, le FN réalisait dans ces régions des scores élevés). Pour ce qui est de la période 2009-2014, qui a en effet vu une progression particulièrement forte du vote FN dans ces régions, supérieure à la moyenne nationale alors qu’il s’agissait déjà de zones de force pour le parti de Marine Le Pen, ce n’est pas seulement l’aggravation des problèmes économiques, et notamment la hausse du taux de chômage, ou la baisse du pouvoir d’achat, qui expliquent ce phénomène. C’est bien aussi le sentiment d’une relégation des populations vivant dans ces régions qui est à l’œuvre. On a ainsi pu parler lors de l’élection présidentielle de 2012 d’un sentiment particulièrement exacerbé dans ces territoires, mais aussi à l’œuvre dans des régions à moindre tradition industrielle, d’être à l’écart de la prospérité, du développement économique, et plus largement de l’engagement de l’Etat, la question de la raréfaction des services publics jouant un rôle crucial dans l’émergence de cette impression de désintérêt de la part du pouvoir central. Nul doute que les politiques de réduction de la dépense publique ont particulièrement affecté le comportement politique dans ces régions encore plus dépendantes que les autres de la solidarité nationale.

Laurent Chalard : Depuis les années 1980, le PS a perdu son socle de vote populaire, constitué d’ouvriers et d’employés, étant donné l’échec de ses politiques visant à réduire le chômage et la misère sociale dans les régions de tradition industrielle concentrant ces populations. En effet, il faut rappeler que c’est sous le premier septennat de François Mitterrand qu’a été liquidé une bonne partie de l’industrie lourde de notre pays (sidérurgie, métallurgie, construction navale). En outre, le PS a eu depuis tendance à  délaisser ces territoires, préférant concentrer son attention aux problèmes des banlieues. En conséquence, dans ces territoires fortement touchés par la désindustrialisation et dépolitisés suite à la disparition progressive de l’autre grand parti de gauche qu’était le PC après l’effondrement de l’URSS, l’électorat déboussolé est séduit par les idées du FN. Ce dernier a su effectivement adapter son discours à ces populations, en particulier sur le plan économique, en adoptant un discours beaucoup plus social que celui poujadiste qu’il proférait (et continue de proférer) traditionnellement en Provence, son premier bastion.

Que pouvez-vous dire des régions industrielles, rurales, périurbaines, balnéaire ? Et sur les grandes métropoles françaises ?

Laurent Chalard : Dans les régions de tradition industrielle, telles que le Nord-Pas-de-Calais, la Haute-Normandie, le Picardie ou la Lorraine, le FN progresse de plus en plus, il arrive en tête dans la majorité des communes, distançant largement les autres parties. Dans les régions rurales, les profils de vote sont beaucoup plus variables. Si dans certains territoires ruraux du nord-est où l’industrie était aussi présente dans l’espace rural, le FN l’emporte souvent (en Haute-Marne par exemple), par contre ce n’est pas le cas dans le Massif Central, où le PS arrive en tête dans la partie occidentale, où il est historiquement bien implanté, et l’UMP dans la partie orientale de tradition catholique. Dans les territoires périurbains, les profils de vote apparaissent aussi différenciés, le FN l’emporte largement dans ceux "subis" (l’est de la Seine-et-Marne), mais dans ceux "choisis" (la majeure partie des Yvelines), c’est l’UMP qui arrive en tête. Enfin, dans le cœur des grandes métropoles, l’UMP apparaît comme le grand gagnant par rapport aux élections précédentes du fait d’une abstention différentielle de l’électorat de gauche, qui ne s’est pas déplacé. Paris ainsi que les grandes métropoles de l’ouest (Rennes et Nantes) semblent être les seules exceptions, le PS arrivant en tête dans la ville-centre et dans un certain nombre de communes de banlieues.

Comment l'évolution de ces territoires peut-elle expliquer le vote FN ?

