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Paris, 18 jan 2020 (AFP) - Le journaliste et militant Taha Bouhafs, qui avait signalé sur Twitter la présence d'Emmanuel Macron vendredi dans un théâtre parisien en relayant un appel à perturber la soirée, a été placé en garde à vue dans la nuit, a-t-on appris de source judiciaire.

Le journaliste a été placé en garde à vue pour "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations", a précisé cette source.

Il avait été interpellé vendredi soir à l'issue de la représentation, brièvement perturbée par une tentative d'intrusion de manifestants dans le théâtre, au 44e jour de grève contre la réforme des retraites.

Le président Macron, qui était présent avec son épouse, a été "sécurisé" pendant quelques minutes puis est retourné voir la pièce jusqu'au bout, selon son entourage.

Avant le début de la représentation, M. Bouhafs avait écrit sur Twitter: "Je suis actuellement au théâtre des bouffes du Nord (Métro La Chapelle). 3 rangées derrière le président de la République. Des militants sont quelque part dans le coin et appelle tout le monde à rappliquer. Quelque chose se prépare... la soirée risque d'être mouvementée".

M. Bouhafs avait ensuite demandé à ses dizaines de milliers d'abonnés s'il devait ou non lancer ses chaussures sur le président, à l'image du célèbre geste d'un journaliste irakien contre le président américain Georges W. Bush en 2008.

"Je plaisante (...) la sécu me regarde bizarre là", avait-il ensuite précisé.

L'arrestation de M. Bouhafs, qui filme les mouvements sociaux pour le site d'information Là-bas si j'y suis, a suscité des réactions.

"On arrête un journaliste pour avoir tweeté sur la présence du Méprisant au théâtre. Bienvenue en #Macronie", a réagi sur Twitter la député France Insoumise Danièle Obono.

"Ce qu'il s'est passé aux #BouffesduNord est inacceptable, inadmissible. Lorsqu'on cherche à s'en prendre au président de la République, on cherche à atteindre l'institution", a rétorqué la députée et porte-parole LREM Célia de Lavergne.

- Information et militantisme -

En référence aux diverses actions récentes menées par des opposants à la réforme des retraites, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a jugé sur Twitter que "les violences, intrusions, intimidations, empêchements et dégradations commis ces derniers jours appellent une condamnation ferme et sans ambiguïté".

Une autre députée LREM, Aurore Bergé, a mis en cause le statut de journaliste de Taha Bouhafs : "Le militant Taha Bouhafs a été interpellé (et qu'on ne parle de +journaliste+!)", a-t-elle tweeté.

Ce à quoi le site d'information Là-bas si j'y suis, de Daniel Mermet, a répliqué: "@T_Bouhafs est payé en tant que journaliste sur la convention collective des journalistes par une association reconnue service de presse en ligne d'information politique et générale par la Commission paritaire des publications et agences de presse".

Pour Daniel Mermet, Taha Bouhafs "a informé, comme n'importe quel journaliste l'aurait fait, qu'il se trouvait dans la même salle que le président de la République et que des manifestants se trouvaient à l'extérieur".

Taha Bouhafs, connu pour avoir filmé Alexandre Benalla en train de violenter un couple à Paris le 1er mai 2018, avait déjà été placé en garde à vue en juin alors qu'il couvrait une manifestation en banlieue parisienne, s'attirant le soutien d'une partie de la profession. Il doit être jugé le 25 février à Créteil pour "outrage et rébellion".

Le jeune homme de 22 ans a été un jeune militant de La France Insoumise (LFI) et candidat malheureux dans la deuxième circonscription de l'Isère en 2017. En 2019, il indiquait toutefois à Libération ne plus être impliqué dans ce parti.

Il a aussi participé à plusieurs actions de soutien à Assa Traoré, soeur d'Adama Traoré, mort en juillet 2016 en banlieue parisienne après un plaquage ventral, ou encore à la "marche nationale contre l'islamophobie" à Paris en novembre 2019.

Il réfute le terme de "journaliste militant" en expliquant à Libération: "L'étiquette militant je serais OK, si on la donne aux autres. Quand ce n'est que pour moi, ça veut dire que je suis journaliste mais pas trop quand même".

Publié le 18/01/2020 05:31