Managua, 22 mars 2019 (AFP) - Le gouvernement nicaraguayen et l'opposition ont retrouvé jeudi la table des négociations pour tenter de sortir le pays de la crise politique, après l'engagement du pouvoir du président Daniel Ortega de libérer sous trois mois tous les opposants incarcérés.

Les pourparlers, relancés le 27 avril après plusieurs mois d'interruption, étaient dans l'impasse depuis lundi. L'opposition avait alors suspendu sa participation pour protester contre la violente répression menée samedi contre des manifestants qui réclamaient la libération de tous les "prisonniers politiques".

Elle considérait par ailleurs la libération conditionnelle de 150 opposants depuis la reprise du dialogue comme "insuffisante".

Mercredi, le gouvernement a finalement cédé aux exigences de l'opposition en annonçant qu'il procèderait sous trois mois à la libération de tous les opposants détenus depuis avril 2018, date des premières manifestations anti-gouvernementales, sans toutefois en préciser le nombre.

Selon une liste établie par la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH), un organe autonome de l'Organisation des Etats américains (OEA), 647 opposants sont emprisonnés au Nicaragua depuis cette date. Le gouvernement évoque 350 prisonniers, tandis qu'un comité de familles de détenus avance le chiffre de 807.

C'est une "grande avancée", s'est néanmoins félicité jeudi, à la reprise des pourparlers, Max Jérez, membre de la délégation de l'opposition et représentant des étudiants.

La secrétaire d'État américaine adjointe aux affaires de l'hémisphère occidental, Kimberly Breir, a dit sur Twitter espérer une "action immédiate" du gouvernement pour l'application de l'accord conclu mercredi.

Parallèlement, la CIDH a ajouté le Nicaragua à sa liste noire des pays ayant failli au respect des droits humains dans son rapport annuel présenté jeudi.

"La réponse étatique répressive" aux manifestations depuis 2018 a été "massive, systématique et grave", indique la CIDH, qui évoque "un usage excessif et arbitraire de la force policière, l'utilisation de groupes para-policiers ou de gros bras avec l'approbation des autorités étatiques".

Elle dénonce aussi des détentions arbitraires de jeunes manifestants, de la censure et des menaces contre des meneurs de mouvements sociaux.

Plusieurs observateurs ont souligné que le président Daniel Ortega, 73 ans, s'est vu contraint de céder sous la menace de nouvelles sanctions de la part de Washington et de l'Union européenne, et sous la pression interne des représentants du secteur économique.

Longtemps alliés du pouvoir, ces derniers subissent de plein fouet la récession provoquée par onze mois d'une crise politique qui a fait 325 morts, essentiellement dans les rangs de l'opposition, et poussé à l'exil plus de 50.000 Nicaraguayens.

Après avoir dirigé le pays de 1979 à 1990 à l'issue de la révolution sandiniste, Daniel Ortega est revenu au pouvoir en 2007. Les opposants accusent l'ex-guérillero d'avoir instauré une dictature. Ils réclament son départ et celui de la vice-présidente, son épouse Rosario Murillo.

Le chef de l'Etat dénonce une tentative de putsch de l'opposition avec le soutien de l'Eglise et de Washington.

Le gouvernement d'Ortega "s'érode, s'effondre et s'isole sur la scène internationale, il n'a d'autre choix que d'ouvrir la porte au rétablissement de la démocratie au Nicaragua", a estimé auprès de l'AFP l'ex-guérillera sandiniste et historienne Dora Maria Téllez. Selon elle, l'accord de mercredi montre qu'"Ortega reconnaît qu'il y a des prisonniers politiques et qu'il doit les libérer".

L'ex-diplomate Mauricio Davila se montre toutefois peu optimiste sur le respect par le gouvernement de son engagement, qu'il qualifie de "stratagème de négociation" à long terme pour permettre au chef de l'Etat de se maintenir au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat en 2021.

Outre la libération des opposants, l'opposition réclame le rétablissement des libertés publiques, une réforme de la loi électorale et des élections anticipées.

Publié le 22/03/2019 01:19
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