Damien Philippot : Il existe des explications purement géographiques du vote. On sait ainsi que certaines caractéristiques locales (liées à l’histoire du territoire, à ses pratiques culturelles, familiales et religieuses propres, à son économie ou aux formes de son agriculture) influent depuis des décennies voire des siècles sur le comportement politique. Mais on sait que le vote dépend aussi et peut-être même surtout d’autres variables, principalement liées à la démographie, au niveau d’éducation ou encore au niveau socio-économique. Or ces caractéristiques sociodémographiques diffèrent d’un territoire à l’autre. Ainsi, les régions Nord et Est de la France, marquées par une histoire industrielle forte, comptent dans leur population une part plus importante d’ouvriers ou d’anciens ouvriers, au comportement politique plus protestataire que la moyenne. L’Ile-de-France abrite quant à elle une population nombreuse de cadres et de professions intellectuelles supérieures, ce qui implique traditionnellement de moins bons scores pour le FN et un survote écologiste, PS ou UMP. D’autres variables enfin ne doivent pas être négligées : la part de la population d’origine immigrée par exemple influence fortement le vote (on sait ainsi que les musulmans votent très majoritairement à gauche). Il est difficile néanmoins de faire un lien direct entre le vote et un profil type de région ou de localité. Le vote FN est par exemple surreprésenté dans le Sud-Est de la France où existe une population nombreuse d’origine pied-noir, mais il l’est tout autant en Picardie ou dans le Pas-de-Calais où c’est surtout la forte proportion de catégories populaires qui pousse le vote frontiste.

Laurent Chalard : Pour les territoires de tradition industrielle, c’est la désindustrialisation et la crise qui n’en finit plus qui est responsable de la montée du FN, les partis de gouvernement n’ayant pas suffisamment agi en leur faveur.

Pour les territoires ruraux, c’est la crise identitaire nationale combinée au malaise des agriculteurs, clientèle traditionnelle de l’UMP, et à la disparition des services publics, qui est à l’origine du basculement vers l’extrême-droite, phénomène renforcé là où l’industrie était le principal pourvoyeur d’emplois.

Pour l’espace périurbain subi, c’est le déplacement de populations issues des classes moyennes basses, qui ont quitté le cœur des grandes métropoles, du fait du coût du logement et/ou du refus de la mixité ethnique. Ce sont des populations fragiles socialement car elles se sont endettées pour acquérir leur maison et le moindre accident de parcours peut les mener au déclassement. Le vote FN y est donc un vote de contestation mais aussi de rejet de l’immigré.

Comment expliquez-vous que certains pôles ne soient pas touchés par le vote FN ?

Laurent Chalard : Les pôles peu touchés par le vote FN sont ceux qui concentrent les catégories sociales supérieures, qui bénéficient pleinement de la mondialisation et ont donc peu de raisons de voter pour un parti contestataire et isolationniste, mais aussi les minorités au sens large (ethniques, sexuelles…) qui votent plus à gauche ou tout du moins ne votent pas à l’extrême-droite car cette dernière tient un discours discriminant.

Les départements et les régions d'Outre mer ont tous votés pour des partis de gouvernement, à part la Guyane qui s'est prononcée pour les Verts. La distance physique joue-t-elle sur les tendances en métropole ?

Damien Philippot : Globalement en effet, de manière traditionnelle, l’outre-mer a tendance à moins voter pour les partis protestataires et davantage pour les partis qui se partagent le pouvoir, en particulier le PS. La distance physique influence certainement le vote de l’Outre-Mer, en particulier pour des élections européennes qui peuvent apparaître plus lointaines dans ces territoires. On sait par ailleurs que ces départements et régions ont des comportements très différenciés (la Nouvelle-Calédonie ne vote pas comme la Guadeloupe ou la Martinique), et fortement influencés par des problématiques locales (notamment liées à leur statut dans la République française et à la question indépendantiste), ou des caractéristiques sociodémographiques propres (proportion élevée de jeunes dans la population, taux de chômage particulièrement élevé) auxquelles s’ajoutent des spécificités liées à l’éloignement (notamment la vie chère). On relèvera pour ces élections européennes une poussée du vote frontiste qui atteint les 10%.

