Dacca, 22 fév 2019 (AFP) - L'enquête sur l'incendie au Bangladesh qui a fait environ 70 morts à Dacca a révélé vendredi que le bilan humain aurait pu être nettement plus lourd, en raison d'importants stocks de produits chimiques qui ont échappé de peu aux flammes.

"Nous avons juste eu de la chance", a déclaré à l'AFP Ali Ahmed, le chef du service national des pompiers, malgré les scènes d'enfer décrites par les rescapés du sinistre.

Une muraille et un déluge de feu se sont abattus vers 22H40 (16H40 GMT) mercredi soir sur des ruelles affairées du quartier de Chawkbazar, l'une des parties les plus anciennes et densément peuplées de la capitale, prenant les habitants par surprise.

D'après les pompiers, le feu pourrait être parti d'une bonbonne de gaz dans un immeuble avant de s'étendre à toute vitesse aux bâtiments adjacents au contact de substances chimiques. Ces dernières, destinées à la fabrication de produits domestiques comme des déodorants, étaient illégalement entreposées au milieu d'appartements habités.

Les témoins ont décrit un spectacle terrifiant d'explosions et de boules de feu tombant dans la rue, brûlant les passants sur place.

Or, dans le sous-sol d'un des bâtiments ravagés, les officiels ont découvert des centaines de barils chimiques encore intacts, au potentiel dévastateur.

"Tout le quartier se serait embrasé si le feu avait atteint les produits chimiques dans la cave. Cela aurait fait comme une bombe et le bâtiment se serait effondré", a décrit M. Ahmed.

Les appels se multiplient à l'adresse des autorités pour réprimer le stockage de produits chimiques en zones résidentielles, pratique dangereuse qui avait déjà causé la mort de 120 personnes dans un incendie en 2010 dans la capitale bangladaise.

La municipalité de Dacca a indiqué vendredi avoir identifié et rendu à leur famille 46 corps. Nombre des victimes étaient originaires de Noakhali, un district du sud-est du Bangladesh, où leurs enterrements ont été rapidement organisés comme le veut la tradition islamique.

Les experts scientifiques sont à pied d'oeuvre pour déterminer à partir de tests ADN l'identité de 21 autres cadavres, si brûlés qu'ils sont méconnaissables.

Après le précédent incendie de ce type en 2010, "on nous avait assuré que des mesures seraient prises pour retirer les stocks de produits chimiques inflammables des zones habitées", a rappelé le Daily Star dans un éditorial.

"Comme nous venons de le découvrir, pas grand chose n'a été fait", a dénoncé le quotidien.

Le stockage de produits chimiques est un commerce rentable dans la vieille ville, auquel la majorité des propriétaires fonciers s'adonnent - soudoyant au besoin les autorités pour qu'elles ferment les yeux, d'après des habitants.

En 2015, une étude avait découvert que 70% des immeubles résidentiels de cette partie encombrée de la capitale servaient aussi d'entrepôts pour des biens de toutes sortes. "De ceux-ci, 80% (des bâtiments) avaient des produits chimiques stockés", a déclaré à l'AFP Mehedi Hasan Ansary, professeur d'ingénierie et membre du comité d'enquête sur l'incendie de cette semaine.

"Nous avons envoyé des lettres d'avertissement à de multiples reprises. Mais il ne s'est rien passé", a rapporté Zulfiker Rahman, un responsable des pompiers. Si rien ne change, "cette tragédie va se produire à nouveau".

Les incendies et effondrements de bâtiments sont fréquents au Bangladesh, pays pauvre d'Asie du Sud, notamment au sein de son importante industrie textile, en raison du non-respect fréquent de mesures et normes de sécurité.

Publié le 22/02/2019 01:45
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