On s'aperçoit qu'en Île de France, en regardant la carte de pertes des voix UMP et PS et gains de voix FN, que l'UMP a perdu 7,5% de ses électeurs par rapport à 2009. Le coût de la vie important de Paris aurait-il obligé certains des électeurs UMP vers les zones péri-urbaines moins chères, et provoquant un phénomène de déclassement ?

Damien Philippot : Au niveau national, le recul moyen de l’UMP est d’environ 7 points. Par ailleurs, si l’on additionne les scores de l’Alternative (UDI et Modem) à ceux de l’UMP, on obtient un vote global pour le bloc droite-centre droit légèrement supérieur à celui de 2009 où ces deux forces politiques partaient unies. Il n’y a donc pas véritablement d’effondrement du vote UMP. En l’Ile-de-France précisément, l’UMP accuse une perte qui est assez conforme à celle que l’on enregistre sur l’ensemble du territoire national. L’évolution la plus significative pour l’Ile-de-France c’est bien la baisse globale de la gauche : le total PS / Europe Ecologie les Verts passe ainsi de plus de 34% à 20% environ, soit -14 points. Dans le même temps, le Front National progresse sensiblement pour atteindre près de 17% des suffrages, soit +12,5 points, ce qui ne signifie pas, rappelons-le, que la hausse du FN s’explique intégralement par des transferts de voix venant de la gauche ou de la droite, le premier facteur explicatif restant le différentiel de participation entre les électorats. Pour en revenir à l’évolution du score de l’UMP, elle peut peut-être pour partie s’expliquer par le phénomène que vous évoquez, mais il faudrait des données d’enquête plus précise pour s’en assurer. Elle s’explique de toute façon par ailleurs par les raisons qui ont poussé l’UMP à décliner d’une manière générale : le manque de crédibilité de l’opposition, les dissensions fortes sur le projet européen (en particulier en Ile-de-France où Henri Guaino a indiqué qu’il ne voterait pas pour Alain Lamassoure, chef de file des Européens de l’UMP), et le climat entourant ce parti, marqué notamment par les affaires et les divers épisodes de la "guerre des chefs".

Laurent Chalard : Il faut rappeler que l’UMP fait ses meilleurs scores chez les retraités, or l’Ile-de-France est la région qui connaît le plus fort taux de départ vers d’autres territoires au moment de la retraite. On peut donc penser que l’émigration des retraités joue dans le recul de l’UMP en Ile-de-France. Cependant, comme partout, le facteur principal est la droitisation d’une frange de l’électorat de l’UMP, à l’origine de la progression du vote FN en Ile-de-France, en particulier dans l’espace périurbain subi (large partie de la Seine-et-Marne, extrémité sud de l’Essonne).

 

Pour accéder à la cartographie de la semaine réalisée par Spallian, cliquez ici.

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Leucate
- 01/06/2014 - 00:08
@Nikkot - bon commentaire
Il est certain qu'il manque deux cartes publiées ailleurs mais jamais réunies:
celle de l'immigration et celle de la délinquance.
Ces cartes peuvent se retrouver (exemple, le Fig par google pour la délinquance ..)
Un autre phénomène pas abordé; il y a effectivement deux électorats FN et même trois, celui populaire et là la carte des taux de chômage marche, il y a le périurbain où elle ne fonctionne déjà plus et le FN sudiste du "Sud Heureux" (expression inventée par un journaliste d'un quotidien régional), et la carte du chômage ne colle plus du tout. Le "Sud Heureux", c'est la bande côtière méditerranéenne qui part de Cerbère/Le Perthus et qui va jusqu'à Menton. De part chez moi par exemple, toutes les communes littorales étaient entre 42 et 46% pour le FN. C'est quand on va vers l'intérieur dans la montagne à moutons que le vote devient, comment dire, un peu plus classique ..
Adi Perdu
- 28/05/2014 - 21:19
Tiens, quel hasard !
Les régions où il y a le plus de chômage sont aussi celles où il y a le plus d'immigrés... Et le plus de délinquance évidemment... Mais chhhuuuttt !